‹ Scellés et inventaires d'artistesChapitre 92 sur 154 · RENÉ CHARPENTIER. 27 I · texte numérisé non relu

RENÉ CHARPENTIER. 27 I

a tous les droits pour figurer parmi les artistes oubliés Raison de plus pour recueillir les renseignements biographiques, si brefs qu’ils soient, fournis par le procès-verbal d’apposition et de levée de scellés.

René Charpentier, sculpteur ordinaire du roi et de l’Académie, meurt le ii mai 1723 sur les midi, chez le cousin germain de sa femme Marie Le Henin, décédée avant lui. Ce cousin germain, nommé Charles Heurtier, prêtre habitué en l’église paroissiale Saint- Roch, habitait, rue Saint-Roch, une maison à porte cochère, dite le Presbytère. Charpentier, se sentant malade et ayant perdu sa femme, était venu lui demander asile un mois auparavant. C’est donc sur la requête de Charles Heurtier, et pour la conservation des droits des trois enfants mineurs du sculpteur, Marie-Anne, René et Jeanne, placés sous la tutelle de Claude Dauzart, marchand de vin à Paris, rue de la Savaterie, que le commissaire Vincent Laurent se transporte au domicile du défunt, rue Saint-Honoré, près la porte, en une maison visà-vis le cul-de-sac de l’Orangerie, pour y apposer ses scellés.

Peu de meubles, voici les principaux : quatre tableaux dont un portrait, dans leurs bordures de bois doré; un bénitier sculpté en bois; deux bustes de marbre dans leur bordure de bois; une tapisserie de point de Hongrie. Il est vrai que le s. Heurtier déclare avoir reçu du défunt déjà malade i35 livres en trois louis d’or, 65 livres en pièces de cinquante sols, et loo livres en pièces de vingt-cinq sols; plus six cuillers et six fourchettes d’argent, poinçon de Paris, un tire-bouchon d’argent dans son étui de chagrin, une boucle de ceinture et deux petites boucles de souliers d’argent, un cachet portant les lettres R C, aussi d’argent ; une petite bague garnie d’une pierre violette avec deux petits diamants aux deux côtés, une branlante garnie de quatre diamants et une médaille d’argent représentant d’un côté Louis XIV et de l’autre une devise datée en bas de 1643.

L’inventaire des meubles et effets et des outils servant à la profession de sculpteur est fait par le notaire Gérard-Claude Bapteste, assisté pour la prisée de Pierre Revel, huissier commissaire-priseur, de l’avis de Nicolas Montéant, maître sculpteur à Paris, rue de la Ghauverrie.

(Arch. nat., Y i532o.)

I. Emile Bellier de la Chavignerie, dans son Dictionnaire, consacre une courte notice à Charpentier qui travailla à l’église Saint-Roch, à Saint-Landry et au château de Postdam.

CHARLES PETIT

CHARLES PETIT

MAITRE PEINTRE

2 août 1725.

Apposition descellés, le jeudi 2 août 1725, sur les dix heures du matin, par le commissaire Pierre Regnard, sur les biens et effets de Charles Petit, maître peintre, décédé en une maison du pont Notre-Dame où pend pour enseigne l’enfant Jésus; à la requête de Charlotte Burnel, veuve dud. défunt, commune en biens et donataire mutuelle.

Meubles en évidence : tenture d’une chambre composée de quinze aunes de tapisserie verdure; vingt-cinq tableaux de différentes grandeurs, paysages et histoires, dont partie dans leuis bordures. Dans un magasin : quatre-vingt-dix-sept bordures de bois doré, tant grandes que petites; un tabernacle, son dôme, et une exposition de bois doré; six vieux tableaux sans bordure. Dans la boutique : un tabernacle doré et une exposition prête à dorer ; cinquante-un tableaux, tant en bordures que sans bordures, représentant différents sujets d’histoire. Dans la cuisine . dix-sept tableaux sans bordure; deux bordures ovales, quatre carrées. Plus deux cuillers, deux fourchettes et une tasse à gondole d’argent.

L’inventaire est fait par le notaire Charles Dupuys, et la prisée par Dupré, huissier-priseur, de l’avis des s” Etienne Goulet, maître peintre à Paris, demeurant sur le quai de Gesvres, et Etienne Desrais, aussi maître peintre, demeurant sur le pont Notre-Dame, appelés pour estimer les marchandises de la profession de peintre trouvées, tant dans la cuisine, boutique, que chambres des i®*', 2® et 3® étages et dans le laboratoire au quatrième.

La veuve seule se présente pour recueillir la succession en vertu de la donation mutuelle passée par-devant Dionis et Dupuy, notaires, le ii août 1720.

(Arch. nat., Y i5232.)

HENRI BEDIÉ

HENRI BEDIÉ

MAITRE PEINTRE

22 mars 1726.

