I. Sans doute un mannequin
PIERRE CAVIN.
PIERRE CAVIN
PEINTRE ORDINAIRE DU ROI
14 juin 1736.
Les historiens sont muets sur la vie de Pierre Cavin^. Le procès-verbal de scellé fournit la date exacte de sa mort et quelques détails sur sa famille et sa situation de fortune. En voici l’analyse.
Pierre Cavin, peintre du Roi, meurt le jeudi 14 juin lySô, sur les six heures et demie du matin, dans un appartement au deuxième étage, dépendant d’une maison à lui appartenant, sise rue Montmartre. Le commissaire Jacques Allain appose les scellés sur ses effets, à la requête de Marguerite-Nicole Cavin, femme de Jean-Antoine Desbois, écuyer, premier lieutenant des maréchaussées et monnaies de France, demeurant dans lad. maison, rue Montmartre, et de Antoine Pinguié, chirurgien à Paris, demeurant dans la même maison, fondé de la procuration de Pierre- Charles Cavin, lieutenant d’infanterie au régiment de Quercy et ingénieur ordinaire du Roi, demeurant au fort Barault en Dauphiné, suivant un acte notarié du 3i mars lySS dont nous donnons le texte en note, en raison de son étrangeté 2. Lesd. sieur
1. Voy. les quittances pour travaux d’art faits par Pierre Cavin pour le duc de Saint-Simon, publiées dans les Nouvelles archives de l’art français, 1872, p. 3 14- 7, et les notes accompagnées d’une lettre autographe publiées par M. Emile Cottenet en 1873, p. 349-56. C’est ce qui a paru jusqu’ici de plus important sur Cavin.
2. Ensuit la teneur de lad. procuration : « Par devant les conseillers du Roy, notaires au Châtelet de Paris, soussignez, fut présent messire Pierre-Charles Cavin, lieutenant d’infanterie au régiment de Quercy et ingénieur ordinaire du Roy, demeurant à Paris chez le s. Sueur, baigneur, rue Montmartre, lequel estant obligé de se rendre au fort Barault en Dauphiné, où il est en résidence, considérant le grand aage du sieur son père qui pourroit en son absence estre prévenu de la mort, a, pour conserver ses droits et actions dans la succession dud. sieur son père, fait et constitué pour son procureur general et spécial, la personne de s. Antoine Pinguié, chirurgien à Paris, à laquelle il donne pouvoir de, pour luy et en son nom et dès l’instant du déceds
PIERRE CAVIN. ?,2J
P.-C. Cavin et Marguerite Gavin, frère et sœur, seuls héritiers, chacun pour moitié, du s. Pierre Cavin, leur père.
Dans le mobilier trouvé en évidence, ne présentant pas d’intérêt d’ailleurs, se rencontrent plusieurs tableaux, sans désignation de sujet.
Voici l’énumération de l’argenterie :
Une écuelle fort légère avec son couvercle; deux jattes très minces à côtes ; une mouchette et son porte-mouchette; une éguerre; un sucrier; une poivrière; une sallière; deux flambeaux canellez; deux petits chandelliers de toilette; deux cuillers à ragoust; neuf cuillères et neuf fourchettes ; une douzaine de couteaux à manches d’argent; un porte huillier et le dessus des caraffes, le tout d’argent très léger ; trois autres petites cuillères à caffé.
L’inventaire est confié à François Prévost, notaire au Châtelet, et à Claude Vigeon, huissier priseur. Les sieurs Pierre Testard et Pierre Bennevault, peintres de l’Académie de Saint-Luc, demeurant, le premier, rue Neuve-des-Petits-Champs et le second rue Montmartre, sont appelés pour donner leur avis sur la prisée des tableaux, dessins, estampes et livres trouvés, tant dans l’appartement que dans l’atelier situé au troisième étage. L’inventaire est clos le 5 juillet par la mention de 1 1 3 jetons d’argent trouvés dans un bas d’armoire et de deux médailles dans un petit bureau de bois de placage.
Vingt-deux oppositions, pour réclamations adressées tant au défunt qu’à ses enfants. Parmi ces oppositions,
dud. s. Pierre Cavin, son père, peintre du Roy, faire apposer les scellez sur les biens et effets qu’il dellaissera au jour de son déceds, en tels lieux et endroits qu’ils se trouvent scituez... Fait et passé à Paris, ez études de m' Marchand l’ainé, notaire, le 3i mars lySS, et a signé.
