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MAITRE PEINTRE ET SCULPTEUR

1 1 janvier 171 5.

Sous le titre de peintre et sculpteur, le s. Ducreux cache un singulier commerce, sur lequel l’acte suivant ne laisse aucune incertitude. Il fabriquait en carton et en cire et peignait ensuite des masques de carnaval, et joignait à cette industrie la vente d’habits de mascarade pour laquelle il s’était associé le tailleur Edouard-Louis Candavoine. La description des objets trouvés dans l’appartement du défunt fournit de curieuses révélations sur cette industrie. Aussi avons-nous conservé tous les passages topiques du procès-verbal.

Personne ne s’étonnera qu’un artisan de la sorte fût complètement inconnu. Son nom éveille le souvenir d’un artiste à qui n’a

MICHEL-JOSEPH DUCREUX

manqué ni le talent, ni la réputation. Il est bien difficile de les rattacher l’un à l’autre, puisque du procès-verbal suivant il résulte que notre homme ne laissa en mourant qu’une fille naturelle. En pareil cas, il vaut mieux s’abstenir de toute hypothèse et attendre que le hasard révèle des détails encore inconnus sur la famille et les ascendants du peintre de portraits de la fin du dixhuitième siècle.

Procès-verbal d’apposition de scellés après le décès

de Michel-Joseph Ducreux, maître peintre et sculpteur.

L’an 1715, le vendredy, unzième jourde janvier, sur les deux heures de rellevée, est comparu devant nous Joseph Langlois, commissaire au Châtelet, le s. Pierre Phelippart, marchand mercier à Paris^ y demeurant sur le quay de Gesvres, lequel nous a dit que le s. Michel-Joseph Ducreux., maître peintre et sculpteur à Paris, vient présentement de mourir en la maison où il est demeurant, seize à Paris, sur le pont de Notre- Dame, vis à vis du quay de Gesvres, laissant pour sa présomptifve héritière seulle et unique Marie-Anne Ducreux, sa niepee, aagée d’environ quinze ans, fille de deffunt Jean-Baptiste Ducreux et de damoiselle Geneviève Bélain, sa femme, en premières nopces, et à présent femme dud. s. Phelippart; et, en cette qualité, led. s. Phelipart, au nom et comme tuteur de lad. Marie- Anne Ducreux, sa belle-fille, pourquoy il nous requiert, en lad. qualité, à la conservation des droits de sad. mineure, de nous transporter présentement avec luy en lad. maison où led. s. Michel-Joseph Ducreux est déceddé à l’eftect d’apposer nos scellez sur tous les biens et effects.

Pareille requête est faite par Marguerite Pintevel, veuve dud. s. Ducreux, tant à cause delà communauté

MICHEL-JOSEPH DUCREUX

de biens qui a esté entre led. deffunt et elle, que comme sa donnataire mutuelle par acte passé devant Laurier et son confrère, notaires, le 29 mars 1698.

Parmi les meubles en évidence se trouvent :

Douze tableaux représentans des portraits, dans de vieilles bordures de bois doré.

Dans une chambre ayant veue sur Teaue, dont partie sert de cuisine : Huit planches... sur lesquelles se sont trouvés plusieurs moules de plâtre propres à faire des visages et des masques concernans le commerce dont se mesloit led. deffunt; plus, trois douzaines de masques finis, pendus au plancher, et deux douzaines ou environ d’autres masques en carton non encore peints. Plus, sur des tablettes dressez dans led. endroit contre la muraille, plusieurs moules de plâtre et de carton propres à faire des masques ou des testes, et deux testes d’hommes en cire colorée avec une grande figure à l’antique à plusieurs faces de papier peint.

Dans deux petites chambres au troisième étage où couchent les domestiques du deffunt et une jeune damoiselle que l’on nous a dit estre une fille naturelle du deffunt, avons mis nos scellés... pour la conservation non seullement de quantité de moules, figures, tant en plâtre qu’autrement, estans en lad. chambre, que des effets qui peuvent estre dans un grenier au-dessus de lad. chambre, dont l’ouverture pour y monter est au dedans de lad. chambre; et dans lequel grenier, que nous avons trouvé remply de touttes sortes d’ustanciles dud. art jusqu’au comble, nous n’avons pu distinguer ny connoitre, et dont la description auroit été trop longue à faire.

