PEINTRE AU CHATEAU DE BICÊTRE
2 2 août 1786.
Rien dans le procès-verbal du commissaire Thibert ne vient expliquer le titre singulier donné à Jean Dufée. Le mardi, 22 août 1786, au matin, le s. Dufée^ dit peintre au château royal de Bicêtre, meurt dans une chambre qu’il occupe au quatrième étage d’une maison de la rue Saint-Martin, après avoir institué par testament olographe, daté du 7 juin précédent, le s. Jean- Baptiste Pelletier, sous-chef des fermes générales, comme exécuteur testamentaire.
Mobilier sans importance, dans lequel figurent trois violons et quatre tableaux portraits. Une somme de 100 livres en menue monnaie est renfermée dans trois sacs. Le défunt a pour héritiers des cousins germains. M' Dupont, notaire, est chargé de procéder à la confection de l’inventaire.
(Arch. nat., Y 16864.)
NICOLAS ANSIAUME.
CCCLXIII.
NICOLAS ANSIAUME
PEINTRE DE l’aCADÉMIE ROYALE.
7 septembre 1786.
Il serait difficile de deviner, d’après le titre pompeux du s. Nicolas Ansiaume, sa profession réelle. Une requête jointe au procès-verbal lui attribue la qualité de peintre au pastel. Et pourtant on chercherait vainement son nom sur les registres de l’Académie royale de peinture dont il n’a jamais fait partie, et pour cause. En effet, son principal talent semble avoir été de fabriquer et surtout de peindre, soit pour les artistes, soit pour les particuliers, ainsi qu’on le voit par notre document, des mannequins articulés. Ce sont des articles de cette nature qui lui sont réclamés par le peintre Pierre Vesjier et par le président Saron, comme le prouvent les extraits du procès-verbal cités plus loin.
Ansiaume meurt dans une chambre qu’il occupait rue de Richelieu, à l’hôtel des Deux-Siciles, où il avait quelques tableaux et estampes.
Les héritiers sont des cousins ou cousines d’assez modeste condition. On remarque parmi eux les enfants mineurs de défunt Pierre Allais, peintre de l’Académie de Saint-Luc, et de Marie- Françoise Ansiaume, puis Nicolas Allais, Antoine- Joseph Allais, tous deux maîtres peintres de l’Académie de Saint-Luc. Cette dynastie des Allais est innombrable.
Le métier de fabricant de mannequins était lucratif quand il était exercé par un habile homme, à en juger par la somme de 5,680 livres en louis, demi-louis, etc., trouvée dans les tiroirs du défunt. Il possédait aussi une bibliothèque d'une certaine valeur, car on fait appel pour son expertise aux connaissances spéciales du libraire J.-B. -François Née de la Rochelle, demeurant rue du Hurepoix.
M® Gaudray, notaire, est chargé de la rédaction de 1 inventaire. Parmi les opposants figure un s. Nicolas Le François, peintre en miniature. Voici les autres oppositions et les passages du procèsverbal qui fournissent quelques lumières sur la profession du défunt.
NICOLAS ANSIAUME.
Mercredi, 20 septembre : en procédant, est comparu s. Pierre Vestier, peintre du Roy, demeurant à Paris, rue Montmartre, lequel a dit que l’opposition par lui formée à nosd. scellés est à fin de réclamation et remise d’une perruque blonde de mannequin de femme, et la tête en carton sur laquelle elle devoit être adaptée, lesquelles perruque et tête lui appartiennent comme faisant partie d’un mannequin de femme que led. feu s. Ansiaume a fait et fourni aud. s. Vestier , nous observant que, lors de la livraison dud. mannequin, led. s. Ansiaume avoit gardé vers lui lesd. tête et perruque, s’étant chargé de faire peindre lad. tête, déclarant que f^u s. Ansiaume lui etoit redevable d’une somme de 9 livres, dont il devoit lui faire compte, s’étant chargé de faire peindre lad. tête.
Remise est faite aud. Vestier de lad. perruque et tête et de la somme de 9 livres réclamée, lesquels 9 livres comme lui étant dus par led. feu s. Ansiaume^ attendu qu’il n’a pas fait peindre la tête en lui fournissant le mannequin, que le comparant a achepté et payé 600 1., prix convenu avec la tête colorée.
Vendredi 22 et samedi 2 3 septembre ; il a été retiré d un cabinet tous les membres de mannequin pour être rassemblés et assortis et parvenir à leur inventorié, ensemble les ustancils et outils relatifs à la fabrication desd. mannequins ; après quoi il a été procédé par le s. Claude Rayon, maître tourneur mécanicien, demeurant rue Basfroy, au rassemblement et assortiment desd. membres de mannequin.
Est comparu le s. François Delalande, graveur et peintre, demeurant à Paris, rue de Montmorency, comme ayant charge de la dame Régnault, bourgeoise de Paris, lequel nous a dit qu’il est opposant à nos
NICOLAS ANSIAUME. 189
scellés afin de réclamation et remise d’une tête de mannequin sans cheveux, que led. sieur Ansiaume s’est obligé de fournir à lad. dame Régnault.
Mardy 26 septembre : en procédant, est comparu led. s. Delalande, auquel avons fait remise de la tête peinte sans cheveux par lui réclamée pour lad. dame Regnaut.
Est comparu led. s. Nicolas Desportes, peintre du Roi et de l’Académie, ayant charge et pouvoir de M. le président Saron, lequel a reconnu que, du consentement des parties, led. s. Louveau (maître d’hôtel) lui a remis un mannequin de femme de grandeur naturelle avec la couverture en soye et la tête garnie de cheveux, dans l’état où le tout s’est trouvé, lequel mannequin M. le président Saron estoit de droit de réclamer au moyen de la reconnoissance de 3i2 1. que led. Desportes a représentée, laquelle remise est consentie moyennant le payement fait par led. Despories de la somme de 48 livres, pour, avec lesd. 3 12 livres, compléter le prix de la valleur dud. mannequin dans l’état imparfait où il s’est trouvé, sauf à M. le président à le faire parfaire à ses frais.
(Arch. nat., Y 15297.)
IGNACE-JEAN-VICTOR CAMPANA