ARCHITECTE ET CONTROLEUR DES BATIMENTS DU ROI
3 mars 1712.
L’acte suivant présente quelques particularités dignes de remarque; aussi, bien que le nom de l’architecte en question soit à peu près oublié, nous avons reproduit les passages contenant soit une indication sur lui ou sa famille, soit un trait de mœurs. Nous signalerons à l’attention du lecteur la relation de la mort subite de Pierre Levé, les détails relatifs à la situation de sa veuve, sur qui pèsent de graves soupçons en raison de la condamnation prononcée contre elle par le Châtelet, l’opposition de Philippe Paulmier nous révélant les travaux exécutés par notre architecte au moulin à poudre d’Essonne, l’attirail de fumeur monté en argent trouvé dans le mobilier du défunt, enfin quelques noms de membres de la communauté de Saint-Luc, d’ailleurs fort obscurs.
Les comptes des Bâtiments du Roi ont fait connaître le nom d’un maçon nommé François Levé, travaillant vers i665. Pierre Levé pourrait bien être le fils de ce maçon. Il n’y aurait là rien que de fort naturel; bien des familles d’architectes célèbres n’ont pas d’autre origine.
Procès-verbal d'^apposition de scellés après le décès de Pierre Levé, architecte et contrôleur des Bâtiments du Roi.
L’an 1712, le 3® mars, dix heures et demye; sur le réquisitoire fait à nous, Nicolas Broussel, commissaire
PIERRE LEVÉ
au Châtelet, sommes transporté rue Neuve des Petits Champs, en la maison du s'' Levé, architèque du Roy, où estant monté au troisième estage, dans une chambre ayant veue sur le jardin du Palais-Royal, s’est présenté à nous s*' Louis Moignot, banquier à Paris, demeurant rue S. Martin, et dame Margueritte du Chardonnet, veuve du s*' Bordeau, ingénieur, demeurant aussy rue Neuve des Petits Champs, lesquels nous ont dit qu’estant heure présente avec led. s'' Levé et le s'' Alary, son appoticaire, dans lad. chambre où nous sommes, où led. s*' Levé déjeunoit dans son fauteuil en leur présence auprès du feu, un morceau de pain qu’il avoit en ses mains seroit tombé tout d’un coup, et, les yeux lui tournant, il seroit passé dans ce moment; et, à l’instant, est survenue dame Marie Platelet de Lagrange, espouse dud. s'' Levé, séparée de biens d’avec lui, demeurante rue de Verneuil, laquelle nous a requis, à la conservation de ses droits, d’apposer présentement nos cachets et scellés sur les effets dud. s"" Levé estant en la maison où nous sommes.
En conséquence, avons procédé à l’apposition de nos cachets et scellés sur les effets dud. s'' Levé en la manière qui suit.
Premièrement, dans lad. chambre au troisième estage, ayant aperçu le corps dud. deffunt dans sa robe de chambre dans un fauteuil, a été regardé en nostre présence dans les poches de sa culotte, dans lesquelles s’est trouvé la somme de 65 livres en deux louis et demy neuf et trois écus de cent sols ; laquelle somme nous avons remis, du consentement de lad. dame Platelet, entre les mains du nommé Louis Vallade, dit S* Louis, son laquais, pour fournir au plus pressant besoin de la succession.
PIERRE LEVIS
Le mobilier en évidence comprend : Un petit tableau et une pendulle ; plus deux tableaux avec leurs bordures et chapiteaux dorés.
i''® opposition — de Jean Nau, marchand bonnetier, pour payement de 90 livres.
2® opposition — de Jean Havard^ maître sculpteur et ancien du bureau de l’Académie de S. Luc, rue Neuve S. Martin.
3® opposition de Claude Simon, m® peintre doreur, rue Philippot, pour 3 60 livres de travaux.
4® opposition — du procureur du Roi de la Ville.
5® opposition — de Philippe Paulmier, adjudicataire des poudres et salpêtres.
6® opposition — de François-Martin Boivin, quincaillier, pour i5o livres.
7® opposition — de Gaspard-François Dodun, conseiller au Parlement, pour payement de 167 livres dues par la veuve du défunt.
