‹ Scellés et inventaires d'artistesChapitre 24 sur 154 · PEINTRE ORDINAIRE DU ROI ET SCULPTEUR · texte numérisé non relu

PEINTRE ORDINAIRE DU ROI ET SCULPTEUR

2 5 septembre 1687.

Il ne faut pas se laisser éblouir par le titre ambitieux de peintre ordinaire du Roi; bien souvent cette qualité cache un simple marchand de tableaux. C’est le cas de Pierre Clément.

Le jeudi, 25 septembre 1687, Anne Caret, veuve du S. Pierre Clément, maître peintre et sculpteur à Paris, demeurant sur le quai de Gesvres, en une maison à l’enseigne du Coq, requiert, sur les midi, le commissaire Charles Bourdon d’apposer les scellés sur les biens et effets de son mari, décédé le même jour. Il est fait droit à sa requête en présence de Louis-Pierre Fuzelier, marchand bourgeois de Paris, neveu du défunt, et comme tel son héritier.

Clément mourait sans enfants; sa succession revenait à sa femme en vertu d’un don mutuel, à sa sœur Marie Clément, veuve de Jean Jourdain, domiciliée à Troyes, et à Louis-Pierre Fuzelier, représentant Marguerite Clément sa mère, décédée, également sœur du défunt.

Les opérations d’apposition et de levée des scellés ne laissent subsister aucun doute sur la véritable profession du de cujus. Il vendait des tableaux et des cadres, et restaurait à l’occasion les peintures endommagées. Pour les besoins de son commerce, il avait boutique sur le quai.

Les pièces de l’appartement qu’il occupe sont garnies de nombreux tableaux; dans la chambre du sieur Clément, on en trouve onze peints sur toile avec dix aunes de vieilles tapisseries de Bergame, quatre tasses de porcelaine et deux croix de bois garnies de Christs d’ivoire. Dans une autre chambre : vingt-sept tableaux sans bordure, sur toile de cinquante sols; dix-huit autres sur toiles d’un écu, neuf sur toile de quatre pieds et demi et quatre grandes toiles, l’une de six pieds de long et les autres un peu plus petites ; puis des chevalets, des vieilles bordures, etc. On en découvre partout, jusque dans le grenier qui renferme dix-neuf petits tableaux sur toile, sans bordure. On laisse dans

78 PIERRE CLÉMENT

la boutique un grand tableau représentant une Bataille, un autre avec bordure dorée représentant des personnages et plusieurs bordures appartenant les uns et les autres, d’après la déclaration de la veuve, à divers particuliers.

Le mobilier n’offre rien qui mérite un signalement, à part une robe de chambre de toile peinte et l’argenterie éparpillée dans tous les meubles et se composant de huit cuillères, sept fourchettes, six tasses et une salière, un pot à eau, une écuelle à oreilles, un aubénitier et une tabatière, enfin encore quatre cuillères et quatre fourchettes, le tout d’argent. L’argent monnayé trouvé sous les scellés monte à i58 liv. N’oublions pas que les tableaux et marchandises trouvés dans la boutique ne sont pas compris dans les objets énumérés ci-dessus. On les enferme dans une pièce et on ne s’en occupe que lors de l’inventaire.

Trois mauvais coffres trouvés dans un grenier et ne contenant que des hardes sans valeur nous apprennent les noms des compagnons et apprentis du S. Clément, propriétaires de ces coffres. Ils s’appellent Simon de Besançon, Claude-Georges Portant et Pierre Saulnier.

Le notaire Charles Henry est chargé de la confection de l’inventaire, et les sergents Pierre Fourestier et Marin Sénéchal, de la prisée, sur l’avis de Pierre Guillemart, maître peintre à Paris et ancien de la communauté, demeurant rue Saint-Jacques, choisi par la veuve, et de Robert Cornu, aussi maître peintre, demeurant sur le quai Pelletier, appelé par les autres héritiers.

Pendant les opérations surviennent plusieurs incidents dont il convient de prendre note. Nous les rapportons dans les termes mêmes du procès-verbal :

Le mercredy, i®"' jour d’octobre...

