SCULPTEUR DES BATIMENTS DE MONSIEUR
14 novembre 1788.
Gilles-Paul Cauvet, sculpteur ordinaire des bâtiments de Monsieur, — c’est ainsi que le qualifie le procès-verbal du commissaire Pierre-Nicolas-Eustache Landelle, — n’était pas le premier venu. Depuis longtemps membre de l’Académie de Saint-Luc, il avait pris part seulement à l’exposition de 1774; mais, au titre de sculpteur de Monsieur, frère du Roi, le livret ajoute celui d’ancien directeur. Nous voyons enfin, dans la liste des membres de l’Académie, publiée par V Almanach des artistes de 1776, que notre sculpteur était aussi adjoint à professeur. Il habitait déjà rue de Sèvres. Notons encore qu’au salon de 1774 figuraient douze dessins d’ornements par M"‘= Liottier la jeune, belle-fille et élève de l’auteur. Ainsi le mariage de Cauvet avec Marie-Marguerite de Ligny, veuve en premières noces de Jean Liottier, maître sculpteur, remontait à une époque antérieure au salon de 1774.
La femme de Cauvet survécut à son mari ; c’est elle qui provoque l’apposition des scellés après la mort de celui-ci, survenue à la suite de maladie, le vendredi, 14 novembre 1788. Il habitait encore la rue de Sèvres, où il était principal locataire d’une maison portant le n“ 14. Son appartement était situé au premier étage au fond de la cour.
Le s. Cauvet laissait deux enfants : une fille majeure nommée Marie-Pauline, et un fils encore mineur, Edme-Charles, placé sous la tutelle de sa mère.
M' Boursier, notaire, est chargé de faire l’inventaire, et François Basan, demeurant rue Serpente, est appelé à donner son avis sur la prisée des dessins, tableaux, estampes, bronzes, plâtres, modèles, bosses et autres objets de curiosité se trouvant dans le cabinet du défunt, dans l’arrière-cabinet et le laboratoire.
Plusieurs oppositions ont pour objet la réclamation de sommes assez importantes, dues par le s. Cauvet et sa femme. Ainsi, le s. François Graux, ancien huissier-priseur au Châtelet, se présente comme créancier de ii,55o livres. Louis Rojot, bourgeois
GILLES-PAUL CAUVET.
de Paris, réclame les arrérages d’une rente viagère de 2,000 livres à lui constituée par le défunt. Il est dû une autre rente de i5o livres à Louis- Charles Sauvage, secrétaire de l’évêque d’Autun. Les s. Jean Guigault de Buffeix, architecte à Paris, et Louis- François Leprince, marbrier du Roi, se présentent également en qualité de créanciers de la succession.
Cependant, la veuve est autorisée à recevoir de tous les locataires, payeurs et débiteurs de la succession, les loyers dus, les arrérages de rentes sur le Roi, sur le canal de Murcie et les particuliers, tant perpétuelles que viagères, et toutes autres sommes dues à un titre quelconque. Tous ces détails supposent un certain état de fortune et prouvent que le défunt était en mesure de faire honneur à ses engagements.
Il reste à faire connaître certains articles du mobilier assez curieux :
Premièrement, dans la chambre à coucher : une pendule en vase monté sur une colonne de cuivre doré avec cadran circulaire en émail ; deux petits flambeaux de cuivre argenté ; un petit bougeoir de cuivre doré avec figures de porcelaine ; une pendule à cadran de cuivre émaillé marquant heures et minuttes, dans sa boîte et sur son pied de marqueterie; deux tableaux portraits peints sur toille.
Dans la salle à manger qui précède lad. chambre à coucher : un trictrac, ses dames, dez et cornets, deux grouppes en plâtre sur leurs gaines de bois peint, un tableau représentant V accouchement de la Reine ^ un autre représentant des fruits, un lièvre et une botte de cardes poirées ; un panier d’ozier dans lequel sept cuillères et sept fourchettes d’argent à bouche à filets, marquées du chiffre J. C., et dont une cuillère et une fourchette à coquilles, cinq cuillères et cinq fourchettes aussy d’argent à coquilles et à filets, marquées du chiffre J. C., six cuillers à caffé à filets, marquées J. C., et quatre autres à coquilles non marquées, aussy d^argent.
GILLES-PAUL CAUVET.
une cuillère à soupe, marquée J. L., et deux autres à ragoût, marquées de L. P. en chiffre, une autre à sucre marquée J. L., le tout d’argent, quatre couteaux à manche d’yvoire, deux autres à manche d’ébenne.
Dans le sallon ensuite (rien à signaler).
Dans un cabinet au premier étage : lad. dame veuve Cauvet nous a observé que, dans le secrétaire étant dans led. cabinet, il doit y avoir des deniers comptants; que comme elle ignore le tems que nos scellés resteront apposés, qu’il est absolument nécessaire que pendant ce tems elle fournisse aux dépenses journalières de la maison, elle nous requiert de faire ouverture dud. secrétaire, d’y faire perquisition des deniers comptans qui peuvent y être et d’en retirer somme suffisante pour luy être remise aux fins de subvenir auxd. dépenses, aux offres qu’elle fait de s’en charger pour en compter quand elle en sera requise et à qui il appartiendra.
Obtempérant à son réquisitoire, nous avons fait ouverture du battant d’en haut dud. secrétaire étant dans led. cabinet; et lad. ouverture faite, nous avons trouvé dans un des tiroirs d’içeluy une somme de 3oo livres en écus de six livres dans un sac, et deux billets de 3oo livres chacun de la Caisse d’escompte, lesquels deux billets et lad. somme de 3oo livres de deniers comptants nous avons remis à lad. dame veuve Cauvet.
Dans d’autres chambres, quelques tableaux sans autre désignation.
Dans les trois ateliers du défunt, plusieurs modèles en plâtre.
(Arch. nat., Y i4o36.)
JEAN-DANIEL WELPER.
CCCLXXIX.
JEAN-DANIEL WELPER