Cavin. »
PIERRE CAVIK.
il faut noter celle de Louis-Michel Dumesnil, recteur perpétuel de l’Académie de Saint-Luc, demandant à être payé de la somme de 8,000 livres, principal de 400 liv. de rente, constituées à son profit par led. défunt s. Cavin, solidairement avec défunte Nicolle Ferret, sa femme, par contrat passé devant Prévost et son confrère, notaires à Paris, le i®’' octobre 1729.
(Arch. nat., Y 14384.I
JEAN-BAPTISTE PATER
PEINTRE DE l’ ACADEMIE ROYALE.
25 juillet 1736.
Mariette a connu Pater et le juge bien durement dans la courte note qu’il lui consacre : « Le défaut de celui-ci étoit « de ne pas sçavoir mettre une figure ensemble et d’avoir un « pinceau pesant. 11 n’étoit occupé qu’à gagner de l’argent et à « l’entasser. Le pauvre homme ne se donnoit pas un moment de « relâche, il se refusoit le nécessaire et ne prenoit de plaisir qu’à « compter son or. Je n’ai rien vu de si misérable que lui. » Les couleurs sombres de ce portrait, cependant fait d’après nature, ne sont-elles pas un peu chargées ? Evidemment, Mariette n’aimait pas l’imitateur de Watteau, et la postérité n’a pas ratifié le jugement sévère qu’il porte sur ses tableaux. La critique de son caractère et l’accusation de cupidité sont-elles mieux fondées ? Le procès-verbal de scellé ne fournit aucune indication à ce sujet, et il serait nécessaire de recourir au testament olographe déposé chez Silvain Ballot, notaire, pour connaître exactement la situation de fortune de Pater au jour de son décès. Dans tous les cas, le mode de vie adopté par l’artiste qui, depuis sept années, paye une pension de 800 livres pour un logement de deux chambres et sa nourriture, indique, ou une situation peu fortunée, ou une extrême parcimonie.
Le commissaire Daminois est requis, le 2b juillet ijb6, sur les sept heures du soir, par le s. Alexandre Portier, notaire, en qua-
JEAN-BAPTISTE PATER
lité d’exécuteur testamentaire, d’apposer les scellés sur les biens et effets de s. Jean-Baptiste Pater, peintre de l’Académie royale de peinture et sculpture, demeurant depuis sept ans dans deux chambres, au troisième étage d’une maison à porte cochère, rue Quincampoix, appartenant au s. Moniat, banquier, où il vient de décéder.
La demoiselle Destour déclare que le défunt demeure depuis sept ans chez elle, à raison de 800 livres par an et qu’il lui est dû 400 livres pour six mois à échoir le 22 septembre prochain.
Cependant, un peu plus tard, le s. Pierre Moniat ou Mogniat, banquier, vient faire opposition pour sûreté des loyers dus par l’artiste. Sur les observations des héritiers, le propriétaire déclare ne pas connaître la demoiselle Destour et avoir toujours eu affaire, pour la location et le payement, au s. Pater. 11 ajoute que son locataire « a fait quantité de changements en icelui, qu’il a fait « réparer et remettre les lieux dans le même état qu’ils ont été « loués au s. Pater, toutes lesquelles dépenses iront à plus de « 20 pistolles, en sorte que son opposition est non seulement « pour le payement des loyers échus et à échoir, mais encore « pour le rétablissement des grosses réparations et changemens « qu’il a faits dans led. appartement. »
Bien que modeste, le mobilier des deux chambres annonce une certaine recherche; on y remarque ;
« Six fauteuils couverts de tapisseries des Gobellins; une pandule antique dans sa boitte de marquetterie sculté et doré, sous laquelle et dans la cheminée se sont trouvés Linze petites toilles pour faire tableaux; la tapisserie de ladite chambre d’autellisse d’Auvergne h »
Dans l’autre chambre sur la cour : Dix-sept tableaux peints sur toille, de différents sujets, dont six sans bordure; un chevalet.
