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PEINTRE EN EMAIL DU CABINET DU ROI

6 février 1727.

Apposition de scellés, le jeudi 6 février 1727, par le commissaire Charles Devif, sur les effets du s. Charles Boit, peintre en émail du Cabinet du Roi et de l’Académie royale de peinture et de sculpture, originaire de Stockholm en Suède, décédé sur les deux heures et demie de l’après-midi, en une maison de la rue du Petit-Bourbon, quartier du Luxembourg, appartenant à la dame de Barillon; à la requête de messire Lambert-Guillaume- Gaspard d’Aubigny, chevalier, prieur ecclésiastique des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, demeurant en la même maison, nommé par le testa-

CHARLES BOIT

ment du défunt, reçu la veille par Dulyon et Duport, notaires à Paris, tuteur des trois enfants mineurs 1 qu’il avait eus de Anne- Marguerite Williart, sa femme, décédée avant lui, avec le s. Henry Varnier, procureur au Châtelet, comme subrogé- tuteur « attendu que le défunt s. Boit n’avoit aucuns parens en France. »

Parmi les objets trouvés en évidence, on remarque :

Dans la chambre oü est décédé le défunt ; trois pièces de tapisserie verdure; un Christ d’ivoire sur sa croix de bois noirci posée sur un pied de terre rouge.

Dans une antichambre ; un grand tableau, peint sur toile, dans sa bordure de bois sculpté doré, représentant Judith.

Dans une chambre attenant, ayant vue sur la rue du Petit-Bourbon : quatre pièces de tapisserie verdure; deux tableaux peints sur mille dans leurs bordures de bois sculté doré, représentants les portraits desd. defîunts sieur et damoiselle Boit; une boiste ronde de marbre blanc; un cabaret de la Chine, posé sur quatre pieds, garny de onze soucoupes, neuf tasses et trois theyères de porcelaines fines de différentes grandeurs, couvert d’un mouchoir de mille; un tapis de Turquie de six pieds environ de long sur quatre pieds aussy environ de hault, estendu sur le plancher de lad. chambre.

Dans la chambre où led. deffunt faisoit son laboratoire : trois tables de bois de chesne ; un clafifesin monté sur son pied de bois noircy, garny de ses ustancils et couvert de mille cirée; un tableau peint sur mille, dans sa bordure de bois sculpté doré, représentant une Vénus; un autre tableau, aussy peint sur mille, représentant des fruits, sans bordure; un autre tableau, aussy peint sur toille, dans sa bordure de bois sculpté doré, représentant

I. Alexandre, âgé de quinze ans, Anne, âgée de treize ans, et Charlotte, âgée de sept ans. Ces détails sont fournis par le présent procès-verbal.

CHARLES BOIT

deux Amours qui s’' embrassent ; deux autres tableaux en pastel, représentants, Pun le portrait du roy Louis Quinze et l’autre celuy de la Reine son épouse^ dans leurs bordures de bois doré uny de différentes formes et couverts chacun d’une glace; un autre tableau, aussy en pastel, représentant seullement une teste de femme^ dans sa bordure de bois brun uny, couvert d’une glace.

Après laquelle description desd. tableaux, led. s. abbé d’Aubigny nous a déclaré que les trois en pastel cy-dessus mentionnés appartiennent au s. Lowemberg^ peintre en pastel de sa Majesté, qui les a confiés aud. deffunt pour en faire des portraits en émail, de quoy il a parfaitte connoissance, et a signé :

l’abbé Daubigny.

Plus, s’est trouvé en évidence dans lad. chambre ; un pulpitre de bois de noyer sur lequel led. delfunt travailloit ; une statue de piastre en model, représentant un Hercule; trois chaises de paille; un autre grand tableau peint sur toille, sans bordure, représentant une femme avec un amour à ses pieds; un trictrac de bois noircy dans lequel sont renfermés des damiers d’ivoire et d’ébaine et deux cornets de corne; deux chevalets de bois blanc pour la peinture, l’un grand et l’autre petit.