Et, voulant apposer nosd. scellés dans une autre chambre, à côté du magasin, séparée d’iceluy par une cloison, et qui a veue sur led. pont de Notre-Dame, où

MICHEL-JOSEPH DUCREUX

nous avons trouvé en évidence plusieurs habits et vêtements de balle et de mascarades que led. s. Philippart nous a dit appartenir aud. defifunt, ainsy qu’il le croit comme estans dans les lieux par luy occupez en lad. maison, et ayant ouy dire qu’il estoit en société avec le s. Candavoine, marchand tailleur d’habits ;

le s. Edouard-Louis Candavoine, marchand maître tailleur d’habits à Paris, ancien juré de sa communauté, que nous avons trouvé dans lad. chambre, nous a dit qu’il empesche formellement l’apposition de nosd. scellés sur l’armoire estant dans lad. chambre, où sont renfermés plusieurs habits , tant de ville que de bail, attendu qu’il en est propriétaire et loccataire de lad. chambre suivant le bail à luy fait par led. defîunt s. Ducreux, passé devant Balin, notaire à Paris, le 3o juin lyrS, lequel il nous a exhibé; qu’à la vérité il y a dans deux petits guischets d’armoires fermens à clef plusieurs masques appartenans au s. Ducreux pour faire plaisir..., lesquels masques il consent estreprésentement remis dans le magasin dud. s. Ducreux.

(La propriété de ces habits étant contestée par le s. Phelippart, il en est dressé un état sommaire afin d’éviter l’apposition des scellés, en attendant le référé requis par les parties.)

Le mercredi, i6 janvier, la levée des scellés est demandée par damoiselle Marguerite Pinthenet, veuve dud. s. Ducreux, qui désigne m® Paul Ballin, notaire au Châtelet, pour faire l’inventaire, et le s. Sébastien Duprc, huissier priseur, pour la prisée des meubles, marchandises et ouvrages de l’art et profession du s. Ducreux, sur l’avis de Victor de la Haye., maître peintre et sculpteur à Paris, y demeurant, quay de l’Escolle. A ce der-

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nier, les s. et dame Phelippart adjoignent le s, François Leroy ^ maître peintre sculpteur à Paris.

Incontinent, les experts nommés procèdent à la prisée et à rinventaire des marchandises, des masques et ouvrages tant de cire qu’autres.

Dans le grenier se sont trouvez quantité de moules et figures, tant de plâtre que de carton, que lesd. experts ont estimé n’estre d’aucune valeur ny utillité. . . Et néantmoins, après Pexamen fait de tous lesd. moules et figures, lesd. Leroy et De la Haye^ artistes sus-nommez, ont estimé et prisé le tout valloir ensemble la somme de vingt livres.

Puis il est procédé à l’inventorié de quelques pièces de vaisselle d’argent trouvées dans un coffre de bahu carré couvert de cuir noir, notamment de 6 cuillères et 6 fourchettes d’argent.

Lejeudy, 17 desd. mois et an, comparaît m« François- Sébastien Defoy le jeune, procureur de Margueritte Germain, fille jouissante de ses droits, qui nous a dit qu’il s’oppose à nosd. scellez pour estre payé de la somme de trois mille livres, portée en l’obligation sollidaire dud. deffunt et de lad. damoiselle Marguerite Pinthenet, à présent sa veuve, passée devant m® Moltrot et Ballin, notaires à Paris, le 7 janvier 1715.

Le samedy 19, lesd. s. et dame Phelipart, esd. noms, ont réitéré leurs protestations, tant pour raison des recelez et divertissemens qui ont esté faits, que pour la prétendue qualité prise par lad. dame Marguerite Pinthenet en qualité de veuve dud. Ducreux, leur prétendu mariage ayant esté illégitimement contracté, ainsy qu’il paroist par la prétendue célébration de mariage qui est la première cotte dud. inventaire; protestant pareillement que le prétendu don mutuel ne poura nuire ny

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préjudicier à leur mineure, comme une suitte de la nullité de lad. célébration de mariage ; comme encore ils réitèrent leurs protestations pour faire déclarer nul le prétendu acte obligatoire fait par led. Ducreux^ in extremis, au proffit de la nommée Germain, sa fille naturelle. Quant à la prétention du s. Louis Candavoine, lesd. Phelippart et sa femme, esd. noms, soutiennent qu’il doit présentement justiffier et exhiber les pièces sur le fondement desquelles il prétend la propriété des habits de masque qui sont dans une petite chambre attenant le magasin dud. deffunt Ducreux, attendu que le led. Candavoine ne demeure point dans lad. maison où nous sommes, et qu’il est constant qu’il ne faisoit que prester son nom aud. deffunt Ducreux pour faciliter son commerce de vente de masque et louage d’habits de masque.