Les oppositions sont faites au nom du s. Estienvord, marchand tailleur d’habits, pour io3 livres; — du même, pour 20 livres dues par le frère du défunt; — d’Urbain et de Jean-François Léauté, docteurs régents en la faculté de médecine de Paris, pour
I. 11 est bien rare de voir la tapisserie d’Auvergne ainsi désignée.
JEAN-BAPTISTE PATER
visites et consultations; — de Gabriel-François de Mehaignery Richardière, chirurgien du duc d’Orléans; — de Jean-Baptiste Renden, maître peintre à Paris, quai de Gesvres, réclamant deux petits tableaux peints sur toile, sans bordure, « représentant des « comédiens, coppies de Watot, l’un ayant six figures et l’autre « cinq, qu’il a remis aud. deffunt, il y a environ quatre ans, pour « les retoucher; » — de Laurent Tostin, limonadier, réclamant « un lit tombeau garny de serge bleue à galons jaunes et un « tableau paysage qu’il a presté, il y a près de quatorze ans, aud. « s. Pater^ pour la valeur desquels led. deffunt devoit fournir « un tableau de sa façon de ib ou 3o pistolles au comparant; » — de Louis-Jacques Landrieu, avocat en Parlement; enfin, du propriétaire, le s. Pierre Mogniat, dont il a été question plus haut.
Le s. Portier nomme, pour procéder à l’inventaire, le notaire Silvain Ballot, dépositaire (26 juillet) du testament olographe de Pater en date du 26 juin lySô.
La levée des scellés est requise par Julien-Georges Cigogne, bourgeois de Paris, fondé de procuration de Jeanne-Elisabeth Fontaine, femme à’ Antoine Pater, sculpteur à Valenciennes, à'‘Antoine et de François Pater, sculpteurs à Valenciennes, et de Marie-Marguerite Pater, fille majeure, demeurant à Valenciennes, led. s. Antoine Pater et lad. demoiselle Jeanne-Elisabeth Fontaine, épouse dud. Antoine Pater, habiles à se dire et porter ses seuls héritiers quant aux meubles et acquêts, etlesd. François Pater et demoiselle Pater, frère et sœur dud. défunt, habiles à se dire et porter héritiers, chacun pour moitié, des propres dud. Jean- Baptiste Pater, leur frère, et encore lad. demoiselle Pater, légataire universelle dud. défunt, son frère, suivant led. testament susdatté.
Il ne se trouve que quatre écus de six livres dans les meubles du défunt.
On ignorait, croyons-nous, l’existence de cette nombreuse famille de sculpteurs touchant de si près à l’imitateur de Watteau.
(Arch. nat, Y 11666.)
JACQUES BISSON
JACQUES BISSON
MAITRE PEINTRE
8 février 1737.
Apposition de scellés, le 8 février lySy, après le décès de Jacques Bisson, maître peintre à Paris, rue des Gravilliers, dans une maison dont il est propriétaire en partie, à la requête du s. Louis-Léon Blanchevoy, huissier-priseur, son exécuteur testamentaire.
Meubles et effets en évidence ou sous les scellés : — Douze tableaux peints sur toile de différentes grandeurs représentant des paysages et portraits, le tout très vieux et sans bordures; sept autres tableaux peints sur toile, dont deux représentant des portraits de femme, deux autres, saint Joseph et la Vierge, deux autres, la Vierge et le petit Jésus, et un autre en long, un singe, le tout sans bordure; six aunes ou environ de tapisserie de Paris à oiseau ; un tableau représentant un saint suaire, dans son cadre de verre et bordure de bois doré ; un grand tableau peint sur toile représentant des jjofs de fleurs, un perroquet et un cygne, sans bordure.
Dans une armoire, une montre à boîte et chaîne d’argent, cadran d’émail, faite par Prévost, horloger, avec un portrait d’émail, à la chaîne de laquelle montre s’est trouvé deux cachets d’argent; une tasse d’argent en gondole, une paire de boucles de souliers d’argent et une paire de boutons de manches d’argent garnis de diamants du Temple, et, dans une bourse, quatre écus de six livres valant 24 livres.
Se portent héritiers :
François Bisson, journalier, et Marie Bisson, sa sœur, enfants de feu Jean Bisson, frère du défunt, domiciliés en Normandie, Jean-Louis Roblot, charpentier, Marie Bisson, sa femme, et Marguerite Bisson, belle-sœur, femme de Charles Berrier, lesd. Marie Bisson et Marguerite Bisson, sœurs du défunt; Joseph Bisson, cavalier dans les Fermes du Roi à Saumelle, neveu du défunt.
Réclamation par les héritiers de Françoise Lhoste, de son
JACQUES BISSON
vivant femme du s. Jacques Bisson, des biens et effets mobiliers et immobiliers de la succession de François Lhoste et de Jacques Scalle, son premier mari, dont ledit s. Bisson avait été chargé.