ARCHITECTE DU ROI
14 juin 1785.
De ce que Baccarit est qualifié architecte du roi, il ne faut pas en conclure qu’il faisait partie de l’Académie d’architecture. D’après le dictionnaire de Lance, Baccarit ne devrait sa notoriété qu’à un acte de vandalisme : la destruction du jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois. Lance ajoute qu’il était architecte des Ecuries du roi et des Quinze-Vingts.
Notre architecte, dont le prénom, que nous n’avons vu cité nulle part, est également ici passé sous silence, meurt de maladie dans la matinée du mardi, 14 juin lySS. 11 occupait un appartement au deuxième étage dans une maison de la rue Saint- Thomas-du-Louvre, où le commissaire Marie-Joseph Chénon vient apposer les scellés, à la requête de Louis-Pierre Martin de Saint-Martin, prêtre, conseiller clerc au Châtelet, et de sa sœur, par suite de l’absence des deux fils du défunt, dont l’un, Henry Baccarit, clerc tonsuré, est domicilié à Villeneuve-Saint-Georges, et l’autre, Louis-Antoine Baccarit, sculpteur, se trouvait en Italie lors de la mort de son père ; mais ce dernier se présente peu de temps après (z3 juin) pour demander la levée des scellés et assister aux opérations d’inventaire.
Louis-Antoine Baccarit avait partagé le deuxième prix de sculpture avec Deseine, au concours de 1778, et le premier, en 1780, avec le même rival. Ainsi, lors de la mort de son père, il tou-
BACCARIT.
chait à la limite de son séjour à Rome, et nous trouvons dans le procès-verbal du commissaire la mention d’un « appartement au second étage que le défunt destinait à son fils revenant d’Italie * . »
Le mobilier annonce plus que de l’aisance. Le commissaire y signale de nombreux cadres renfermant des estampes sous verre ; une statue de femme en pied, de terre cuite ; deux petits bustes ensemble en bronze sur un pied de cuivre et colonne de marbre ; six tableaux peints sur toile dans leur cadre • de bois doré; le groupe d’Henri IV et de Sully en plâtre. Dans le salon : une pendule à vases et figures avec ornements de cuivre doré, du nom de Hardy ; un buste d’homme représentant le défunt et un buste de femme représentant sa défunte femme en terre cuite, sur leurs pieds de marbre et socles de bois noirci.
L’argenterie semble riche et abondante, car on en retire une partie seulement pour l’usage de la maison, et cette partie se compose de deux douzaines de couverts, six cuillers à ragoût, six cuillers à café, une cafetière, une salière, trois plats ronds, une écuelle et son couvercle. On trouve dans le cabinet du défunt 5 19 livres en deniers comptants.
La cave aussi est bien garnie ; elle renferme cent bouteilles de vin blanc de Chablis, cent quatre-vingt-quinze demi-bouteilles de vin de Malaga, cent bouteilles de vin ordinaire rouge, un carteau de vinaigre, une feuillette de vin ordinaire.
Les domestiques déclarent que le défunt possédait un cabriolet, un cheval et un harnais se trouvant aux écuries du roi, cour du manège.
En outre, le s. Baccarit avait un appartement à Versailles, aux Grandes Ecuries ; les meubles de ce logement sont rapportés à Paris.
Le notaire Dupré est chargé de faire l’inventaire.
Pierre-Théophile Barrois, marchand libraire à Paris, quai des Augustins, est désigné pour estimer les livres et ouvrages appartenant au défunt.
(Arch. nat., Y i i5i3.)
I. Le sculpteur Louis-Antoine Baccarit exposa aux salons de 1791 et de 1793.
JEAN-BAPTISTE PIGALLE. 169
JEAN-BAPTISTE PIGALLE
SCULPTEUR DU ROI
20 août 1785.
Nous n’entreçrendrons pas, au sujet du scellé de Pigalle, une esquisse même sommaire de la biographie du célèbre sculpteur. Les principaux incidents de sa vie sont dans tous les livres et dans toutes les mémoires. Qui ne songe aussitôt, quand le nom de Pigalle est prononcé, et au Mercure de Berlin, et au monument du maréchal de Saxe et au choix de Bouchardon pour l’achèvement de la statue équestre de Louis XV et même à la statue anatomique de Voltaire reléguée, je ne sais pourquoi, dans un coin sombre de la bibliothèque de l’Institut ?
