GRAVEUR ORDINAIRE DU ROY
8 juillet 171 1.
Grâce aux recherches de Jal, l’état-civil d’Etienne Baudet est connu. Le procès-verbal qui suit confirme et complète sur certains points les détails fournis par le Dictionnaire critique.
Jal n’a pu retrouver la date du mariage de l’artiste avec Marguerite Guilly; on voit ici qu’il faut la fixer en l’année 1699, alors qu’il avait déjà dépassé la soixantaine. Comme il n’avait point atteint l’âge où un vieillard qui prend femme est assuré, d’après certain médecin facétieux, d'avoir des enfants, Etienne Baudet ne laissa point à sa mort d’héritier direct. Par son testament, en date du 26 juin 1711, il avait institué pour légataire universelle sculpteur Philippe Magnier, dont nous retrouvons le nom au bas de l’acte de décès publié par Jal.
Nul doute que le contrat de mariage du 3i janvier 1699 et que le testament olographe ne se retrouvent chez les successeurs des notaires nommés ici. Ils fourniraient probablement sur les estampes et les planches de cuivre trouvées chez le graveur les détails dont notre procès-verbal, suivant l'habitude, se montre bien avare.
Procès-verbal d"' apposition de scellés après le décès (i’Etienne Baudet, graveur ordinaire du Roi.
L’an 1 7 1 1 , le mercredy , 8® jour de juillet, deux heures de relevée, nous Louis-Jérôme Daminois, commissaire requis, nous sommes transportez aux Galleries du Louvre, en la maison occuppéepar s. Estienne Baudet.,
ÉTIENNE BAUDET
graveur ordinaire du Roy, où estant montez dans l’entresolle sur la cuisine, y avons trouvez damoiselle Marguerite Guilly, laquelle nous a dit que led. s. Baudet, son mary, avec lequel elle estoit non commune en biens par le contract de leur mariage, passé devant Mouffle et Aveline, nottaires, le 3i Janvier 1699, vient présentement de décéder dans sa chambre dépendante de la maison où nous sommes; pourquoy et attendu qu’elle a intérest, en attendant qu’il ayt esté fait inventaire des effets et biens délaissez par led, deflfunt, qu’iceux soient mis en bonne et sûre garde, à la conservation de tous ses droits résultans dud. contract de mariage, nous requiert de vouloir apposer nos scellez et cachets, sur lesd. biens et effets.
Sur quoy, nous commissaire susd. avons donné acte à lad. veuve Baudet de ses dires, et, suivant iceux, sommes montez avec elle en la chambre au-dessus dud. entresolle, et, après qu’il nous y est apparu du corps mort dud. deffunt estant sur son lict dans lad. chambre ayant veue sur la rue des Ortyes, nous avons en sa présence procédé ainsy qu’il ensuit.
Premièrement, dans le cabinet donnant sur la rivière. Ensuit l’évidence : quatorze estampes de différens maîtres dans leurs cadres et bordures trouvez posez en partie sur un pupiltre de bois de chesne, couvert de vieille serge verte..,; sur un bas d’armoire. de bois de chesne se sont trouvez environ un demy cent de planches de paysage gravé, ouvrage dud. deffunt; un justaucorps et veste de drap noir; deux justaucorps et veste de drap gris, et un manteau de drap rouge; une table de bois de sapin sur laquelle s’est trouvé un coussin de cuir et une planche de cuivre gravé non finye; trois instruments
ÉTIENNE BAUDET
à corde qui sont un lut, un tuorque ^ et une guittare ; environ dix aulnes de vieille bergame faisant le tour dud. cabinet, sur laquelle s’est trouvé un tableau sans bordure représentant une Lucrèce morte.
Dans la chambre oü led. deffunt est décédé, donnant sur la rue des Ortyes : Une couche à hauts piliers à colone torse; un tableau représentant un paysage-, trois
estampes en bordure ; dans un coin à costé de la
ruelle dud, lict, sous du linge salle, une pille d’estampes gravez de la hauteur d^environ deux pieds.
Dans la cuisine servante de salle à manger : quatre cuillers et quatre fourchettes, deux coquetiers, deux gobelets et une éguierre, le tout d’argent, poinçon de Paris.
Dans la salle au-dessous de lad. cuisine: une couche à bas piliers, sous lequel lict s’est trouvé une grande caisse de bois blanc fermant seullement avec des petits crochets de fille de Richard, et dans icelle plusieurs estampes ramassez de difïérens maîtres. Au pied de lad, couchette se sont trouvez six pièces de tapisserie de verdure à grand personnage que lad. dame veuve a déclaré appartenir à lad. dame veuve Bain, sa voisine auxd. Galleries du Louvre, laquelle a prié le deffunt son mary de luy garder.
Et à l’instant est comparu s. Bartélemy Bain, orfèvre Jouaillier du Roy, demeurantauxd, Galleriesdu Louvre, lequel, en tant que besoin sera, au nom et comme ayant charge de la dame veuve Bain, sa mère, a réclamé lad. tenture de tapisserie en six pièces à grands personnages qui est histoire de V ancien Testament, comme appartenant à lad. dame, sa mère, laquelle a prié led. s. Bau-
I. Tuorbe ou théorbe, instrument de musique en forme de luth.
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det de la luy garder, attendu qu’elle n’a pas chez elle de place pour serrer lad. tapisserie ; pourquoy requiert qu’elle soit rendue à lad. dame sa mère.
Dans la petitte salle au rez-de-chaussée de la rue s’est trouvé une presse servant à imprimer des estampes avec ses ustancils et quelques hais.
Le 20 juillet, Marguerite Guilly, veuve dud. deffunt s. Baudet, en qualité de donataire entre vifs par son contract de mariage, et de plus en qualité d’exécutrice du testament olographe dud. deffunt, en datte du 26 juin dernier, déposé pour minutte à m® Paul Balin, notaire, et ouvert le 8 du présent mois, requiert la levée des scellés, « pour estre fait inventaire seulement des planches de cuivre gravées, livres d’estampes et estampes tant de luy que d’autres maîtres, attendu que le surplus de tous les meubles et effets mobiliers luy appartiennent, partie comme compris dans l’estât annexé à sond. contract de mariage et l’autre partie en conséquence de la donnation réciproque et entre vifs portée aud. contract de mariage. » Elle nomme pour l’inventaire m® Paul Ballin et son confrère, notaires aud. Châtelet, et, pour faire la prisée, Hubert Lemoyne, huissier priseur aud. Châtelet.
Immédiatement comparaît, pour la conservation de ses droits, Philippe Magnier, sculpteur ordinaire du Roy, professeur et trésorier de son Académie royale de peinture et sculpture, demeurant au pavillon du Louvre, rue Froidmanteau , comme légataire universel dud. deffunt, suivant sond. testament cy-devant datté et esnoncé.
Enfin m® Jacques de Vin, substitut du procureur du Roi au Châtelet, est appelé comme représentant les présomptifs héritiers absents et requiert l’inventaire de tous
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les meubles, après le récollement des meubles et effets portés au contrat de mariage de lad, veuve Baudet.
La prisée des estampes et planches de cuivre gravées, trouvées sous le scellé, est faite par led. Lemoyne, de l’avis du s. Pierre de Revol, graveur ordinaire du Roi. Elle se termine le 21 juillet.
(Arch. nat., Y 11640.)
PIERRE LEVÉ