‹ Scellés et inventaires d'artistes (volume 2)Chapitre 9 sur 174 · GRAVEUR · texte numérisé non relu

GRAVEUR

8 janvier 1772.

Aux détails déjà connus sur la nombreuse famille des Audran et résumés dans le Guide de l'Amateur d’estampes sous forme de tableau généalogique, notre pièce vient ajouter quelques renseignements intéressants.

Benoît Audran, deuxième du nom, était, on le sait, fils du graveur Jean Audran, et neveu du graveur Benoît de Claude, peintre aux Gobelins, et de Louis, également graveur. On n’ignore pas qu’il avait deux frères, Michel, entrepreneur des tapisseries des Gobelins, et Gabriel, graveur amateur. Leblanc n’indique que deux neveux de Benoît II, tous deux fils de Michel : Benoît III, graveur amateur, et Pierre-Gabriel, aussi graveur amateur, professeur d’hébreu. Ils étaient probablement morts avant leur oncle, car ils ne viennent point prendre part à la succession, divisée entre quatre neveux ou nièces dont voici les noms :

I” Joseph Audran, entrepreneur de tapisseries du Roi en la

BENOIT AUDRAN. » IQ

manufacture des Gobelins, y demeurant. C’est évidemment un fils de Michel.

2" Marie-Jeanne Audran, veuve du s. Thomas Hennique, marchand apothicaire, épicier à Paris, demeurant rue Saint-Jacquesla-Boucherie.

3“ Marie-Agnès Audran , femme d’Augustin-André Hecquet, contrôleur des rentes de l’Hôtel-de- Ville, demeurant rue du Battoir.

4“ Prosper-Gabriel Audran , conseiller du Roi au Châtelet , domicilié à Saint-Cloud.

Benoît Audran ne paraît pas avoir été marié. On sait qu’il était né à Paris en 1700, Il avait donc soixante-onze ans révolus au moment de sa mort.

Il meurt le mercredi 8 janvier 1772, sur les cinq heures du matin, « d’une maladie d’oppression de poitrine, » en son domicile, dans une maison à porte cochère de la rue Saint-Jacques, presque vis-à-vis la rue du Plâtre, dont le rez-de-chaussée était occupé par le s. Lottin l’aîné, libraire, et dont il habitait le second étage. L’acte lui donne le titre de maître graveur à Paris. Le commissaire Louis-François Formel vient apposer les scellés sur le mobilier du défunt, à la requête d’Augustin-Jean-Baptiste Maubert, procureur au Châtelet, qui déclare que le s. Benoît Audran lui a remis, quelques mois auparavant, un paquet cacheté en lui déclarant que ce paquet contenait son testament et qu’il l’avait institué son exécuteur testamentaire. Ledit testament 1, après avoir été ouvert par le lieutenant civil, le 8 janvier, est déposé chez M® Régnault, notaire, rue des Fossés-Montmartre. On trouve au domicile du défunt le s. Antoine Bar, bourgeois de Paris, lequel demeurait et vivait en pension chez led. s. Audran, la demoiselle Edmée Fouasse, qui veillait au ménage du défunt, chez qui elle travaillait à la gravure, enfin une cuisinière au service du s. Audran depuis deux mois.

Le mobilier est assez recherché. Voici les articles dignes d’être relevés ;

Suit l’évidence étant dans un petit cabinet ; un

I. Ce testament olographe, en une seule page, portait la date du 16 septembre 1771. Il commençait par ia formule ordinaire . (( Dans la certitude de la mort et l’incertitude... » et se terminait par (( de cinq cent livres. »

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tableau peint sur toile, représentant la Décolation de S*- Jean^ un autre représentant des fleurs^ tous deux en bordures dorées; un troisième, sans bordure, représentant une tête d"' ecclésiastique ; deux estampes en couleurs, représentant deux figures de femme en bordures noircies; un morceau de siamoise de la porte, à bandes bleues et autres couleurs, tapissant en partie led. cabinet.