Est aussy comparu Louis Boisset, vallet de chambre de la dame marquise de Houssay, demeurante rue S‘ François au Marais du Temple, lequel a dit qu’il a charge de lad. dame marquise de Houssay de réclamer pour elle quarante-quatre tableaux ou environ, peints sur thoille, représentant plusieurs personnes de la famille et autres de qualité, qui avoient esté mis ès

PIERRE CLAMENT

mains dud. deffunct Clément pour y mettre des bordures, empeschant qu’il n’en soit fait aucun inventorié ny prisée; protestant qu’au cas qu’il en fust fait aucun, cela ne poura nuire ny préjudicier à lad, dame du Houssay, et a signé.

En proceddant, est comparu s*" Nicolas Gervais, procureur aud. Châtelet et de damoiselle Marie Benoit de la Chassaigne, veuve Pierre Cars, peintre ordinaire du Roy , laquelle déclare que l’opposition par elle formée ausd. scellés est afin d’estre payée et conservée des arrerages de la rente de 69 livres par chacun an à elle deue, ensemble du sort principal, frais et despens; et, outre, à ce que certain brevet d’obligation de la somme de 3,3oo livres, passé par M’’® Adrien Montel, chevalier, comte de Claire, baron de Belencombre, marquis d’Arsy et autres terres, qui se doit trouver sous nosd. scellez comme aiant esté mis ès mains dud. deffunt Clément en faire les poursuittes en son nom, comme icelle obligation aiant esté faicte au proffit dud. deffunt, luy soit rendue et remise es mains, attendu que led. deffunt n’a fait que prester son nom à la damoiselle opposante; que led. brevet d’obligation luy appartient, ainsy qu’elle fera voir par la déclaration passée à son proffit, ensemble pour estre conservée en tous ses autres droits, noms, raisons et actions, qu’elle desduira en temps et lieu.

Et led. jour, i®’’ octobre 1687, deux heures de relevée, est aussy comparu Laürents Crenne, serviteur domestique du s*' de Beau, gentilhomme allemand, demeurant rue des Petits-Champs , lequel nous a dit qu’il y a environ un mois ou cinq semaines qu’il aporta par l’ordre dud. s"" Le Beau, son maistre, un tableau peint sur thoille, représentant des personnages et une nuit,

PIERRE CLÉMENT

pour le racomoder et y faire une bordure, moiennant le prix et somme de 17 livres, lequel il donna aud. defîunt Clement pour faire lad. bordure et le racomoder; requiert que led. tableau avecq sa bordure luy soient rendus aux offres qu’il fait de payer présentement lad. somme de 17 livres.

Et après que led. tableau s’est trouvé dans lad. boutique avecq sa bordure, et que lad. veuve Clement a reconneu avoir esté aporté dans lad. boutique par led. Crenne, du consentement des parties led. tableau et bordure a esté remis ès mains dud. Crenne qui s’en est chargé et en a deschargé la succession et tous autres, aiant payé à lad. veuve Clement la somme de 17 livres pour le prix de lad. bordure et racomodage de tableau dont elle s’est chargée, et ont signé ;

Laurentius Griene, natus Viennae.

Le vendredi 3 octobre ;

Est comparu Thomas Gramois^ maître sculpteur à Paris, demeurant rue de la Roquette, au faubourg Antoine, lequel a requis et réclamé, comme à luy appartenant, neuf bordures non dorées ovalles, dont cinq de thoilles de 20 sols et quatre autres de 3o sols, lesquelles il avoit mis ès mains dud. deffunt Clement quelques jours avant son deceds, afin de les achepter, les luy aiant mesme commandées; et, comme lesd. bordures ne luy ont poiut esté payées, il requiert qu’elles luy soient présentement rendues comme à luy apartenantes, ce qui a esté consenty par toutes les parties...

Une dame Marguerite Caret, veuve de Toussaint Portant, maître peintre à Paris, demeurant rue Jean-de-l’Espine, paroisse Saint- Jean-en-Grêve, vient aussi réclamer plusieurs estampes qu’elle avait confiées au défunt et qui lui sont rendues immédiatement.

CLAUDE GOY

Enfin le procès-verbal se termine par une accusation de recel et divertissement de la vaisselle d’argent intentée contre la veuve par les autres héritiers ; mais cette accusation, probablement dénuée de fondement, paraît n’avoir pas eu de suites.

