CLAUDE PRUDHOMME
COMPAGNON PEINTRE
17 octobre 1787.
Le s. Charles-François Delaître, maître peintre à Paris, se présente le jeudi, 18 octobre 1787, devant le commissaire Le Seigneur, et déclare que le s. Claude Prudhomme, compagnon peintre, qui travaillait chez lui depuis vingt-trois ans, s’étant senti malade la veille, s’est décidé à se rendre à l’hôpital de la Charité où il est mort dans la nuit ; mais, avant de partir, il lui a remis la clef de la chambre qu’il occupe rue du Bac, au deuxième étage de la maison du s. Darfeuille, maître sellier ; en conséquence, le s. Delaitre requiert le commissaire d’apposer les scellés. Bien que le mobilier soit des plus misérables, on découvre dans une malle trois sacs, dont deux contenant douze cents livres chacun en écus de six livres, plus un certain nombre de vieux louis d’or, dont le total s’élève à 3,546 livres, laquelle somme est remise à Jean Prudhomme, tonnelier, demeurant au hameau de Boissaye, sur la paroisse de la Croix-Saint-Leufroy, près d’Évreux, frère et unique héritier de Claude Prudhomme^ décédé à l’hôpital de la Charité, comme le prouve l’extrait mortuaire reproduit dans le procès-verbal et que nous copions textuellement.
Suit la teneur dud. extrait mortuaire : « Nous soussigné, religieux prieur du couvent et hôpital Saint- Jean-Baptiste de la Charité de Paris, ordre de Saint-Jean de Dieu, certifions que le sieur Claude Prudhomme,
PIERRE ROYER
peintre, âgé de 5e ans, natif de la Croix-Saint-Leufroy, diocèse d’Évreux, fils des deffunts Claude Prudhomme et de Marie Dagomes, est entré malade aud. hôpital le 17 octobre 1787, où, après avoir été assisté tant spirituellement que corporellement, il y est décédé le 17e jour d’octobre 1787, comme il appert par le registre dud. hôpital. Fait à Paris, ce 9 novembre 1787. Signé : F. Christophe Garnier. »
(Arch. nat., Y 1457g.)
PIERRE ROYER
PEINTRE DE LA REINE ET ANCIEN DIRECTEUR DE l’académie DE SAINT-LUC.
27 décembre 1787.
L’abbé Zani fait figurer sur ses listes un Pierre Royer, Français, vivant au xvin<> siècle, qu’il qualifie P. d. V. (Peintre de Vues). C’est évidemment le nôtre, et, bien que le nom de cet artiste soit inconnu des biographes, il paraît cependant avoir tenu un certain rang dans sa compagnie, tant par sa longue carrière que par le nombre de ses descendants, artistes comme leur père pour la plupart.
Pierre Royer^, ancien peintre de la reine et directeur de l’Académie de Saint-Luc, ce sont les qualités que lui donne notre proces-verbal , meurt apres une maladie de plusieurs mois, à 1 âge de quatre-vingts ans, ou environ, sur les quatre heures, le jeudi, 27 décembre 1787, dans un appartement, au premier au fond de la cour, d’une maison de la rue de Sèvres, n° i32, visà-vis celle des Petites-Maisons, dont il était propriétaire.
Le défunt laisse une veuve, Marie-Charlotte Le Gesne ou Le Sesne, et neuf enfants :
I. Bellier de la Chavignerie, qui a publié l’acte d’inhumation de l’artiste, daté du 28 décembre 1787, — c’est d’ailleurs le seul renseignement qu’il connaisse sur l’individu, — dit que Royer se nommait Pierre- Alexandre.
PIERRE ROYER. 205
1“ François-Marie Royer, l’aîné, peintre de l’Académie de Saint-Luc, demeurant avec son père.
2° Pierre- Alexandre Royer, maître peintre de l’Académie de Saint-Luc, demeurant rue Basse-du-Rempart.
3° Claude-François Royer, négociant à Rouen, rue des Bons- Enfants.
4“ François-Henry Royer, peintre de l’Académie de Saint-Luc, demeurant rue du Four-Saint-Germain, vis-à-vis celle de l’Egoût.
5“ Claude- Raymond Royer, sculpteur-marbrier, demeurant rue des Vieilles-Thuilleries.
6° Louis Royer, maître fondeur, doreur sur métaux, rue de Grenelle.
' 7“ Marie-Charlotte-Simonne Royer, veuve du s. Jacques-Félix Adam, maître sculpteur-marbrier.
8“ Marie-Anne Royer, femme de François-Ernest, bourgeois de Paris.
9“ Marie-Angélique Royer, femme de Jean-Baptiste-François Mesteil, marchand épicier, carrefour de la Croix-Rouge.
Après avoir établi avantageusement ses nombreux enfants, comme on vient de le constater, Pierre Royer se trouve encore à la tête d’une grosse fortune ; cela ressort du procès-verbal d’apposition et de levée de scellés dressé par le commissaire Pierre-Clément Dassonvillers. Nous avons rencontré peu d’artistes aussi opulents.
Le mobilier renferme, comme d’habitude, des tableaux encadrés et des estampes sous verre que le commissaire ne se donne pas la peine de décrire, des portraits, un Christ en ivoire dans un cadre de bois doré. L’argenterie a déjà une réelle importance, elle se compose de vingt-six couverts, une grande cuiller à soupe, trois à ragoût, un moutardier, six salières, trois gobelets à pied, seize gondolles et une écuelle d’argent, le tout du poids de vingtneuf marcs, quatre onces, et de la valeur de 1,468 livres 16 sols; plus quatre salières doublées de coquilles, valant 48 livres, enfin 344 jetons à différents coins, estimés 5o8 livres 2 sols 6 deniers.
Les deniers comptants s’élevaient à la somme énorme de 78,208 livres, savoir : 18,432 livres en louis d’or doubles et simples, 39,276 livres en argent blanc, et 20,5oo livres en billets de caisse.
Ce n’est pas tout, il s’en faut. Le s. Cottereau, procureur, investi de la confiance du défunt, vient déposer divers titres actifs
JEAN-LOUrS SAUCE.
de créances à lui remis pour en opérer le recouvrement. Mais notre acte ne dit pas à combien montent ces créances.
Pendant les opérations, un des notaires, M« Petit, apporte également la somme de 7,112 livres appartenant au défunt, avec divers actes déposés entre ses mains. Puis, c’est le sieur Arnoult Dupont de la Hallière, banquier, demeurant rue de l’Homme-Armé, qui restitue à son tour des titres qui lui avaient été confiés, de sorte que la veuve, à la fin des opérations d’inventaires, en y comprenant les loyers et revenus ou intérêts par elle reçus, se trouve à la tête d’une .somme totale de 92,70!^ livres 9 sols. La veuve est de plus autorisée à toucher de tous trésoriers généraux les arrérages échus et à échoir de toutes les rentes perpétuelles et viagères dépendant de la succession, assignées sur les Aides et gabelles, tailles, cuirs, deux sols pour livre, dettes de la guerre du Canada, Alsace, actions des fermes, Flandre maritime et Colonies, et autres revenus du roi, ainsi que sur tous corps, compagnies, communautés, pays d’États, sur tous princes et particuliers, domaine de la ville, etc.
(Arch. nat., Y 1 1984.) ;