‹ Scellés et inventaires d'artistesChapitre 118 sur 154 · Année 1877, p · texte numérisé non relu

Année 1877, p

2. Cette déclaration précède de plusieurs heures l’information publiée. Celle-ci est datée de cinq heures du soir seulement. Voy. Nouvelles Archives; 1877, p. 192.

FRANÇOIS LEMOYNE. SSç

midy, est venu en l’hôtel de nous Louis-Jérome Daminois, commissaire au Châtelet de Paris, François Berger, ancienreceveurgénéraldesfinancesdu Dauphiné, demeurant rue des Quatre-Fils, au Marais, paroisse Saint-Jeanen-Grève, lequel nous a dit et déclaré qu’il est amy depuis nombre d’années du s. François Lemoj^ne, premier peintre du Roy, homme veuf sans enfants, demeurant rue des Bons-Enfants, au-dessus de l’appartement du s. Pousse, médecin ; que présentement, étant venu pour le voir et trouvant la porte de sa chambre fermée sans clef, il y a heurté plusieurs fois, en disant : « Ouvrés moy, M. Lemoyne, mon amy, vous vous trouvez mal, » l’entendant comme raller; que led. s. Lemoyne est venu luy-même ouvrir sa porte en chemise plaine de sang, ainsy que le visage, et aussitost est tombé en sa présence sur la gauche à la renverse, ce qui a fait si grande frayeur à luy comparant qu’il a appellé une jeune fille et les élèves dud. s. Lemoyne qui étoientdans son antichambre et en haut, et leur a recommandé de prendre soin dud. s. Lemoyne, croyant qu'il étoit encore en état de recevoir quelque secours; ensuite est descendu chez led, s. Pousse où il n’a trouvé que la dame, son épouse, qui a envoyé chercher le s. Bellocq, son chirurgien ; et ensuitte est venu par devant nous pour nous faire sa présente déclaration, adjouttant que, depuis environ cinq mois, voyant tous les jours led. s. Lemoyne, il s’est apperçu que son esprit travailloit beaucoup et s’altéroit de jour en jour et qu’il a fait plusieurs extravagances pour un homme tel que luy, qui luy ont fait craindre beaucoup pour led. s. Lemoyne, et a led. s. Berger signé.

Sur quoy, nous commissaire susd. avons donné acte aud. s. Berger de sa déclaration; en conséquence, sommes à l’instant transporté avec luy, susd. rue des Bons-

Enfants, au second appartement de la maison dont led. s. Poulce occupe le premier, led. second appartement occupé par led. s. Lemoyne, où nous avons trouvé dans Tantichambre Marie-Geneviève Lefranc^, fille, demeurante aux Goblins avec le s. Lcfrcmc, son pere, tapissier, cousin dud. deffunt, qui a dit qu’il l’a envoyé chercher hyer de grand matin et l’a engagée de rester chés luy, avoir dîné et soupé hyer avec lui et y avoir déjeûné cejourd’huy à neuf heures, Joseph Dugy, laquais dud. deffunt, Jean-François Vande, Jean-Michel Bernard^ Jean-Charles Bacouet et Clément-Louis-Marie-Anne BeF, aussy élèves ^ dud. s. Lemoyne, et Marie-Jeanne Bourguignon, fille majeure, domestique dud. deffunt; lesquels élèves nous ont dit que led. s. Lemoyne est venu ce matin leur donner la leçon ordinaire dans Tatelier au-dessus, tout habillé, est descendu ensuitte dans son cabinet où il a déjeûné avec lad. dame Lefranc, et est ensuitte rentré dans sa chambre à coucher où il s’est enfermé, ainsy qu’il a coutume de faire ; que, pendant que lad. dame Lefranc travailloit à du linge dans le grand cabinet, est survenu led. s. Berger, amy dud. s. Lemoyne, qui venoit le voir tous les jours, lequel entré dans l’antichambre a heurté à la porte de lad. chambre en le priant de luy ouvrir, à laquelle lad. dame Lefranc a aussi heurté, disant que c’étoit led. s. Berger qui vouloir luy parler ; que led. s. Lemoyne, qu’elle dame Lefranc et Dugy, laquais, entendoient dans lad. chambre comme faisant des vomissemens, a répondu

ï. Agée de seize ans et demi (voy. Information 1877, p. iq6).

3. C’est le peintre bien connu qui fut admis à l’Académie de peinture en 1761, devint inspecteur des Gobelins et mourut en 1806. Il était né en 1722.

