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SCULPTEUR ET MARBRIER ORDINAIRE DU ROY

29 avril 1698.

A côté des sculpteurs, chargés de donner les modèles des statues et des somptueuses décorations en bronze, en stuc ou en pierre de Versailles et des autres châteaux royaux, travaillaient, sous la direction de Le Brun, de modestes artisans chargés spécialement de tailler les marbres des colonnes, chapiteaux et autres ornements ; on leur donne ordinairement la qualité de marbriers.

Pour suffire aux grands travaux commandés par Colbert et pour répondre à l’impatience du Roi, on avait attiré ces habiles tailleurs de marbre de tous les pays voisins. Les uns accouraient d’Italie, d’autres venaient des Flandres. De ces derniers faisait partie celui dont il est ici question.

Hubert Misson était né à Charleville, sur terre étrangère ; il avait dû en conséquence, pour garantir ses héritiers des conséquences du droit d’aubaine, solliciter des lettres de naturalité. Elles lui avaient été octroyées au mois d’avril 1672 (Voy. Nouvelles Archives de l’art français, 1873, p. 25 1).

Pendant sa longue carrière, notre sculpteur-marbrier ne cessa de consacrer ses talents à l’embellissement des Maisons royales.

Les nombreux articles où son nom paraît dans les comptes des Bâtiments du Roi ont conservé le souvenir de son incessante activité.

Rassuré contre les conséquences de sa qualité d’étranger. Mis-

HUBERT MISSON

son avait définitivement fixé son établissement en France; il avait même acquis une maison située rue Poissonnière, à l’angle du boulevard, dont on pourrait peut-être sans trop de difficulté préciser la situation exacte.

En mourant, il laissait une veuve, Anne Aury, dont il avait deux enfants, un fils et une fille, Louis-Hubert et Marguerite. Mais Anne Aury n’était pas la première femme de notre sculpteur-marbrier. D’un premier lit, il avait eu au moins deux filles, mortes toutes deux avant leur père, en laissant des enfants. L’une, nommée Louise, épouse de Pierre Martin, commis du trésorier de la marine, avait donné le jour à deux fils : Pierre- André et Louis-Martin. L’autre, nommée Geneviève, avait épousé le sieur Seingre, géographe du prince de Condé, et était morte avant 1698, laissant une fille appelée Anne.

Tel était l’état de sa famille au jour du décès de l’artiste.

Le procès-verbal suivant donne encore quelques indications sur ses travaux et sur un marché avec Pierre Lixe, autre marbrier, pour l’exécution des ouvrages des Maisons royales.

11 signale enfin un testament qui se retrouverait à coup sûr parmi les minutes de M® Charles Touvenot.

Les noms des autres marbriers cités ici, Lixe ou Lisqui, Jérôme Derbais, Jacques Ergo, reviennent fréquemment sur les comptes des Bâtiments du Roi, en compagnie des Mesnard^ des Pasquier, des Hanuche, des Mathault, des Desaigre, des Borqone. C’est à ces habiles tailleurs de marbre et à quelques autres que sont dues les plus belles sculptures décoratives ou incrustations de marbre de l’intérieur et de l’extérieur du palais de Versailles.

Procès-verbal d’ apposition de scellés après le décès t/’Hubert Misson, sculpteur et marbrier ordinaire du Roi.

L’an 1698, le mardy, 29 avril, six heures et demie du soir ou environ, requis que nous avons esté, César-Vincent Le François, commissaire au Chastelet de Paris, sommes transporté rue Poissonnière, en une dernière maison sur le boulevard, appartenante au s. Hubert Misson, sculpteur et marbrier ordinaire du Roy, où

HUBERT MrSSON.

estant monté en une première chambre ayant veue sur la rue et sur une cour, se seroit présenté à nous Anne Autin, laquelle nous a dit qu’il y a une demi-heure ou environ que seroit déceddé led. s. Hubert Mîsson^ son mary, pourquoy elle auroit requis nostre transport à l’effet d’apposer nos scellés et cachets sur tous et chacuns les biens et effets délaissés après le déceds dud, s. Misson^ son mary, etc.

(Signé :) Anne Autin.

Suivant lequel réquisitoire, nous, commissaire susdit, après qu’il nous est apparu du corps mort dud. s. Misson estant sur la paillasse d’un lict dans la chambre du premier estage en entrant, serment fait par Geneviefve Gillet, servante domestique, et de lad. Misson, qu’il n’a esté destourné aucuns effets de lad. succession pendant la maladie, ni depuis le deceds, avons procédé à l’apposition de nosd. scellés.

Sommes passé dans une chambre séparée d’une cloison de bois faisant face à la porte d’entrée de la chambre où seroit déceddé led. s. Misson., où estant, aurions ^ apposé nos scellez et cachets sur un cabinet de marqueterie de la Chine, composé de douze tiroirs et d’un fond dans le milieu... Ne s’est trouvé autre chose à sceller dans lad. chambre, et de meubles en évidence : quatre fauteuils et quatre chaises de la Chine, avec leur oreillier de point d’Angleterre; deux pièces de tapisserie verdure; deux guéridons, façon de la Chine; au-dessus de la cheminée, une glace d’environ douze poulces, enchâssée dans la cheminée; quatre tableaux à bordure dorée, de différentes grandeurs.