Dans led. premier cabinet ci-devant désigné : un tableau représentant des Jeux champêtres ; deux bras de cheminée à double branche, en cuivre; une table de bois noircy couverte en veau, à deux tiroirs aux extrémités, dans lesquels il s’est trouvé un brunissoir, trois petits étaux et quelques limes, menus outils et ferrailles ne méritant description ; un vieux fauteuil en confessionnal, couvert en tapisserie; trois tableaux paysages, un sujet de bataille; trois représentans des fleurs^ un représentant un corps de garde de cinges^ tous sur toile en bordures dorées et quarrés ; deux ronds peints sur bois représentans différents sujets en bordure dorée ; un ovale sur toile représentant une bataille; un quarré long sur toile, sujet flamand, en bordure dorée; un sur toile représentant trois têtes d"' hommes^ forme carrée; un petit sur toile représentant la fuite de Joseph en Égypte^ tous en bordures dorées ; un autre représentant une tête francoise à l'antique^ sur toile, en bordure dorée; un moyen sur toile, représentant paysage^ en bordure dorée; deux estampes sous verre représentant deux têtes de femme à deux crayons, en bordures dorées ; une autre estampe grisaille en bordure de bois, deux autres estampes en crayon rouge, trois autres gravures en noir, un autre dessein lavé, un autre long dessein à l’encre de la Chine, le tout représentant difîérens sujets, sous verres blancs et en bordures dorées ; un tableau pein-

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ture arabesque ; un moyen tableau peint sur toile représentant Moyse foulant la courone devant Pharaon; un autre tableau quasi long, paysage^ sur toile, tous en bordures dorées; une boëte renfermant une chambre noire.

Dans la chambre à coucher du s^ Audran et où il est décédé : une petite chiffonnière à dessus de marbre, de bois de placage, à trois tiroirs, dans lequel il ne s’est rien trouvé; deux lits,... l’un ayant une housse et dais de damas d’Abbeville , fond lilas , à fleurs vertes, l’autre ayant une housse et baldaquin de damas d’Abbeville, fond bleu, à fleurs jaunes, et une courtepointe picquée en indienne ; un tableau quarré long sur toile, représentant une marine^ à bordure dorée; une estampe représentant la Pêche miraculeuse^ sous verre blanc en bordure doree; une autre, représentant une Annonciation; une troisième représentant une Fuite d'Égypte, en bordure noircie ; une autre représentant une Nativité, en bordure de bois ; une représentant la lumière du Monde; une autre, sainte Cécile, toutes deux en bordures dorées ; une tête représentant VEmpereur de Russie; une autre représentant un curé; une autre estampe, sujet d’histoire ancienne, toutes en bordures dorées ; un Christ en bois, sur sa croix aussi de bois; la tenture de lad. chambre de damas d’Abbeville, fond bleu, à fleurs jaunes.

Dans une grande pièce ensuitte de lad. chambre à coucher , éclairée par deux croisées sur la rue Saint- Jacques, appellée la sale de commerce dud. dcfîunt et dans laquelle couche led. s. Bar, ci-devant nommé : un trumeau sur la cheminée, composé de deux glaces, surmonté d’un petit tableau paysage camayeu petit gris; un autre trumeau entre les deux croisées, aussi de deux

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glaces, surmonté d’un pareil tableau , chaque trumeau sur parquet de bois peint en verd, ainsi que le surplus des boiseries pratiquées dans lad. pièce ; un devant de cheminée représentant un enfant tenant un balay; un optique- une commode bombée, de bois de placage, à ornemens dorés et dessus de marbre; une pendule faite par Jean-Baptiste Duterte, à Paris, dans sa boete et sur son pied en marqueterie cuivre sur écaille; six fauteuils couverts de tapisserie, fond vert clair, à fleurs gros vcrd , deux petits tableaux dessus de porte camayeux, semblables aux premiers ci-dessus désignés ; trente-neuf estampes , la pluspart grandes , et toutes sous verre blanc, représentant sujets de dévotion et d’histoire, fêtes, portraits et autres sujets, sous verre blanc et en bordures dorees ; une en bordure bois noircy représentant un cajfe J la partie non boisee de lad. pièce garnie de tapisserie de damas d’Abbeville, fond lilas, à fleurs vertes.

Dans la sale à manger étant ensuitte : un poele revêtu en fayance et garni de ses tuyaux, étant placé dans la cheminée; un trumeau sur lad. cheminée d’une petite glace à biseau, surmontée d’un tableau portrait de femme tenant des fruits ; deux bras de cheminée, à une simple branche de cuivre doré; un petit trumeau entre les deux croisées de trois petites glaces surmonté d’un petit tableau représentant fleurs et fruits ; une petite table en console au dessus , à dessus de marbre, sur son pied sculpté ; un petit optique monté sur un petit pied; deux seaux à rafraîchir, de taule peinte, flgures de la Chine; une cuve en marbre à deux compartiments ; une figure de ceinge jouant de la musette, en plomb bronsé; une petite table de bois noircy pour le caffé, garnie d’une jatte; quatre tasses et leurs sou-