3. Ces élèves ne sont pas nommés dans l’inventaire déjà publié.

qu’il alloit ouvrir; que s’étant retiré dans led. grand cabinet, et led. s. ayant ouvert aud. s. Berger

qui étoit à la porte, ils ont vu que led. s. Berger a fait deux pas en arrière en s’écriant ; « Mon Dieu, que vois-je ? » qu’elle dame Lefranc et Dugy, entendants ces mots, ont accouru et ont vu led. s. Lemoyne couvert de sang, étendu sur le plancher, et sont montés ensuitte en haut avertir lesd. élèves; que led. s. Berger qui est descendu sur-le-champ chez le s. Poulce ont promptement envoyé chercher le s. Bellocq, chirurgien qui, survenu dans le moment, après l’avoir vu et visitté dans l’état qu’il est, a dit qu’il étoit mort. Déclarant tous lesd. sus-nommés qu’il y a cinq ou six mois qu’ils s’aperçoivent que l’esprit dud. s. Lemoyne travailloit et notament depuis la mort de M. le duc d’Antin, par les discours extravagants qu’ils luy ont entendu tenir et ont signé.

Après quoy, nous commissaire sommes entré dans la chambre dud. deffunt, qui a son entrée par lad. antichambre et veue sur lad. rue, avec lad. dame Lefranc et led. Dugit, les autres s’étant retirez; nous avons trouvé, presqu’à l’entrée de lad. porte, sur la gauche, le corps mort dud. s. Lemoyne, nud teste, en chemise de la ceinture en haut toutte imbibée de sang, le bras droit étendu et le gauche un peu recourbé sur le corps, vêtu d’une cullotte de drap noir, ayant à ses pieds des bas d’estame noirs et souliers attachés de leurs boucles d’argent, et beaucoup de sang sur le plancher à droitte et à gauche et sur le corps, les pieds tournés du côté de la fenestre, environ à deux pieds de distance de la commode, auprès de laquelle s’est trouvé la perruque de cheveux bruns dud. deffunt, et sous lad. commode l’épée dud.

deffunt qui est une olinde^ à garde et poignée d’acier doré presque entièrement couverte de sang, ainsy que la lame d’icelle nue; que led. s. Bellocq, maître chirurgien, étant survenu, nous a dit qu’ayant été appellé, il y a environ une heure, pour secourir led. deffunt, il l’a trouvé expirant en l’état où nous le voyons et nous a fait observer que led. deffunt est blessé de deux coups à trois travers de doigts l’un et l’autre au-devant de la poitrine et de trois autres au devant de la gorge, dont un vers le dessous du menton, parroissant tous estrede piqueures d’épée Et, à l’instant, nous commissaire, ayant retourné les poches et boursons de la cullotte dud. deffunt, s’y est trouvé une montre à boiste d’argent faitte par Hubert, à Londre, avec sa tresse de soye verte et argent, à laquelle tient sa clef de cuivre, vingt-sept louis d’or de 24 livres chacun, quatorze écus de six livres, cinq autres de trois livres, trois pièces de 24 sols, avec cinq petittes clefs, lesquels vingt-sept louis d’or, huit desd. écus de six livres, et montre nous avons resserré dans le petit tiroir d’en haut à droitte de la susd. commode de bois de placage à dessus de marbre, dont lad. Bourguignon nous a fait ouverture avec la clef qu’elle a représentée et à laquelle nous avons remis le surplus dud. argent à sa réquisition pour subvenir aux dépenses de la maison, et, pour sûreté de ce qui peut estre dans les autres tiroirs de lad. commode, nous avons mis et apposé nos scellés...

Nous avons ensuittc, pour la seuretédes biens et effets

I. Le rapport du médecin dit que c’était une épée à trois carres ou triangulaire; mais on trouve dans l’inventaire une épée à lame olinde semblable à celle qu’on décrit ici.

2 Le rapport déjà indique constate quatorze blessures, trois à la gorge, six à la poitrine et cinq au dos du côté gauche.

dud. deffunt, procédé à l’apposition de nosd. scellés et fait description sommaire de ce qui s’est trouvé en évidence ès lieux par lui occupés ainsi qu’il ensuit^.