Sommes monté au deuxiesme estage dans une chambre occupée par damoiselle Anne Sengre, petite-fille dud. deffunt s. Hubert Misson., laquelle nous a dit et déclaré

HUBERT MISSON

que les meubles, cabinet occupant lad. chambre luy appartiennent et que dans icelle il n’y a aucuns effets appartenant à la succession dud, deffunt s. Misson^ son ayeul maternel, et a signé.

(Signé :) Anne Sengre.

Et estant passé dans une petitte chambre à costé où couche lad. veuve Misson, avons apposé nos scellez et cachets sur un cabinet peint, façon de la Chine, composé de deux guichets par le bas et de unze tiroirs...

(Pendant les mois de mai et juin se présentent plusieurs opposants dont il sera parlé ci-après.)

Et le samedy, 28 dud. mois de juin, aud. an i6g8, deux heures de relevée...

Seroit comparue par devant nous Anne Autin, veuve dud. Hubert Misson^ assistée de m® Philippe Damonville, son procureur, laquelle nous a dit que, suivant nostre ordonnance à elle délivrée le 17 may dernier, elle auroit fait assigner les oppo.sants à nos scellez à comparoir le mercredy suivant, 21 dud. mois, deux heures de relevée..., lesquelles assignations n’auroient eu aucuns effets, et, depuis, auroit obtenu mainlevée de quelques-uns des opposants, sçavoir de Robert Davoyne, maître serrurier à Paris, demeurant rue Montmartre, de Pierre Chauf, marchand de bois, demeurant rue du Bout-du-Monde, suivant l’actepassé par devant Malingre et Touvenot, notaires, le 3o may dernier qu’elle nous a exhibé et à elle à l’instant rendu ; comme aussy a obtenu mainlevée de m’’® Louis-François Montlezun de Busca, guidon des chevaux-légers d’Anjou et cy-devant prieur du prieuré de N.-D. de Chasteau l’Hermitage, diocèze du Mans, et de m"® Antoine-François de Montlezun de Busca, abbé de l’abbaye de Nostre-Dame de Longvilliers, diocèze de Boulogne-sur-Mer, aussi cy-devant

HUBERT MISSON

prieur dud. prieuré deN.-D. de Chasteau l’ Hermitage, suivant l’acte passé par devant Pellerin et Bellanger, notaires, le 2 du présent mois, qu’elle nous a montré et que nous luy avons à l’instant rendu ; et que les mainlevées qu’elle a obtenu de^m® Nicolas Damour, chargé par Sa Majesté du recouvrement des sommes qui doibvent estre payées par les estrangers en exécution de la déclaration du Roy du 22 juillet dernier, et de Nicolas Raoul, maître potier de terre, nous ont esté signifiiez, en sorte qu’il ne reste plus opposans à nosd. scellez que Jean Tavernier, maître charpentier, Pierre Lixte [Lix), marbrier, et Jean Vausy, tailleur de pierre et compagnon marbrier, lesquels elle auroit fait assigner en vertu de nostre ordonnance du 17 may dernier,... requérant... qu’à sa requête, il soit proceddé à la levée et reconnoissance de nod. scellez, inventaire de ce qui se trouvera soubs iceux et en évidance par m® Charles Touvenot, notaire au Chastelet, et la prisée par Philippe Verron, huissier-priseur aud. Chastelet, le tout à la conservation de ses droits et de qui il appartiendra.

La levée des scellés est aussi demandée par François Leprince, marbrier, bourgeois de Paris, au nom et comme tuteur de Louis-Hubert Misson et damoiselle Margueritte Misson, enfans mineurs dud. deffunt s. Hubert Misson et de lad. Anne Autin, sa veuve, créé par avis de leurs parents, omologué par sentence du 23 may dernier, accepté et fait serment le 26 dud. mois ; lesd. mineurs habiles à se dire et porter héritiers de la succession dud. deffunt leur père. Il accepte pour les opérations de l’inventaire les officiers désignés par la veuve.

Comparaît aussi, pour demander la levée des scellés et l’inventaire, m® Pierre Martin, commis de M. de

HUBERT MISSON

Lubert, trésorier de la marine, au nom et comme tuteur de Pierre-André et Louis Martin, enfans mineurs de luy et de defïunte damoiselle Louise Misson, son espouse, habiles à succéder aud. deffunt s. Hubert Misson, leur ayeul maternel.