Il suffira de rappeler ici que Pigalle, né à Paris en 1714, avait par conséquent soixante-onze ans au jour de sa mort. Les fatigues d’un voyage en Italie, entrepris dans un âge trop avancé, hâtèrent peut-être sa fin. M. P. Tarbé a consacré un volume à la biographie de l’artiste sans épuiser le sujet. Nous tenons en réserve beaucoup de notes et de pièces sur les principales phases de la carrière de Pigalle. Mentionnons encore l’éloge historique publié en 1786, avec un beau portrait, par M. de Mopinot. Il ne faut pas oublier non plus de consulter sur la généalogie des Pigalle le dictionnaire de Jal, qui détermine exactement le degré de parenté du grand artiste avec d’autres sculpteurs obscurs qui ont porté ce nom glorieux.
On savait que Pigalle s’était marié en 1771, à cinquante-sept ans; aussi ne laissait-il point d’enfants en mourant. En raison de l’importance de l’artiste, nous reproduisons le texte du procèsverbal de scellé, en retranchant seulement les formules et en condensant certaines parties absolument insignifiantes. On voit par l’acte suivant que Pigalle se trouvait, au moment de sa mort, dans une brillante situation de fortune. Assurément, ce n’était que justice.
L’an 1785, le samedy, 2oaoust, neuf heures du soir, nous, Michel-Pierre Guyot, écuyer, avocat en Parle-
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tyo
ment, Conseiller du Roy, commissaire au Châtelet de Paris et ancien échevin de cette ville, ayant été requis, sommes transporté rue Saint- Lazarre, dans une maison dont le sieur Pigal^ sculpteur du Roy, est propriétaire, où, ayant été introduit dans une pièce ayant vue sur le jardin, nous y avons trouvé et par devant nous est comparue Marie-Margueritte-Victoire Pigalle,- veuve de Jean- Baptiste Pigalle^ écuyer, chevalier de Saint- Michel, sculpteur du Roy, recteur et chancelier de son Académie de peinture et sculpture, demeurant dans la maison où nous sommes ;
Laquelle nous a dit que led. s. son mary est décédé il y a environ deux heures, âgé de soixante-douze ans, à la suite de maladie; qu’elle requiert qu’à la conservation de ses droits résultant de son contrat de mariage et de ceux de tous autres qu’il appartiendra, nous apposions nos scellés et cachets sur les meubles, effets de sa succession, aux offres qu’elle fait de nous les représenter fidellement et exactement, affirmant n’en avoir détourné aucuns, et qu’elle ne sache pas qu’il en ait été détourné avant ny depuis le décès par qui que ce soit ; s’est réservée de prendre par la suite telle qualité qu’elle avisera, et a signé.
Avons de ce que dessus donné acte à laditte dame, et après qu’il nous est aparu d’un cadavre masculin étendu sur une couchette qu’on nous a dit être celui dud. s. Pigalle, nous disons qu’à la requête de lad. dame il va être par nous procédé à l’apposition de nos scellés.
Avons ensuite pris et reçu le serment de Nicolas Fondreval, cuisinier, de Catherine Savart, femme de Sébastien Gobin, femme de charge, et de François - Marie-Mathieu Couturier, dit la Jeunesse, domestique au service du deffunt, par lequel ils ont juré et affirmé
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n’avoir rien pris ny détourné des effets de la succession dud. deffunt, et n’avoir rien vu prendre ny détourner par qui que ce soit, et ont promis représenter le tout fidellement et exactement, et ont signé.
Dans lad. chambre à coucher, n’avons apposé aucuns scellés. Suit la description : chenets, pelle, pincette de fer, une armoire de boule en bibliothèque ouverte et vuide, une couchette à colonnes sanglée, garnie d’un sommier, deux matelats , un lit , un traversin , deux oreillers de coutil remplis de plumes, une couverture de laine blanche, une housse, rideaux et courte pointe de camelot bleu, une bergère et quatre fauteuils de velours d’Utrec, la pièce tendue de papier, une pendule en cartel de cuivre, deux tableaux portraits.
Dans une petite pièce précédente laditte chambre à coucher : un bassin d’étain, un bidet, un pot de comodité.
Dans deux pièces ensuitte ne s’est trouvé aucuns meubles, seulement tendues en papier.
Dans une chambre à coucher aussi ensuite n’avons apposé aucuns scellés. Suit la description : chenets, pelle, pincette de fer ornée en cuivre, deux bras de cheminée de deux branches de cuivre doré, une comode à dessus de marbre à deux tiroirs ouverts et vuides, deux trumeaux de deux glaces chacun, une bergère et quatre fauteuils de damas bleu, quatre rideaux de taffetas bleu, un lit à deux chevets garni d’un sommier, deux matelats, un lit et un traversin de coutil remplis de plumes, une couverture de laine, les pentes de l’alcôve et la courtepointe, et la tenture de la pièce de damas bleu, une pendule en cartel en cuivre, un clavecin de Flanchet.