L’énumération des objets trouvés en évidence au domicile du sieur Bedié nous renseigne suffisamment sur la nature de ses occupations ordinaires. A coup sûr, il ne peignait pas les tableaux qu’il vendait; tout au plus se mêlait-il parfois de restaurations; au commerce des peintures il paraît aussi avoir joint celui des vieux meubles. Nous avons affaire en somme à un véritable marchand de curiosités, comme on dirait aujourd’hui.

Si la personne du défunt, mort le vendredi 22 mars 1726, sur les trois heures, rue Neuve-Saint-Martin, paroisse Saint-Nicolasdes-Champs, offre peu d’intérêt, l’énumération des marchandises nous a paru curieuse et nous lui conserverons la forme sous laquelle elle nous est parvenue.

En mourant, le s. Henri Bedié laissait une veuve, Geneviève Bornât ou Bonnat, et cinq enfants mineurs : Edmée, Marie-Henriette, Claude-Henry, Elisabeth et Geneviève-Philippe. Cette dernière, âgée de dix-sept ans, était l’aînée. La veuve avait été nommée tutrice de ses enfants aussitôt après la mort de son mari, par sentence du Châtelet homologuée le 1“' avril.

Plusieurs créanciers se présentent pour réclamer des sommes prêtées au défunt. L’un d’eux avait reçu en nantissement d’un prêt de 3, 000 liv. un contrat de rentes sur la Ville.

L’inventaire est fait par le notaire François-Noel de Marandel et la prisée par J.-B. Benjamin Petit, huissier priseur. Le s. Jacques-René Pelletier, maître peintre à Paris, domicilié sur le pont Notre-Dame, est appelé pour donner son avis sur le prix des marchandises.

Après l’inventaire des papiers (12 avril), il est convenu que la vente des meubles, tableaux et autres effets de la succession aura lieu à bref délai.

Voici l’énumération des objets dignes d’être signalés, trouvés en évidence par le commissaire Joseph Langlois, lors de l’apposition des scellés :

NOUV. AUCH. de l’art FR. l883

HENRI BEDIÉ.

Dans une petite chambre d’entrée : deux pièces de tapisserie à personnages.

Dans une salle basse au rez-de-chaussée derrière la boutique, s’y est trouvé une grande armoire à buffet de bois de chesne à quatre guichets,..; dans les guichets d’en bas s’y est trouvé un petit cabaret en façon de la Chine...

Plus s’est trouvé dans lad. salle ; une orloge ; six portraits dans leurs bordures ovalles de bois doré; un tableau sur toille représentant la Sainte Vierge et le petit Jésus dans la crèche; un tableau servant à mettre au-devant d’une cheminée, sans bordure.

Dans la boutique s’est trouvé : un dessus de table de marbre jaspé de 4 à 5 pieds de long, posé sur son pied de bois carré ; un autre dessus de table aussy de marbre jaspé, posé sur son pied de bois sculpté ; un troisième dessus de table de marbre dont la bordure est d’un marbre blanc et le millieu jaspé, posé sur son pied de bois tourné ; un quatriesme dessus de table de marbregris, posé sur son pied de bois carré d’environ quatre pieds de long; quatre figures de plâtre bronzé, posez sur leur termes en bois, peint en marbre...-, un tableau peint sur toille sans bordure représentant plusieurs figures groteste du nombre desquels est un Arlequin et un Scaramouche ' ; un autre tableau dans une bordure de bois sculté non doré, représentantuneyeMne/emme en manière de fantaisie ; un autre tableau carré représentant une vieille femme dans sa bordure de bois doré; un autre tableau dans sa bordure dorée antique, représentant une bataille; un autre représentant quatre figures dont une avec un tambour de basque^ dans sa bordure non dorée;

I . Sujet qui rentre dans le genre des peintres de fêtes galantes alors dans toute leur vogue.

HENRI BEDIÉ.

un Crist de plâtre bronzé sur un cadre de bois noircy; deux autres tableaux dans leurs bordures dorez représentant S'- Pierre et Paul ; un autre représentant un Vieillard et trois autres figures qui s’embrassent^ dans sa bordure dorée d’environ deux pieds et demy de long, la bordure comprise ; un chandellier à branche de bois doré ; trois autres petits tableaux en paysage dans leurs bordures de bois doré de i3 à 14 pouces de long quant aux toilles ; un autre petit tableau représéntant la Vierge et le Petit Jésus, sans bordure ; un autre grand tableau représentant la Flagellation; plus un petit miroir à toilette dans sa bordure de noyer orné de plaque de cuivre bronzé ; sept grandes tasses de porcelaine sur leurs consolles de bois doré ; un autre tableau représentant plusieurs personnages et nuditez, dans sa bordure de bois doré de 2 pieds quelques pouces de long; deux petites bordures neuves de bois doré.

Et nous a lad. veuve déclaré qu’à l’égard du tableau représentant la Vierge et le Petit Jésus sans bordure, il n’apartient point à la succession mais bien au s" Chedeville, avec une des bordures dorées cy dessus par nous descrites.