Comparution et pareille requête de Thomas Buquet, aussi bourgeois de Paris, au nom et comme tuteur créé, à l’effet de la reconnoissance et levée de nosd. sellez et du présent inventaire, par l’advis de parens dud. jour 23 may dernier, de damoiselle Anne Seingre, fille mineure des deffunts Henry Hartemont Seingre, géographe de M, le prince de Condé, et de damoiselle Geneviefve Misson, ses père et mère, aussi habile à se dire et porter héritière dud. deffunt s. Hubert Misson, son ayeul maternel.

Estienne Guyot, procureur de Jean Toussier, tailleur de piere, et compagnon marbrier, dit que l’opposition par luy formée à nosd. scellez est pour estre payé de la somme de 1,452 livres 10 sols, àquoy montent tous les ouvrages de pavé, de pierre de liere et de marbre, par luy faits pour led. deffunt s. Mmon, contenusau mémoire d’iceux, commancéau mois de juin 1696, sauf à déduire sur lad. somme ce qui se trouvera luy avoir esté payé par led. deffunt Misson, suivant ce qui se trouvera par luy escrit sur le livre de compte que tenoit led. s. Misson...

M® Gabriel-François Pilon le jeune, procureur de Pierre Lix, marbrier ordinaire du Roy, a dit que les causes et moyens de son opposition sont afïin que le marché fait double entre led. deffunt Hubert Misson et led. Lix soit exécuté; ce faisant, que la veuve et héritiers soient condamnés à fournir les marbres y mentionnez sinon à rendre et payer la somme de i,5oo livres avec

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les intérests qu’il requiert, à compter du 3 may, jour de son opposition, et outre à la somme de i,5oo livres, à laquelle il se restraint faute de l’exécution dud. marché pour ses dommages et intérests, ensemble les intérests de lad. somme, et aux dépens.

M® Jean de Mouchy, procureur de Jean Tavernier, maître charpentier à Paris, a dit que l’opposition par luy formée à la reconnoissance et levée de nosd. scellez est pour seureté du sort principal et arrérages de 1 5o livres de rente à lui constitués par led. deffunt et Anne Autin, à présent sa veuve, par contract du 5 avril 1698, sans préjudice de ses autres droits et actions.

Sur quoy, nous commissaire susd. avons donné acte aux parties de leurs comparutions, dires, réquisitoire et protestations, et, suivant leur consentement, a esté proceddé à l’inventaire par led. m® Charles Touvenot et son confrère, notaires, et à la prisée des meubles en évidence par led. Philippe Veron, huissier-priseur, sur l’avis de Hierosme-Derbais^ maître marbrier et sculpteur, nommé par la veuve, et de Jacques Ergo, maître sculpteur et marbrier, demeurant proche la porte Gaillon, désigné par Leprince, comme tuteur des enfants mineurs.

(Pierre Martin et Thomas Buquet désignent le même Jacques Ergo.)

Inventorié du linge et objets contenus dans un cabinet peint, façon de la Chine, un coffre de bahut quarré, couvert de cuir rouge et un cabinet de marqueterie de la Chine.

En proceddant, led. Thomas Buquet, aud. nom de tuteur de lad. damoiselle Anne Sengre, a réclamé une cuilière, une fourchette, une escuelle et une tasse, le tout d’argent, appartenans à lad. damoiselle Sengre, et

HUBERT MrSSON.

de laquelle argenterie lad. veuve Misson se seroit chargé lors de l’apposition de nosd. scellez, empeschant qu’elle ne soit comprise dans l’inventaire.

Et led. jour lundy, 3o juin :

Lesd. parties ont requis que présentement lesd. s. Derbais et Ergo, maîtres sculpteurs et marbriers, donnent leur avis sur la prisée et estimation à faire des ouvrages, marbres et ustanciles servans aud. mestier de sculpteur et marbrier, estant de la succession dud. deffunt Hubert Misson.

Sont aussi comparus Hierosme Derbais et Jacques Ergo, maîtres sculpteurs et marbriers, nommez par les parties, lesquels ont fait serment de donner leur avis en leur conscience sur Pestimation et prisée à faire des ouvrages, marbres façonnés et non façonnés, et ustensiles estans dans lad. maison, ainsi que dans celle de la rue Saint-Pierre, pour estre compris dans l’inventaire en la manière accoutumée, et ont signé :

Jacques Ergo, — Jeronisme d^Erbais.

Après la prisée et estimation et qu’invemaire a esté fait desd. marbres et ustancilles estans dans la maison où seroit déceddé led. s. Misson., sommes tranportés avec lesd. parties et lesd. d'^Erbais et Ergo, rue Saint- Pierre, paroisse Saint-Eustache, où estant, a esté proceddé à la prisée des marbres qui se sont trouvez, sur l’avis qui en a esté donné par lesd. dHrbais et Ergo., et ensuite à l’inventaire d’iceux.

Ensuite, sommes revenus avec lesd. parties, rue Poissonnière, en la maison où seroit déceddé led. Hubert Misson, où, en proceddant à Texamen des papiers, se seroit trouvé une feuille de grand papier commançeant par ces mots : In nomine Domini. Amen. Ceci est mon testament, lad. page recto entièrement escrite sans aucun

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