JEAN-CLAUDE GAULIER
MAITRE PEINTRE DE l’aCADÉMIE DE SAINT-LUC.
Procès-verbal et information sur sa mort; scellé.
26 octobre 1789.
L’information sur la mort du s. Gaulier et le procès-verbal d’apposition de scellés n’exigent pas beaucoup de temps. Le lundi, 26 octobre 1789, sur les six heures du matin, le commissaire Gabriel-Pierre Foucart est averti qu’on venait de trouver un cadavre dans l’allée d’une maison de la place Maubert, dont le s. Bourdillac, marchand de vin, était principal locataire. Il se rend incontinent sur les lieux, interroge les voisins, et son enquête établit que le défunt avait l’habitude de boire; que, la veille, après son souper, il s’est rendu chez un épicier voisin pour y demander de l’eau-de-vie ; qu’un de ses amis l’a reconduit chez lui sans qu’il voulût le laisser monter et qu’un des locataires de la maison, voulant sortir sur les cinq ’neures du matin, s’est heurté contre le cadavre qui barrait l’allée.
Les médecins du Châtelet visitent le cadavre sans y trouver trace de violence.
Enfin, sans désemparer, et à huit heures du matin, le même jour, lundi, 26 octobre, le commissaire appose les scellés sur le mobilier du défunt qui a pour unique héritier un frère, Emmanuel-Maurice-Louis Gaulier, ancien officier garde de la porte du roi. Dans ce modeste mobilier, on remarque : un Christ d’ivoire, un reliquaire dans un cadre doré, une pendule de Champion de forme ancienne, un baromètre et thermomètre, et divers tableaux. Enfin dans les tiroirs est trouvée la somme de i,3i3 livres.
(Arch. nat., Y i32gi.)
’ CCCLXXXIV.
CLAUDE-JOSEPH VERNET
PEINTRE DU ROI
3 décembre 1789.
Les travaux de MM. Léon Lagrange et Amédée Durande ont fait connaître tout ce qu’il est utile de savoir sur la famille
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des Vernet et sur son célèbre chef. Le procès-verbal de scellés, dont nous publions ci-après tous les passages essentiels, n’ajoute que peu de chose aux renseignements déjà publiés. Encore convient-il de le donner, ne fût-ce qu’à cause de l’illustration du personnage en question. Savait-on que la fille de Joseph Vernet, mariée au peintre Chalgrin, avait été séparée de biens de son mari dès l’année 1781, comme cela est dit formellement dans l’acte suivant? N’est-ce pas ce détail intime de la vie conjugale qui aurait encouragé les entreprises du peintre David et amené, en fin de compte, la triste catastrophe que chacun connaît ?
Procès-verbal d'apposition de scellés aux galeries du
Louvre après le décès de Claude-Joseph Vernet,
peintre du roi.
L-’an 1789, le jeudy^ 3 décembre, deux heures de relevée, sur le réquisitoire de M. Jean-Michel Moreau, dessinateur et graveur du Cabinet du Roy et de son Académie royale de peinture et sculpture, demeurant à Paris, rue du Coq-Saint-Honoré, paroisse Saint-Germain-PAuxerrois, au nom et comme ayant charge et pouvoir du sieur Vernet le jeune, peintre du Roy, demeurant à Paris, aux galleries du Louvre, paroisse Saint-Germain-PAuxerrois , héritier pour un tiers du s. Claude-Joseph Vernet, son père, peintre du Roy et conseiller de son Académie, nous, Jean-Honoré Delaborde, écuyer, ancien avocat au Parlement,, conseiller du roy, lieutenant général civil, criminel et de police de la prévôté de PHôtel du Roy et grande prévôté de France, assisté de notre greffier et de Levasseur, premier huissier de cette Cour aux susd. galleries du Louvre, sommes entré dans un logement occupé par le s. Vernet père, ayant son entrée et vue par la rue des Orties, où étant, led. s. Moreau, aud. nom, nous a dit que led. s. Vernet père venoit de décéder dans icelui, cejourd’hui.