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coupes en terre blanche et autres ; un grand tableau paysage, peint sur toile, en sa bordure dorée; un autre petit quarré long, sujet de dévotion, en pareille bordure, deux grandes estampes représentant deux catafalques ; une représentant un départ pour la pêche; deux autres représentant. Tune Louis Quatorze et Tautre Louis Quinze; quatre autres Batailles d' Alexandre ; deux autres plus petites, suitte du même sujet, toutes lesd. estampes sous verre blanc et à bordures dorées; un grand buffet à deux corps, chacun à deux battans, de bois peint lilas rechampi en petit gris, et dans icelui quatre draps, six serviettes et une nappe; treize plats de différentes formes et grandeurs, trois jattes ou saladiers, sept douzaines d’assiettes dont une douzaine de dessert , le tout de différente fayance et porcelaine ancienne; plusieurs verreries.

Dans led. buffet : une écuelle non couverte, deux salières, deux poivrières, un moutardier, deux coquetiers, un goblet à pied avec son couvercle, un huilier, une cuiller à soupe, deux cuillers à ragoût, une à sucre, douze couverts à bouche et seize cuillers à caffé, le tout d’argent.

Dans une petite antichambre noire : un grand et deux moyens tableaux paysages, peints sur toile, en bordure dorée.

Dans un petit cabinet au fond de la cuisine ; un petit tableau sur toile représentant des fruits ; un autre sur bois, représentant Henri IV à cheval; un autre sur toile, portrait d'homme. . .

Vacation du 21 janvier 1772 '•

En procédant, lesd. parties ont déclaré que, pour parvenir à l’estimation des tableaux, gravures, estampes, planches et autres ouvrages et ustencilles dépendants de

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1 état do gravour et appartenant à lad. succession, elles ont fait avertir verballement le s. Joullain le Jeune , maître peintre à Paris, demeurant quay de la Mégisserie, qu’elles nomment et choisissent à l’eflFet de donner son avis en son âme et conscience sur lad. estimation à m® Rigaux, huissier priseur.

D après laquelle nomination,... il a été proceddé à la visitte et examen des tableaux, estampes et gravures étant en évidence dans les différents lieux cy devant désignez, qu’occupoit led. feu s. Audran.

Notamment, dans les armoires delà salle de commerce, il a été fait la visitte et l’examen des gravures, estampes, planches et autres objets concernant l’état du defifuntqui s’y sont trouvez, comme on le voit par led. inventaire, de meme dans un portefeuille couvert en carton.

Toutes les gravures, planches, estampes et autres objets dépendans du commerce dud. feu s. Audran (qui se sont trouvez dans toutes les armoires et dans lesd. portefeuilles) ont été laissez en la garde de lad. d'‘® Fouasse qui s’en charge comme dépositaire Judiciaire pour les représenter quand et à qui il appartiendra. Leur inventaire occupe plusieurs vacations.

En procédant, m® Cormier, au nom et comme procureur de d‘>® Marie-Nicole-Rozalie Kergounou de Saint- Laurent, a déclaré être opposant, comme par ces présentes il s’oppose, pour lad. d'>® de Saint-Laurent, à la reconnoissance et levée de nosd. scellés, et ce pour avoir payement de la somme de douze livres à elle due par led. deffunt pour la gravure en lettres qu’il l’a voit chargée de faire d’un bas de planche dont le sujet étoit une Allégorie sur le rétablissement de la santé de M. l évesque de Nojron, laquelle planche appartenoit à M. 1 abbé Audoux qui 1 avoit donnée aud. feu s. Audran

ANTOINE VINCENT

pour la retoucher, et lui a payé 1 8 livres plus qu’il ne lui revenoit, à la charge par lui de payer sur cette somme à lad. d“® de Saint-Laurent ce qui lui revenoit pour lad. gravure en lettres.

Autre opposition formée par le s. Claude Paulmier, peintiede l’Académie de Saint-Luc, pour le montant des ouvrages de peinture faits en la maison appartenant au s. Audran, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince.

Autre opposition formée par le s. Thomas-Vincent Bligny, lancier du roi, pour le payement de g livres 6 sols pour prix d’une bordure, ornement et verre par lui fournis.

Les tableaux et portraits de famille sont remis à Joseph Audran; les papiers sont confiés au s. Maubert, exécuteur testamentaire.

(Arch. nat., Y iio88.)

GCLXV.

ANTOINE VINCENT

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