Déclare led. s. abbé d’Aubigny que led. delîunt luy a mis ez mains, il y a environ deux jours, un blanc signé en parchemin pour recevoir au Trésor royal ce qu’il plairoit à Sa Majesté luy accorder à compte de ce qui luy estoit deu.

Ce fait..., les meubles cy-devant descripts, plus cinq cuillières, cinq fourchettes, deux goblets en timballes, quatre petites cuillières à caffé et une percée pour prendre le sucre, le tout d’argent, sont restées en la garde et possession dud. s. abbé d’Aubigny.

CHARLES BOIT

Pendant le cours des opérations, le tuteur nommé par le testament apprend que le conseil de famille a désigné comme tuteur le s. Georges Kennedy, écuyer, demeurant rue du Petit- Lion, à l’hôtel Saint-Michel, et comme subrogé-tuteur le s. Thadée de Mahony. Après quelques contestations, le s. d’Aubigny cède la place au tuteur datif sur la réquisition duquel il est procédé à l’inventaire par m° de Savigny, notaire, et Peret, huissierpriseur.

Vingt-sept oppositions. Il suffira d’indiquer celles qui offrent de l’intérêt à un titre quelconque. Parmi les opposants se présentent :

Nicolas-F'rançois Picard, maître peintre à Paris.

Jean Desnoue, raccommodeur de clavecins à Paris, demeurant rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, réclamant i3 livres, savoir : 8 livres pour avoir raccommodé le clavecin des enfants du s. Boit, et 5 livres pour leçons données par sa femme à la fille cadette du défunt.

Gabriel Fontaine, peintre en émail, rue du Four, réclamant une somme de 33g livres.

Sœur Claude Ghicoisneau, de la communauté de Saint-Joseph, rue Saint-Dominique, demandant la somme de i35 livres, due à ladite communauté pour la pension de ladite Charlotte Boit.

Nous passons sous silence les oppositions des fournisseurs ordinaires, boucher, boulanger, marchand de vin, du propriétaire, des simples prêteurs, etc.

Jean Pierre, marchand joaillier à Paris, quai de la Mégisserie, réclame g5 livres pour fourniture et monture de petits diamants.

Le s. d'Aubigny vient aussi demander la restitution d’une somme de 3oo livres qu’il avait fait prêter au défunt par le s. Arburthnot, banquier à Paris, rue de la Jussienne, pour sûreté de laquelle le s. Boit avait remis en gage une montre d’or à double boîte avec sa chaîne, aussi d’or, et deux cachets de pierres gravées. — Plus une somme de 260 livres prêtée par le s. Dupin, écuyer, rue Neuve-des-Bons-Enfants. — Plus 100 liv. prêtées par le s. Couvet, banquier, rue Saint-Martin, qui a reçu en nantissement les bijoux suivants : « une bague garnie d’une pierre vermeille et de plusieurs petits diamants rosettes, montée en or, une autre bague d’un petit rubis taillé en cœur, garnye de plu- NOUV. ARCH. DE l’aRT FR. l883 IQ

CHARLES BOIT

sieurs petits brillants, une paire de boucles d’oreille d’or à simple cadenas, une autre paire de boucles d’oreille aussi d’or, garnie chacune d’un petit bi’illant, et un bracelet de cheveux garni d’un petit cristal. » Ces diverses sommes empruntées dans les derniers jours de la vie du s. Boit, mort à l’âge de soixante-quatre ans, lui étaient sans doute nécessaires pour subvenir aux besoins journaliers.

En outre le s. d’Aubigny déclare avoir dépensé la somme de 120 livres depuis la mort du s. Boit en faveur de la succession.