CLAUDE-JOSEPH VERNET
vers les une heure de relevée; pourquoi il nous requiert qu’il nous plaise apposer à l’instant nos scellés sur les meubles et effets fermant à clef étant dans led. logement, et à la description sommaire des meubles et effets en évidence, le tout dépendant de la succession dud. s. Vernet père.
Sur quoy nous, lieutenant général, ordonnons qu’il sera à l’instant par nous procédé à l’apposition de nos scellés, ainsi qu’il suit :
Dans la chambre où est décédé led. s. Vernet père, au premier, ayant vue sur lad. rue des Orties, s’est trouvé en évidence : six tableaux dans leur cadre de bois doré sculpté. Quant à un clavecin, papier de musique, un carton rempli de desseins, une gravure dans son cadre doré représentant un Anglais à cheval, livre de musique, deux fusils, une bayonnette, une canne, appartiennent à M. Vernet jeune.
Dans une chambre au troisième étage ayant vue sur le quay ; une chiffonière à entrée de cuivre doré, à cinq tiroirs remplis de couleurs et instrumens propres à la peinture, un baromettre de bois sculpté doré, vingtquatre tableaux de différentes grandeurs dans leurs cadres de bois doré, un chevalet.
Attendu la déclaration à nous faitte que led. s. Vernet père a un atelier au château du Louvre, dans la colonnade du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois, et sur la réquisition dud. s. Moreau^ nous ordonnons que nous nous transporterons sur le champ, en sa présence, à l’effet d’apposer les scellés sur les effets y sujets et à la description sommaire des meubles et effets y étants.
L’an 1790, le mardy, 2 mars, est comparu le s. Antoine-Charles-Horace Vernet^ peintre du Roy et de son Académie royalle de peinture et sculpture ,
CLAUDE-JOSEPH VERNET
demeurant à Paris, aux galleries du Louvre, paroisse Saint-Germain-FAuxerrois, habile à se dire et porter héritier pour un tiers de feu s. Claude-Joseph Vernet^ son père, peintre du Roy, et encore curateur à l’interdiction de la dame sa mère, suivant la sentence cy après énoncée, lequel nous a requis de procéder à l’instant à la reconnoissance de nos scellés pour, au fur à mesure de la levée d’iceux, être procédé à l'inventaire et description de ce qui se trouvera renfermé sous iceux, meubles et effets en évidence, titres, papiers et renseignements dépendants de la- succession dud. s. feu Vernet, par M. Préau et son confrère, notaires à Paris.
Estaussy comparu le s. Claude-Anne Liébault, souscaissier du trésor royal, au nom et comme curateur ad hoc à l’interdiction de dame Virginie-Cecile Parker, veuve dud. s. Claude-Joseph Vernet^ nommé à lad. qualité par sentence rendue au Châtelet de Paris le 23 février dernier, lequel nous a pareillement requis de procéder à l’instant à la reconnoissance et levée de nosdits scellés.
Est aussi comparu M® Joseph Nay de Mézance, principal commis des finances au contrôle général, au nom et comme fondé de la procuration spéciale du s. Louis Vernet, receveur général du tabac à Avignon, led. s. Louis Vernet, habile à se dire et porter héritier dud. feu s. Claude-Joseph Vernet^ son père, lequel s. Nay nous a pareillement requis, etc.
Est aussi comparuedame Margueritte-Emilie-Félicité Vernet, épouse du s. Jean-François- Thérè:{e Chalgrin, architecte du Roy, premier architecte de Monsieur, séparée de biens d’avec led. s. son mary par sentence du Châtelet de Paris du 14 septembre 1781 et autorisée à la poursuitte de ses droits, demeurant à Paris, rue Garan-
JEAN-PIERRE PIGALLE
cière, aussy habile à se dire et. porter héritière pour un tiers dud. feu s. Claude- Joseph Vernet^ son père, laquelle dame Chalgrin nous a pareillement requis, etc.
En procédant, par lesd. s. Vernet, Liébaut, Nay et lad. dame Chalgrin a été dit qu’ils nomment le s. J -B. Pierre Lebrun^ peintre, demeurant à Paris, rue du Groschenet, pour donner son avis pour la prisée desd. tableaux et gravures.