Dans lad. chambre :

Une couche à bas pilliers avec sa garniture, l’impérialle, pentes dedans dehors et deux chantournés de satin blanc piqué, la housse, pentes et soubassements de serge cramoisy orné de galon de soye; huit fauteuils de bois de noyer à la capucine, couverts de tapisserie gros point à l’éguille; un fauteuil demy bergère foncé de paille, garny de son coussin et dossier, couvert de toille en couleur, et sur iceluy la clef de la porte de lad. chambre; et sur le bras d’un autre pareil fauteuil le col dud. deffunt avec son porte col d’argent en agraphe; un trumeau composé de trois glaces dans sa bordure ceintrée de bois doré; un miroir à grossir les objets, dans sa bordure ronde de bois noircy, deux tableaux, sujets de fables, dans leur bordure de bois doré, quatre estampes dont trois à bordure doré, l’autre de bois peint; une table de nuit de bois d’hestre; une petitte tablette à livres garnie de douse petits livrets; dans la petitte armoire d’au dessous trouvée ouverte ne s’est trouvé qu’une livre de bougie, une portière de bande de tapisserie à l’éguille et de soye verte, cinq morceaux de tapisserie verdure Auvergne, faisant avec deux rideaux de toille de cotton le cours de lad. chambre.

Dans l’antichambre : un grand buffet de noyer à quatre guichets ; une table de bois doré avec son dessus de marbre; un trumeau d’une glace entre les deux croisées dans son fillet de bois doré; une fontaine à laver

I. Dans l’Inventaire publié dans les Nouvelles Archives, on avait relevé seulement les tableaux et non les meubles dont le détail donne une idée de l’intérieur du Premier Peintre.

avec sa cuvette de cuivre rouge; une grande bordure de bois doré enveloppée de papier gris ; trois morceaux de tapisserie pareille à celle de lasusd. chambre; quatre estampes et deux dessus de porte.

Dans l’attelier au-dessus, composé de deux pièces, s’est trouvé dans l’un : une petite couche avec sa garniture, sa housse de serge, des chevallets, deux chaises; dans l’autre : des tableaux d’études sans bordure, un miroir carré dans sa bordure de bois de noyer.

Dans la cuisine, dans un tiroir ; deux cuillières, deux fourchettes et deux couteaux, le tout d’argent (plus la batterie de cuisine qu’on trouve dans toutes ces descriptions) .

Vu le procès-verbal, je requiers pour le Roy être informé des faits y contenus, le cadavre dud. François Lemoyne être vu et visité par les médecins et chirurgiens du Châtelet et être sursis à l’inhumation dud. cadavre jusqu’à ce que, sur le veu de l’information et du raport des médecins et chirurgiens du Châtelet, il en ait été sur mes conclusions autrement ordonné. Faitceqjuin lySy.

(Signé :) Moreau^.

Et le 8 desd. mois et an, du matin, par devant nous commissaire susd., en notre hôtel, est comparu Jean Robert, m® et marchand tapissier à Paris, y demeurant, rue des Vieux-Augustins, lequel a dit qu’il est opposant et s’oppose à nosd. scellés, pour seureté et avoir payement de la somme de 32 livres à luy deue par la succession et héritiers dud. deffuiit pour ouvrages de sa profession qu’il a faits aud. deffunt, déclarant au surplus avoir encore en sa possession une portière composée d’un legs de velours vert et de deux bandes de tapisserie

I. Nous avons publié le rapport fait par Col de Vilars à la suite de cette ordonnance {Nouvelles Archives, 1877, p. 196-7).

qu’il luy a laissé pour raccommoder et qu’il n’a pas encore entièrement fait.

Autre opposition par Thomas Germain, orphèvre ordinaire du Roy, demeurant aux Galleries du Louvre (3® opp.) sans indication des motifs.

Est aussi comparu led. s. François Berger, écuyer, ancien receveur général des finances de Dauphiné, demeurant rue des Q uatre-Fils, paroisse Saint-J eanen-Grève, où il a élu son domicile, qui a dit qu’il s’oppose à nos scellés afin de réclamation d’un grand tableau, le Temps qui enlève la Vérité et terrasse le Mensonge ' , d’environ 5 pieds de haut sur 3 et demy de large, qu’il a fait faire et payé aud. deffunt, et la bordure neuve dud. tableau qui est encore enveloppée de son papier gris à luy appartenant, qu’il a fait porter chés led. deffunt pour y placer led. tableau; plus d’un tableau paysage qu’il a aussy fait faire et payé aud. deiîunt sur une toille de trente sols, aussy dans sa bordure de bois doré, lequel paysage est dans le cabinet du deffunt, attaché au côté gauche de sa porte; plus du portrait commencé par led. deffunt et non finy, représentant la teste de lad. épouse de luy comparant, et du portrait de lad. dame en pastel, couvert d’une glace et dans sa bordure carrée de bois doré, lesquels deux portraits il a pareillement payé aud. deffunt; empêchant formellement qu’il en soit fait aucun inventorié, attendu que le tout luy appartient, et a signé et déclaré que plusieurs amis dud. deffunt et tous scs élèves ont connoissance de ce que dessus, et a signé.

Opposition àe, Joseph Dugy^, élève du défunt, « pour

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