En effet, vers la fin des opérations, le 9 avril, se présente devant le commissaire

Le sr Michel Chedeville, officier de M. le mareschal de Berwûck, demeurant à Paris, rue S. Dominique, fauxbourg S. Germain, qui a dit qu’il s’oppose à nosd. scellés pour la réclamation qu’il fait d’un tableau peint sur toille, représentant une Vierge et le petit Jésus couché de son long dans un lins eul sur son giron, peinture d’Italie, àlui appartenant, qu’il a donné au s.Bedier de son vivant, tant pour y mettre un cadre de bois doré

2y6 HENRI BEDlÉ.

que pour retoucher l’enfant Jésus qui avoit esté gasté, lequel tableau il requiert luy estre rendu.

(Arch. nat., Y i5433.)

ANTOINE COYSEVOX (la veuve d’)

SCULPTEUR ORDINAIRE DU ROI

4 septembre 1726.

Au défaut du scellé d’Antoine Coysevox qui ne s’est pas retrouvé dans les liasses des commissaires au Châtelet, voici celui de Claude Bourdict, sa veuve, morte le mercredi 4 septembre 1726, dans un appartement de la rue Sainte-Appolline, au premier étage. Le moindre détail prend de l’intérêt quand il s’agit d’un personnage célèbre ; aussi avons-nous extrait de ce procès-verbal toutes les indications précises qu’il renferme sur la famille ou l’intérieur de la veuve du grand sculpteur.

Parmi les objets enregistrés par le commissaire Louis-Jérôme Daminois, il faut signaler :

Une pendule sonnante dans sa boîte de marqueterie.

Un Christ de bronze sur sa croix de bois d’ébeine; un petit tableau de dévotion et trois autres portraits dans leurs bordures de bois doré.

Trois tableaux portraits dans leur bordure de bois doré ; une médaille d’homme sur pierre dans sa bordure de bois.

Sur un bureau de bois de rapport à fleurs ; deux bronzes à.Q\d Renommée^ en regard, chacune sur un cheval ailé' .

Deux tableaux de feu M. Lebrun, représentant des Batailles dans leur bordure de bois doré, placés dans la chambre où couche le s. Coysevox de Grécour, fils de lad. dame, quand il est à Paris.

I. Evidemment des réductions en bronze des deux groupes placés aujourd’hui à l’entrée du jardin des Tuileries, du côté de ia place de la Concorde.

ANTOINE COYSEVOX (VEUVE d’). 277

C’est tout pour le mobilier. Sans doute les fils de l'artiste s’étaient partagé après sa mort les objets d’art trouvés dans sa succession.

Notre acte nous donne les noms et qualités des héritiers de la dame Coysevox. C’est à peu près la liste que Jal a dressée d’après des actes de la Bibliothèque nationale, portant la date de 1722. Une des filles a changé de nom. Elle s’est remariée depuis 1722. Voici l’énumération des enfants de Coysevox à la date de la mort de leur mère.

1° Charles Coysevox, écuyer, seigneur de Brécourt, chevalier de l’ordre de S* Louis, capitaine au régiment de Navarre.

2° Suzanne Coysevox, épouse de Jean Hébert, écuyer, commissaire ordinaire des guerres, seigneur de Crossonsac (Jal ne lui connaissait pas ce titre) domicilié à Nantes. C’est elle qui requiert l’apposition des scellés, se trouvant seule à Paris au moment de la mort de sa mère.

30 Pierre Coysevox, ingénieur en chef de Sa Majesté Catholique, représenté par Guillaume Coustou, sculpteur ordinaire du Roi, etc., en vertu d’une procuration passée à Porto, le 8 novembre (La levée des scellés n’a lieu que le 17 décembre).

4" Jean Coysevox, escuyer, capitaine de la première compagnie du régiment royal artillerie de S. M. Catholique, représenté par sa tante, Marguerite Bourdict, épouse de messire Claude Tiquet de Chambon, major du régiment de cavalerie de Villeroy, demeurante rue S‘® Apolline, en vertu d’une procuration passée à Barcelone le 10 octobre dernier.

5° Claude Coysevox, veuve du s*' Comte d’Angevillers depuis 1722, et remariée à Georges Delahaye, écuyer, s® du Marais, représentée par Michel Semel, bourgeois de Paris, demeurant rue de l’Arbre-Sec.

Quelques oppositions sans intérêt, dont plusieurs frappant la

278 ANTOINE COYSEVOX (vEUVE d’).

part à revenir à la dame veuve d’Angevillers. Suzanne Goysevox, femme Hébert, réclame 71 3 livres pour la pension et nourriture de sa mère, et pour frais et dépenses extraordinaires pendant la maladie dont elle est morte; plus 100 livres « qu’elle a payées « pour un cartault d’excellent vin de Bourgogne que la défunte « a voulu avoir. » Restons sur cette amusante particularité, d’autant plus que le procès-verbal ne fournit pas de détails sur la pesée de la vaisselle d’argent, ni sur l’inventaire des titres et papiers clos le 19 décembre.

(Arch. nat., Y iiôôy.)

NICOLAS DEZÈGRE

Page 1