Une somme de 2,914 livres 9 sols trouvée dans le petit tiroir d’une commode avait été confiée au s. Moreau pour subvenir aux frais funéraires et dépenses de la maison.
Frais : 884 liv, 3 s. 9 d.
(Arch. nat., 92.)
CCCLXXXV.
JEAN-PIERRE PIGALLE
SCULPTEUR DU ROI
(Marie-Jeanne FONTAINE, épouse de).
28 janvier 1790.
Les anciennes Archives de l’art français {Wl, 107) ont mis au jour l’acte de mariage de Jean-Pierre Pigalle, neveu du célèbre sculpteur, fils de Pierre Pigalle et de Marie-Luce Thouin, avec Marie-Jeanne Fontaine, fille de défunt Jean-Jacques Fontaine et de Marie Du Bois. La bénédiction nuptiale fut donnée aux époux dans l’église de Saint-Philippe-du- Roule, le samedi, 6 octobre 1770. Le marié n’avait pas moins de trente-six ans, il était donc né en 1734, et la jeune femme était âgée de quinze ans seulement.
Avec une pareille disproportion d’âge, il y avait des chances sérieuses pour que l’union ne fût pas heureuse. C’est ce qui semble s’êlre produit, à en juger par les faits suivants consignés dans notre procès-verbal : lors de la mort de Marie- Jeanne Fontaine, survenue le jeudi, 28 janvier 1790, à la suite d’une longue maladie, les époux étaient séparés de biens. Enfin, et ceci sur- NOUV. ARCH. DE l’aRT FR. 1 88 5 l5
JEAN-PIERRE PIGALLE
tout est grave, la défunte avait désigné pour exécuteur testamentaire, par un acte de dernière volonté reçu le g janvier 1790 par M' Havard, notaire au Châtelet, non son mari, mais le s. Germain Garnier, secrétaire du cabinet de M™' Adélaïde, tante du Roi.
Il était né deux enfants de ce mariage disproportionné ; Jean-Baptiste, filleul du célèbre auteur du tombeau du maréchal de Saxe, né le 1 1 janvier 1772 (voir son acte de baptême dans les Archives de V art français, VI, 108), et Alexandrine-Prospère, née le 17 juin 1775. Le père était tuteur, en vertu d’un avis de parents, du 10 février 1772.
L’inventaire fut confié à deux notaires, M® Havard, désigné par l’exécuteur testamentaire, et M® Bro, par le père.
La défunte était morte dans une maison à elle appartenant, rue du Rocher, à la Petite-Pologne. Dans son mobilier se trouvaient deux tableaux, portraits de famille, cinq estampes sous verre, six couverts d’argent à filets, un couvert uni, une cuiller à soupe et cinq à café.
Seize opposants se présentent, mais le procès-verbal n’entre dans aucun détail à leur sujet.
Enfin les dernières mesures prises pour enlever au mari l’administration des biens des enfants prouvent qu’il n’inspirait pas grande confiance. C’est en effet l’exécuteur testamentaire qui est chargé de toutes les opérations qu’exigeaient les intérêts de la succession.
Par ordonnance de référé du 4 mars 1790, le s. Garnier, exécuteur testamentaire, est et demeure autorisé en sad. qualité :
I» A faire procéder à la vente du mobilier dépendant de la succession de lad. défunte;
2” A régir et administrer les biens de lad. succession, à passer tous baux, à poursuivre le recouvrement des loyers, en faire faire le dépôt ès mains de M® Bro, notaire;
3“ A faire faire les réparations urgentes dans les maisons qui dépendaient de lad. succession ;
4“ Led. M® Bro sera autorisé à payer sur les deniers qui lui seront déposés le montant desd. réparations, et annuellement la somme de 2,400 livres par quartier pour la pension et nourriture tant dud. s. Pigalle que des deux enfants mineurs, savoir 1,600 livres au s. Pigalle, qui sur lad. somme sera chargé delà
ÉTIENNE-PHILIPPE LEFAUCHEUR. 22 J
nourriture et entretien de son fils, et 800 livres au s. Pérignon, subrogé-tuteur, qui sera chargé d’acquitter la pension de la d"® Pigalle.
(Arch. nat., Y i3583.)