‹ Scellés et inventaires d'artistesChapitre 23 sur 154 · PEINTRE SCULPTEUR · texte numérisé non relu

PEINTRE SCULPTEUR

1 1 avril 1687.

Apposition de scellés, le vendredi ii avril 1687, par le commissaire Jacques Camuset, sur les biens et effets de Daniel Dupré, maître peintre sculpteur à Paris et ordinaire chez le Roi, décédé Je même jour vers midi et demi, dans une maison rue Chapon, au-dessus de laquelle est un buste du Roi ; à la requête de Claude Duchesne, avocat en Parlement, exécuteur du testament du défunt.

Inconnu de tous les historiens, Daniel Dupré devrait plutôt être classé parmi les artisans qu’au nombre des artistes. Comme Goujon, dit la Baronnière, il était, à proprement parler, peintre doreur. Les embellissements de Versailles l’occupèrent d’abord, et son nom revient plusieurs fois sur les Comptes des Bâtiments du Roi. En 1667, il est confondu avec Mignard, Beaubrun et Goujon dans un payement collectif de 2,074 pour plusieurs portraits du Roi et du Dauphin. Notre homme n’aurait-il été chargé que des cadres dorés ? Cette hypothèse est en opposition formelle avec les termes du Compte (Comptes des Bâtiments, I, 217).

Le scellé que nous résumons fournit quelques indications biographiques sur Dupré. Il était originaire d’Anvers et avait obtenu, au mois de décembre i656, des lettres de naturalité qu’il fit enregistrer en la Chambre des Comptes le 3 décembre 1657. Grâce à ces lettres, il avait pu disposer de ses biens et, par testament olographe du 20 janvier 1686, il instituait pour légataire universel son gendre François Sara^in, maître peintre sculpteur et juré mouleur de bois à Paris, singulier mélange de professions disparates, ce qui n’empêche pas le sieur Sara^in de travailler pour le Roi ; c’est du moins l’excuse qu’il invoque pour avoir manqué à une des vacations, « ayant reçu un mandement exprès pour aller à Versailles travailler aux ouvrages de Sa Majesté et ayant esté obligé de partir à l’heure même. »

La femme de Dupré, nommée Claire Aubry, et sa fille Elisa-

DANIEL DUPRÉ

beth, étaient mortes avant lui. Cette situation provoque les revendications d’une sœur de la femme du défunt; mais, l’incident présentant peu d’intérêt, il est inutile de nous y arrêter.

Parmi les objets mobiliers appartenant au S. Dupré, le commissaire inscrit : douze cuillères et douze fourchettes armoriées, une aiguière, quatre tasses, deux assiettes creuses et deux salières, le tout d’argent, un sac contenant 287 escus et demi faisant la somme de 862 liv. 10 sols. Dans le mobilier proprement dit, il faut remarquer : « Une petite tapisserie de verdure peinte sur toile ; — une petite montre et horloge d’Allemagne garnie de ses poids; — neuf pots de fayence de Hollande; — huit tableaux, dont sept à bordures dorées, un représentant Daniel, sept des fleurs, un autre des fortifications ; — trois portraits et un petit paysage. »

Dans la chambre au quatrième, servant d’atelier au défunt, « six fauteuils de bois doré, non parachevé^; » cette seule mention suffirait, s’il en était besoin, pour fixer la nature des talents de Dupré.

Le mobilier, bien que fort simple, indique d’ailleurs une certaine aisance. Il s’y trouve encore « deux guéridons de bois verni et doré façon de la Chine; deux fauteuils de bois verni, non doré, couverts de paille avec deux oreillers de brocatelle de Venise; une tapisserie faisant le tour de la salle (nous dirions aujourd’hui le salon); deux tasses de porcelaine; deux grandes tasses et quatre petits pots de fayence à fleurs bleues; deux portraits de Monsieur et Madame dans des bordures dorées, etc., etc. »

L'inventaire du mobilier est fait du consentement des parties par le notaire François Jullien, et la prisée par Nicolas Remy, sergent à verge. Le testament olographe du défunt avait été déposé chez M® Douet, notaire au Châtelet.

Une opposition est formée par Guillaume Desau:[iers, peintre du Roi et valet de chambre de la feue Reine. La cause de l’opposition n’est pas indiquée ici. Un Desoziers figure sur les Comptes des Bâtiments du Roi de 1680 pour des travaux de grosse peinture.

(Arch. nat., Y. 1 1622.)

PIERRE CLÉMENT

PIERRE CLÉMENT

Page 1