Dans une chambre de bains ensuite : un piano, une baignoire, une table de nuit à dessus de marbre, une
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fontaine, une cuvette, un bidet, une chaise de commodité, toute la pièce tendue de papier vernis.
Dans une chambre ou boudoir ensuite, n’avons apposé de scellés. Suit la description : un canapé, quatre petits fauteuils et deux chaises de toille de Joui, deux plateaux, six tasses, deux pots à fleurs de porcelaine, deux chandeliers de cuivre doré, quatre trumeaux.
Suivent les effets laissés pour l’usage de ladite dame : robe et jupon de popeline noire, robe et jupon décroisé noir, un déshabillé de toille de coton, huit chemises, quatre camisolles, quatre jupons de bazin, six paires de bas fil et coton, une robe et jupon de toille blanche, six mouchoirs de poche, quatre mouchoirs de col.
Avons fait porter les robes, qui étaient dans une armoire en garde-robe derrière l’alcôve de la chambre à coucher, dans la pièce ensuite dud. boudoir, et pour la sûreté desd. robes et des effets étant dans lad. pièce, nous avons apposé nos scellés.
Dans la lingerie au second, il en a été retiré quatre douzaines de serviettes, trois napes, une douzaine de torchons, une paire de draps de maître, dix tabliers de cuisine, sept serviettes de cuisine.
Pour éviter la description des effets étant dans ladite pièce, avons apposé nos scellés sur la porte fermée avec la clef restée en nos mains.
(Nous passons deux chambres et un grenier qui ne contiennent aucun meuble digne d’être noté.)
Dans le sallon au rez-de-chaussée : pour sûreté des effets qui y sont renfermés et dans la pièce qui la précède, avons apposé nos scellés, et sorti par la porte donnant sur le vestibule, nous l’avons fermée avec la clef restée en nos mains.
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Dans le vestibule : deux tableaux peints sur toille, une table à manger.
Dans une pièce ensuite : deux banquettes de moquette, quatre chaises.
Dans la salle à manger n’avons apposé de scellé. Suit la description : un buffet à dessus de marbre ouvert et vuide ; dans une armoire, quatre assiettes de porcelaine-, trois tableaux de Chardin^ un autre petit tableau, tous sur toille dans leur cadre doré; deux trumeaux; six parties de rideaux de toille blanche ; une pendule dans sa boete avec ornement de cuivre doré ; douze chaises, six fauteuils de moquettes.
Dans toute l’étendue d’un couloir derrière la salle à manger : une fontaine et sa cuvette de cuivre, un buffet à dessus de marbre, deux armoires à placard et un autre buffet à quatre battans, trente-six couverts, moins une cuillière, quatre plats d’entrée et quatre d’entremets, deux à soupe, trois ovales étagés, une jatte à anse, une écuelle à oreilles, une casserolle, deux caffetières, deux porte-huillier, cinq cuillières, dont une à ragoût, une à olive, douze à caflfé, un gobelet à bouillon, le tout d’argent ; six douzaines d’assiettes de porcelaine, douze tasses et soucoupes de porcelaine de Sceaux, douze verres, un sceau de fayance, une échelle.
Dans le passage conduisant à la cuisine, sur cinq planches en tablettes ; cent caraffons vuides, une fontaine de grais et une cuvette de cuivre.
Dans le garde-manger : un moulin à caflfé dans une armoire, et, sur cinq planches en tablettes, différents ustensiles ne méritant description.
Dans la cuisine : chenets, pelle, pincette, contrehottier, un tourne-broche, deux broches, deux grils, une pelle à four, un fourgon, un coupret, deux
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hachoirs, quatre pelles, quatre chevrettes, le tout en fer.
Vingt casserolles étagées, unze couvercles, cinq marmittes, une braisière, deux poissonnières, trois passoires, trois poelles à confitures, etc., etc.
(Nous passons le lavoir.}
Dans l’attelier du deffunt, pour éviter la description des effets qui y sont, avons apposé nos scellés et cachets sur deux portes et une fenêtre, et sorti par la porte donnant sur la cuisine, avons fermé la porte avec la clef restée en nos mains.
Dans les caves : huit pièces de vin de Bourgogne ordinaire, de vin blanc, de Mâcon, deux pièces de vin de Beaune, une pièce de vin de Malaga, une banque d’huile.
Cinquante six bouteilles d’eau-de-vie d’Andaye, deux cents bouteilles de vin de Beaune rouge.
