PIERRE HÉRON
MAÎTRE PEINTRE
6 novembre 1771.
Pierre Héron, qualifié maître peintre, meurt dans une maison située à la porte Saint-Honoré, dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 novembre 1771. Sa servante, Catherine Philippe, au défaut de sa femme, absente depuis une quinzaine d’années, fait apposer les scellés par le commissaire Pierre Chenon sur un mobilier d’ailleurs fort insignifiant.
Pas d’enfant; la seule héritière est une sœur du défunt, Françoise Héron, femme de Henri Desmarais, bourgeois de Paris, rue des Fontaines -au -Marais, qui désigne pour la confection de l’inventaire le notaire Pierre-Étienne Collet. Des marchandises trouvées en magasin et consistant surtout en papiers peints et en bois de paravent et des oppositions de J.-B. Réveillon, qui réclame certaines sommes dues pour marchandises fournies, il lésulte que ce maître peintre n’était même pas un simple barbouilleur, mais qu’il exerçait le métier de marchand de papiers peints.
(Arch. nat., Y ii383.)
GCLXII I.
JACQUES VERBERCKT
SCULPTEUR DU ROI
9 décembre 1771 .
L’artiste dont il est ici question n’est pas le premier venu. Il n’a tenu qu’à lui de faire partie de l’Académie ; dès 1733, il était admis comme agréé. Nous ignorons les causes qui 1 empêchèrent
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d’arriver au titre d’Acadétnicien. Peut-être n’eut-il pas le loisir d executer^ son morceau de réception. Après avoir pris part aux Salons de 1737 et de 1739, où il envoya une Minerve enseignant et couronnant les Arts, et un groupe en plâtre de Minerve et ses attributs, il cessa tout à coup de paraître aux Expositions.
On trouvera dans V Histoire du château de Versailles de M. Dussieux l’indication des nombreux ouvrages que notre sculpteur a exécutés pour ce palais.
Jacques Verbercque ou Verberckt, sculpteur du Roi, meurt le lundi, 9 décembre 1771, vers les deux heures de relevée, dans une maison de la rue Basse-du-Rempart, portant les numéros 16 et 5, dont il paraît être le propriétaire. Il était âgé de soixante-huit ans ou environ; sa naissance remonte donc à 1703 ou 1704.
Il laisse six enfants : un fils et une fille d’un premier lit; quatre filles d’un second mariage avec Marie- Madeleine Le Goupil, décédée vingt-un ans auparavant, à la Saint-Nicolas.
Les aînés sont Jules Verberckt, avocat au Parlement, demeurant rue Basse-du-Rempart, et Catherine Verberckt, veuve de Jean-Louis Poillevert, ancien architecte des bâtiments du Roi et contrôleur de ceux de Mgr le prince de Gondé, demeurant rue Saint-Honoré.
Les filles du défunt et de sa seconde femme se nomment Madeleine-Germaine, Marie- Monique, Henriette-Catherine et Marie-Thérèse-Sophie, la dernière mineure, n’étant âgée que de vingt-quatre ans. Elles demeurent toutes avec leur père dans la maison de la rue Basse-du-Rempart. Les scellés sont apposés au domicile du défunt par le commissaire Pierre Thiérion.
Dès le début des opérations, sont découverts trois sacs de 1,200 livres chacun et un de 1,002 livres, faisant en tout la somme de 4,602 livres. De plus, le défunt avait remis, peu de temps auparavant, à la demoiselle Morisseau, gouvernante de la maison, une somme de 2,202 livres pour subvenir aux frais quotidiens. Le fils demande que ces differentes sommes soient versées entre ses mains; les sœurs, tout en déclarant qu’elles ont toute confiance en lui, expriment le vœu que la dame Morisseau, chargée par leur père de leur éducation et de la dépense de la maison, leste dépositaire de la somme restante de celle qui lui a été remise par le défunt, déclarant au surplus s’en rapporter absolument a la decision du Père Beville, Feuillant, qui a connaissance des intentions dudit feu sieur leur père.
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Ensuite, le commissaire procède à l’apposition des scellés en faisant la description des objets laissés en évidence. Voici ceux qui méritent d’être notés :
Dans le passage de lad. chambre à coucher à celle de la chambre du défunt ayant vue sur le boulevart : un tableau de fleurs représentant saint Ignace; cinq esquisses de Boucher; deux dessus de porte représentant deux bustes de Saints.
Dans la chambre où est décédé le deffunt, cy devant désignée : une petite commode à la Régence de bois de raport, garnie de sa table de marbre; une grille de feu en deux parties, garnie de cuivre argenté ; deux bras de cheminée à deux branches chacun, de cuivre doré; deux pendants paysage de Vandermel (Van der Meulen); un autre de marine; un portrait antique et quatre petits tableaux ; deux paysages et deux flamands ; un autre petit tableau, aussy paysage; le tout dans leurs cadres dorés ; six fauteuils et quatre chaises couverts de velours d'Utrecht vert; un grand fauteuil couvert de maroquin noir et coussin ; une petite pendulle de nuit à réveille, dans sa boîte et sur son pié de cuivre en couleur ; une mouchette et son porte-mouchette de cuivre cizelé, aussy en couleur ; une table à quadrille couverte de son drap vert; un trictrac garni de ses dames, cornetz et dés, couvert d’une table à maroquin noir^ avec son tiroir ouvert et vuide; une table de nuit garnie de marbre; un tableau en crucifix; la garniture de deux lits dans l’alcôve en damas vert.