8® opposition — de dame Nicolle Dujardin, épouse non commune en biens dus'' Pierre- Antoine Levé, pour le payement et conservation de i,5oo livres de rente viagère pour le douaire à elle accordé par le contrat de leur mariage par devant m®® Gordin et Thouvenot, notaires, le i®® avril lyoS, au payement duquel led. deffunt s® Levé s’est obligé solidairement avec led. s® Pierre- Antoine Levé, son fils.
ge opposition — du s*" Gaillard, m® maçon.
10® opposition — de J. B. de la Tour, bourgeois de Paris, pour payement de la somme de 441 livres et de 68 livres 4 sols, pour frais.
Il® opposition — d’Antoine Boucher, m® serrurier, pour 5o livres, 5 sols.
12® opposition — de Marie Lemarchand, veuve de
PIERRE LEVÉ. 289
Pierre Delaunay, m® paveur, pour payement de 177 liv. 10 sols pour ouvrages de pavé.
1 3® opposition — de Jean Gezon, m® boulanger, pour payement de 88 livres pour fournitures de pain faites à la dame Levé dans le temps qu’elle étoit au couvent de Marie des Prés, en vertu de condamnation prononcée par sentence du Châtelet,
Lundi, 7 mars 1712.
Requièrent la reconnoissance et levée des scellés :
1° Marie Platelet de la Grange, à présent veuve dud. défunt Pierre Levé^ en son vivant épouse séparée de biens d^avec lui par sentence du Châtelet; laquelle nomme pour faire l’inventaire M® Nicolas-Jean Charpentier, notaire au Châtelet.
2° Pierre-Antoine Levé, receveur général et payeur des rentes assignées sur l’Hôtel-de-Ville de Paris, seul fils et unique héritier présomptif dud. deffunt s*" Pierre Levé, son père, habile à lui succéder, lequel nomme de sa part M® Charles Thouvenot, notaire au Châtelet, pour procéder à l’inventaire.
L’opposition formée aux scellés par Me Philippe Paulmier, adjudicataire général des poudres et salpêtres de France, est à ce que les procès-verbaux faits par led. deffunt s"' Levé, tant pour les réparations des moulins à poudre d’Essone que de raffinerie de Paris, pendant les années 1710 et 1711, avec le mémoire des ouvriers et une quittance de 1 20 livres du nommé Mercier, masson, lui soient rendus et remis es mains, ou de celui quia de ce pouvoir, faulte de quoi lesd. réparations ne peuvent se faire et parachever; et même qu’il en est survenu de nouvelles qui causent de grans dommages et interests et retardent le service du Roy.
Les causes de l’opposition formée par Jean Havard^
PIERRE LEVÉ
sculpteur ordinaire du Roy, sont afin de payement de la somme de 35o livres pour ouvrages de menuiserie et de sculpture par lui faits et fournis aud, deflfunt Levé peu de tems avant son déceds, savoir : trois pieds de table, plus deux autres tables à consoles, plus un pied de table à quatre consoles, plus deux pieds de table à consoles, fournis par lui aud. deffunt.
Il est procédé à l’inventorié des meubles :
S’est trouvé dans un bas d’armoire avec des livres quelques desseins et modelles d’architecture.
Mardi 8 mars.
Inventorié de la vaisselle d’argent prisée par Jean du Haynaut, m^ orfèvre.
Ayant ouvert une tabagie, les petits joyaux, flacons et ustenciles garnis d’argent ont été prisés et inventoriés par lesd. officiers.
Ayant fait ouverture d’une armoire dans la chambre du deffunt, en avons tiré un panier d’osier à petits carrés dans lequel nous avons trouvé une bourse, laquelle ayant ouvert en présence des parties, s’y est trouvé une somme de i ,700 livres en louis d’or neufs, doubles louis d’or neufs et demi-louis, aussi espèces de nouvelle réforme ; plus, dans un quarré à côté, la somme de 160 livres en écus et monnoye, le tout espèces de nouvelle réforme; desquelles deux sommes faisant ensemble celle de 1,860 livres led. s'' Levé fils, payeur des rentes, s’est chargé comme dépositaire de biens de justice.
Item, dans une bourse par nous tirée de lad. armoire s’est trouvé la quantité de pS jettons d’argent, qui ayant été pesez, prisez et inventoriés, ont été du consentement des parties remis entre les mains dud. s'' Levé.
L’inventaire et le récollement des papiers a lieu les 9 et 1 1 mars et termine le procès-verbal.
(Arch. nat., Y iSSôg.)
ALEXIS LOIR
ALEXIS LOIR