Soixante-dix bouteilles de vin blanc de Chably, cinquante-quatre bouteilles de vin de Champagne blanc, cinquante-six autres bouteilles de vin de Champagne blanc, huit bouteilles de vin de Lamalgne, cent quarante bouteilles de vin ordinaire, douze bouteilles d’eaude-vie, vingt bouteilles de vin blanc.
Dans le jardin, cinq statues en plomb qui sont ; Voltaire^ V Amour ^ V Amitié^ V Apollon et la Vénus de Médicis ; quatorze caisses arbustes.
Dans l’écurie et sous les remises : trois juments, dont deux bay brun et une noire sans queue, une berline anglaise brune, doublée de drap blanc, un cabriolet fond vert, filet doré, doublé de moquette, trois harnais, un quartron de foin, un demi septier d’avoine, un chariot.
Dans une salle au bout du jardin, un billard et ses queues, une paire d’arrosoirs, deux rateaux, une paire
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de cizeaux, une échelle et autres ustensiles ne méritant description.
(Les scellés sont laissés à la garde du s. Couturier.)
Opposition faite au nom de Bernard Quatremer, écuyer, avocat en Parlement, Conseiller du Roi, ancien échevin de la ville de Paris, chevalier de l’Ordre du Roi, demeurant à Paris, rue Sainte- Croix-de-la- Bretonnerie.
Autre opposition de dame veuve Jalasson, demeurant à Paris, cour Neuve du Palais.
Puis, sur la requête (au lieutenant civil) de dame Marie-Marguerite-Victoire Pigalle, veuve de Jean-Baptiste Pigalle ^ écuyer, chevalier de l’Ordre de Saint- Michel, sculpteur du Roi, chancelier et l'un des quatre recteurs de son Académie royale de peinture et de sculpture, membre de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Rouen, citoyen de la ville de Strasbourg, donataire de tous les biens meubles, immeubles, acquêts, conquets et propres de sond. mary, sous la réserve d’une somme de soixante mille livres qui resterait comprise en ladite donation dans le cas oü il serait décédé sans en avoir disposé, suivant et aux termes de leur contrat de mariage passé devant M® Bro et son confrère, notaires à Paris, le i6 janvier 1771, à l’effet d’obtenir extrait des opposants et de faire lever les scellés, vu la permission octroyée le 26 août, le jour suivant le commissaire délivre les extraits et fixe la levée des scellés au lundi, 29 de ce mois, et les intéressés y seront appelés.
29 août : opposition du s. Gabriel Algrain 1, conseiller et pensionné du Roi, avocat en Parlement, premier échevin ejt lieutenant de police alternatif de la ville de Rochefort, membre de plusieurs
I. 11 s’agit sans doute ici du fils de Christophe-Gabriel Ailegrain, le sculpteur, beau-frère de Pigalle.
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académies, demeurant ordinairement à Rochefort et présentement à Paris, chez le sieur son père, rue Mêlée.
Autre opposition formée par Jean-Baptiste Lemonier, maître paveur, demeurant cul-de-sac Notre-Dame-des-Ghamps, pour le montant des ouvrages qu’il a faits pour le s. Pigalle.
A la levée des scellés comparaissent la veuve Pigalle, le notaire Bro, dépositaire des testament et codicille de Pigalle, portant la date du 23 avril 1785, Collin, procureur au Châtelet, avec la dame veuve Jalasson, ancienne marchande joaillière à Paris, qui déclare avoir fait opposition pour sûreté du payement d’une somme en principal de 7,400 livres dont le défunt lui avait garanti le payement. (Suit le détail de la somme.)
Il est procédé à la levée des scellés et prisée des objets mobiliers par le ministère de Pierre Vallette, huissier-commissairepriseur au Châtelet, en présence de Bancal-Desessarts et son collègue, notaires à Paris.
L’inventaire, description et prisée des figures en marbre, bronze, plâtre, plomb et des tableaux sont faits sur l’avis du s. Mouchy, sculpteur. L’argenterie du défunt ne pèse pas moins de i35 marcs, I once, 4 gros, près de 35 kilogrammes.
Sur l’argent comptant, dont le total s’élève à 2,776 livres, on laisse une somme de 1,000 livres entre les mains de la veuve Pigalle.
La levée des scellés est )conti nuée le vendredi, 2 septembre, puis le lundi, 5 septembre, et le mardi, 6 septembre. Ces trois dernières vacations sont consacrées à l’inventaire et récolement des papiers inscrits sous 46 cotes.
(Arch. nat., Y i3575.)