Il a été convenu entre toutes les parties, led. père Beville entendu, qu’il leur sera remis à chacune d’elle la somme de cinq cens livres pour subvenir à leurs frais de deuil, dont elles se chargeront chacune à leur égard pour en compter; que le surplus, ensemble ce qui peut
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rester entre les mains de la demoiselle Morisseau, sera remis and. s. Jules Verbercht pour subvenir aux frais funéraires, à ceux de la maison, et en aider toutes les autres présomptives héritières, en cas que lesd. 5oo liv. ne leur suffisent pas, et encore à la charge par led, s. Verbercht de donner ce qu’il conviendra pour le deuil des domestiques.
Dans l’antichambre ayant vue sur la cour ; un grand tableau sur la cheminée, pot de fleurs; un autre tableau, Repos de la Vierge; un autre de gibier; deux pendants paysages; un grand tableau représentant un malade ; un autre, une perspective ; un buste de la première épouse du défunt ; un miroir de 36 pouces environ d’une glace; la tapisserie de la chambre en siamoise rayée jaune et bleue; une table de marbre sur son pié, représentations d’anges ; trois perruques en bonnet ; une table à piquet couverte de son drap vert.
Rien à noter dans la chambre dud. s. Verbercht ayant vue sur la cour, ni dans les chambres des demoiselles Marie-Monique, Henriette-Catherine et Madeleine- Germaine Verbercht.
Dans un passage ; un bas-relief en plâtre représentant une Procession de -S' Charles Boromé.
Dans la salle à manger, au rez-de-chaussée, ayant vue sur un petit jardin : un poele de terre fayancé ; une table de marbre de vert campan sur son pié doré; une autre table de marbre commun sur son pié doré en console; deux esquisses d’histoire sainte; quatre pendants paysage ; deux fauteuils et six chaises foncés de canne ; un buffet à deux battants de bois de chesne, sur les tablettes duquel s’est trouvée l’argenterie composée d’un soupier à main, deux plats de bouilli, le tout octogonne, deux autres petits plats de raux, long, deux vieilles
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jattes, une écuelle à oreille et son couvercle, une poivrière à bascule, un huilier en cuvette à mains, un sucrier, un porte-mouchette et une mouchette, un gobelet à pié, six gobelets en timballes, un moutardier, deux coquetiers, deux salières, une cuillère à soupe, deux cuillères à ragoût, vingt couverts à bouche, quatre cuillères à caffé, six couteaux et deux flambeaux, le tout d’argent ; une eguierre aussy d’argent et un petit martinet ; trois douzaines d’assiettes de fayance ébréchées.
Dans un petit cabinet attenant, ayant vue sur led. jardin (dans la maison portant le numéro 5) ; un buffet à tablette de marbre en bas d’armoire, sur les tablettes duquel se sont trouvées deux douzaines d’assiettes de porcelaine commune, deux sceaux à rafraîchir de fayance, deux napes et huit serviettes ouvrées, une soupière avec son couvercle, une petite pendulle à sonnerie dans sa boete de marqueterie ornée de cuivre; huit estampes grandes et petittes représentantes la famille Sainte et le portrait de nos Roys, et la statue équestre de Louis XV; un secrétaire de bois de raport à bascule^ garni en dedans de tiroirs ; le tout ouvert et vuide.
Dans le vestibule : une table de dix couverts avec son pied, une fontaine à deux robinets et sa cuvette en cuivre rouge.
Dans le salon du rez-de-chaussée, ayant vue sur le jardin ; une Minerve en marbre et son model en plâtre , un buste en marbre, deux autres en plâtre et quatre guenes, etc.
Dans un salon à côté de la serre : deux tableaux paniers de fleurs^ dans leurs cadres sculptés dorés , deux gaines de bois sur lesquels sont en plâtre deux groupes, la Pêche et la Chasse^ une table de vingt couverts, etc.
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BENOIT AUDRAN
Et dans la serre : les Quatre saisons en bustes de plâtre, et Louis XV.
L’inventaire est fait par François Semilliard, notaire à Paris ; les héritiers nomment Pferre Remy, ancien directeur de l’Académie de Saint-Luc, demeurant rue Poupée, pour donner son avis sur la prisée et estimation des tableaux, estampes, gravures, sculptures, terres cuites, moulures, modèles, bosses et autres objets de cette nature, dépendant de la succession, et Pierre- François Gueffier, libraire, rue de la Harpe, pour faire l’estimation des livres.
L’inventaire des livres occupe trois vacations, celui des papiers huit ou dix. Enfin on trouve quatre médailles d’argent et une médaille d’or dans une armoire. Le nombre des vacations s’élève à trente-quatre; les frais atteignent 961 livres 9 sous.
(Arch. nat., Y 1090 1.)
BENOIT AUDRAN