Vient ensuite un article qui renferme une énumération de portraits en émail, très probablement de la main du défunt. Pour cette raison cet article mérite d’être reproduit textuellement :

Est encorre comparu led. s. abbé de Mahony lequel déclare qu’à l’instant du déceds et pendant l’agonie dud. deffunt s. Boit, le comparant qui estoit présent a envoyé chercher le R. P. Dom Jacques, bénédictin anglais, entre les mains duquel lui et led. s. abbé d’Aubigny luy ont remis entre les mains : une montre d’argent 5 deux portraits, l’un d’homme, l’autre de femme, en émail-, le portrait de la dame Walpol en émail; celuy de monseigneur le cardinal de Noailles, aussy en émail, non finy; celuy de madame Bourlington, aussy en émail; un autre portrait d’homme; un petit portrait de la reine Anne d’Angleterre , en bas-relief ; un autre portrait de Louis XIV, aussy en bas-relief; trois portraits de la Reine de France en émail; un portrait du roy Louis Quinze, aussy en émail non finy, un autre portrait de lad. deffunte dameRoîf, aussy en émail, dans un était de chagrin ; un autre portrait d’homme, dans un étuit; un autre portrait d’un vieillard dans son étuit, un autre portrait de madame la princesse de Galle dans son étuit; un autre portrait du Xar de Moscovit [sic) ; quatre portraits en mignature d’hommes et de femmes, et un autre avec son étuit; le portrait dud. deffunt

BV ii-ii

CHARLES BOIT

sieur Boit en émail; un autre portrait d’une femme en émail, avec son étuit d’argent ; un paire de boutons d’or ; une bague avec une pierre de rubis ; une paire de boucles d’oreilles de deux rubis ; l’anneau de mariage de lad. deffunte damoiselle Boit^ d’or, et un étuit à lunettes doré ; le tout que led. s. comparant promet faire représenter touttes fois et quand il en sera requis pour estre inventorié aud. inventaire; comme aussy promet led. s. comparant représenter, quand il en sera requis, un portrait pour servir de dessus de tabattière en émail, qu’il a en sa possession, pour estre aussy inventorié aud. inventaire, led. portrait représentant une Dianne et un Cupidon qui enchaîne un Satire^ et a signé ces présentes :

Thad. de Mahony.

Suit l’opposition du R. P. dom Jacques Buckley, prêtre, religieux bénédictin anglais et procureur de la maison dud. ordre, sise grande rue du Faubourg-Saint-Jacques, pour raison de ce qui est dû à ladite maison pour la pension du fils aîné du défunt. Le même rapporte les objets déposés entre ses mains par le s. Boit, suivant ce qui vient d’être dit. Ces objets sont laissés en la garde de s. Jean-Baptiste-Joseph Languet de Gergy, docteur en Sorbonne, curé de Saint-Sulpice.

Une gouvernante des deux filles, nommée Anne Maccaulif, réclame la somme de 22 livres lo sols.

Enfin, après quelques incidents sans intérêt, le s. d’Aubigny vient déclarer qu’il a rendu au s. Lowemberg, peintre en pastel du Roi, deux tableaux en pastel représentant l’un le portrait du roi Louis XV, et l’autre une tête de femme, dans leurs bordures, ajoutant qu’il s’est trompé en disant que le portrait de la Reine en pastel appartenait aussi au s. Lowemberg, tandis qu’il fait partie de la succession du s. Boit.

(Arch. nat., Y iSyfiy.)

LOUrS BARRILLET.

LOUIS BARRILLET

MAITRE PEINTRE

2 mai 1727,

Apposition de scellés, le 2 mai 1727, après le décès de Louis Barrillet, maître peintre à Paris, en son domicile, rue du Gros- Chenet; à la requête de sa veuve, Marguerite Auger, mariée en premières noces à Pierre le Roy, et de ses filles, Marie Barrillet, femme de Pierre Baston, cordonnier, et de Marie-Suzanne Barrillet, femme de Pierre du Rousoy, maître peintre, issues du premier mariage de Louis Barrillet avec Suzanne Hutan.

Opposition de Claude Le Roy, maître palefrenier des écuries du Roi, pour le payement de la somme de 2,078 livres 12 sols g deniers pour reliquat de compte de tutelle.

Autre opposition de Marie Sauvage, veuve de René Carré, sellier-carrossier, pour la somme de i,o3o livres due par obligation du 26 février 1723.

Le mobilier en évidence comprend treize tableaux grands et petits représentant divers sujets.

L’inventaire est fait par Claude Charles, notaire au Châtelet.

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