(Arch. nat., Y. 10724.)

CLAUDE GOY

PEINTRE ORDINAIRE DU ROI

8 janvier 1790.

Les nombreux travaux de peinture et surtout de dorure exécutés au Louvre, à Versailles, ailleurs encore, travaux dont les Comptes des Bâtiments ont gardé le souvenir, font bien connaître la nature des occupations ordinaires de Claude Goy.

Le dimanche, 8 janvier 1690, sur les trois heures de relevée, le commissaire Jacques Camuset se transporte rue Beauregard, paroisse Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, dans une maison où venait de décéder Claude Goy, peintre ordinaire du Roi. Le corps est déposé dans une salle basse ayant vue sur un jardin. Autour de lui sont réunis la veuve du défunt, Marguerite Cailliou, et deux de ses enfants encore mineurs : Jean-Baptiste Goy, sculpteur du Roi, et Claude-Françoise Goy, sur la réquisition desquels il est procédé à l’apposition des scellés.

Bien que mineur, c’est-à-dire âgé de moins de vingt-cinq ans, et encore sous l’autorité de François Gallet, prêtre habitué en la paroisse de Bonne-Nouvelle, son curateur, Jean-Baptiste Goy a déjà le titre de sculpteur du Roi et se présente même comme créancier de son père et propriétaire des estampes trouvées chez lui en vertu d’une vente passée devant Aveline et Blanchard, notaires, le avril 1689.

Le défunt laissait trois autres enfants : Charles Goy, bourgeois de Paris, Anne-Marguerite Goy, mariée à Pierre François, marchand orfèvre, et enfin Marie-Marguerite, veuve en premières noces de Charles Errard, le peintre du Roi, mort directeur de l’Académie de France à Rome, et remariée à Jean de la Croix Goussault. Certaines revendications exercées par un s' Charles Giro de Merlez, chevalier de l’ordre royal et militaire du Saint- NOUV. ARCH. DE l’aRT FR. l883 6

CLAUDE GOY

Esprit, de Montpellier, contre la succession du s'' Charles Errard et contre sa veuve motivent l’intervention de ce personnage. L’affaire est d’ailleurs pendante devant les tribunaux; elle n’empêche ni ne retarde les opérations de levée des scellés.

D’autre part, Etienne Bourghade, marchand à Nantes, Elisabeth Mondon, sa femme, et Jean-François-Nicolas Mondon interviennent en qualité de légataires particuliers de défunt Claude Errard, architecte, dont l’inventaire a été fait par Blanchard et Benoist, notaires, le ii août 1689.

L’inventaire de Claude Goy est confie a Antoine Blanchard et son collègue, notaires, et la prisée des meubles au sergent Joseph Antheaume.

Pendant les opérations, comparaît Gabrielle Lanchevin, veuve de Jacques Cailliou, marchand à Paris, qui fait opposition pour sûreté des arrérages de i5o liv. de rente à elle constituée par Claude Goy et sa femme, en vertu d’un contrat passé devant Bouret et Penot, notaires, le 4 septembre ifiyS. La réclamante est sans doute la belle-mère du défunt; son degré de parenté n’est point mentionné par le commissaire.

Les réclamations des héritiers de Charles Errard tiennent une grande place dans le présent acte. Ils réclament l’état en forme d’inventaire que le S. Errard avait fait de tous ses meubles avant son départ pour Rome. Ils prétendent que le s’' Goy et sa femme étaient et sont encore en possession de la plus grande partie de ces meubles, et qu’ils en ont même fait venir de Rome à Paris, depuis le décès à' Errard, par l’entremise de leur fille.

Le mariage de Charles Errard avec Marie-Marguerite-Catherine Goy, alors âgée de dix-huit ans, remontait au 28 avril ifiyS; le marié avait soixante ans. (Voy. Jal.) On s’explique difficilement comment la veuve à’ Errard, mort en 1689, pouvait déjà être remariée au commencement de 1690.

A toutes les réclamations de la famille à'Errard, la veuve de Goy refuse de répondre autrement qu’en justice. Aussi ne connaissons-nous pas l’issue de ce débat.

(Arch. nat., Y. 11625.)

CHARLES LE BRUN

CHARLES LE BRUN

Page 1