Et par lad. veuve Ducreux a esté dit que la contestation d’entre lesd. Phelippart et sa femme et led. Candavoine ne le regardent point, ayant connoissance que son mary a rendu aud. Candavoine les habits de masque.

Et par lesd. Phelippart et sa femme a esté répliqué que l’intelligence est visible entre la prétendue veuve Ducreux et led. Candavoine...

(Arch. nat., Y 15424.)

LOUIS-ARMAND DE SALIGNON

SCULPTEUR DU ROI

17 septembre lyiS.

Un sculpteur du Roi qui occupe ses loisirs à vendre des grains, cela se voit rarement et ne donne pas une haute idée des talents de l’artiste. C’est le cas à’ Armand de Salignon qui, malgré les prétentions de son nom, paraît avoir vécu dans un milieu très

LOUIS-ARMAND DE SALIGNON

modeste et très bourgeois. Au surplus, notre sculpteur a peu fait parler de lui, et on aurait peine à retrouver son nom chez les auteurs contemporains} Jal lui-meme ne l’a pas rencontré sur sa route, c’est dire qu’on le chercherait vainement dans les Dictionnaires biographiques. Les renseignements fournis par le procès-verbal d’apposition et de levée de scellés sont donc tout nouveaux.

Louis-Armand de Salignon, qualifié du' titre de sculpteur du Roi, meurt le mardi 17 septembre 1716, sur les quatre heures du matin, en une maison de la rue Saint-André-des-Arts, dans un appartement au premier. Son gendre, Etienne Desgombers, maître potier d étain, demeurant rue de la Petite-Truanderie, requiert du commissaire Joseph Frémyn l’apposition des scellés pour la conservation des droits de sa femme, Louise de Salignon.

Les autres enfants du défunt sont : Angélique de Salignon, mineure} Elisabeth Salignon, femme de François Huon, marchand de vin, rue Saint-Nicaise } Geneviève Salignon, femme de Michel-François Lisquy, marchand grainier} Anne Salignon, femme de Joseph Sorin, maître calotier, toutes filles de Louis- Armand de Salignon.

La description du mobilier signale un crucifix de marbre, sur sa croix aussi de marbre, et un autre de plâtre, sur une croix de bois noir, sans doute le modèle du précédent et peut-être l’œuvre du défunt. L’article suivant mérite d’être cité :

« Sommes ensuite passé dans la boutique, où estant, s’estant « trouvé des marchandises de grainier, de laquelle profession « led. deffunt se mesloit conjointement avec lad. Angélique, sa (( fille, desquelles marchandises lad. Angélique nous a dit avoir « besoin pour son négoce... »

L’argenterie se compose de six fourchettes, quatre cuillers et deux couteaux à manches d’étain. On trouve en espèces, dans différents meubles, trente-trois sols en monnaie, quatorze écus à 3 liv. 20 sols, une pièce de trente-cinq sols, une de dix-sept sols, six deniers, un louis d’or de quatorze livres et un demi-louis d or de sept livres et quelqu autre vaisselle d’argent inventoriée dans l’inventaire dressé par Louis Doyen, notaire à Paris.

Les héritiers se préoccupent surtout de rechercher dans les papiers un billet delà somme de 3,822 livres des fermiers généraux, pour le faire viser conformément aux édits et déclarations.

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afin d’en éviter la perte. Le billet est trouvé, confié au s. Huon pour le visa, rapporté par lui et inscrit à l’inventaire.

La mineure Angélique de Salignon procède sous l’autorité de son tuteur, J. -B. de Lamare, épicier à Paris. Antoine de la Foy, maître cordonnier, représente, en qualité de tuteur, Etienne Desgomberts de Grandmaison, fils d’Etienne Desgomberts de Grandmaison et de Louise-Antoinette Salignon, sa femme.

(Arch. nat., Y 11445.)

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