CINCINNATI. S
bitioBne Tadmiration des étrangers. Son commerte est florissant au plus haut degré ; ses rues et ses places publiques ont été tracées avec une beauté symétrique qui rappelle l'élégance recherchée de Philadelphie; sa position est ravissante : elle s'élèvB en forme d'amphithéâtre > sur un vaste pro* montoire renflé^ s'avançant dans la rivière de rOhio, qui semble embrasser en quelque sorte , par les trois quarts d'une circonférence, cette cité reine. Lorsque madame TroUope visita Cincinnati en 1 8S7, sa population n'était que de 2à ,000 Ames. J'y ai trouvé, en moins de vingt-cinq ans, plus tard, 109,000 babitants. La source principale de sa richesse consiste dans la quantité quasi-fabuleuse de viande de porc qu'elle exporte annuellement. Après les jambons de la Virginie, ceux de Cincinnati occupent le premier rang dans l'esprit du public américain. L'on y tue, en moyenne, SOO,000 cochons par an ; et, en 1851, le chiffre est monté à 700,900. C'est en hiver et au printemps que ces animaux sont abattus. A cette époque, les infDrtunés locataires des maisons avoisinantes des abattoirs ont grand' peine à se résigner au bruit sut generis qui leur déchire sans cesse les oreilles ; car c'est par douzaines à la fois que les victimes reçoivent le coup de mort.
Gomme la couche de graisse dont leur chair est revêtue est très-épaisse , l'on en utilise la moitié fom 1m fabrication d'une huile à brûler excellente
k SCÈNES AMÉRICAINES.
qui s'obtient par la simple pression. Une portion de cette huile sert, à son tour, pour la distillation du gaz à éclairage ; mais cette dernière opération \^ restera, comme on le devine, restreinte dans des i] limites étroites , faute de matière suffisante. Du ^i reste, Cincinnati est splendidement éclairée cha- ^ que soir par le procédé ordinaire. t
Cette ville possède un observatoire, qu'illustre, ." même en France, son savant directeur astronome, .i M. Mitchell, membre correspondant de l'Académie e des Sciences de Paris. Elle contient, en outre, une h cathédrale catholique , richement ornée à Tinté- p rieur. J'y ai remarqué un Saint Pierre, de Mu- rillo, qui avait été donné à l'ancien évêquedu J diocèse par le cardinal Fesch, oncle de l'empereur ; Napoléon. Au-dessus du maître-autel, l'on retrouve encore un rare Van Dyck, qui y fut envoyé par le roi Louis-Philippe. Pendant que je me trouvais dans l'enceinte d'une autre église catholique de Cincinnati, deux jeunes couples y recevaient simultanément la bénédiction nuptiale , du même i prêtre et au même autel : c'étaient des Allemands, j
Dans l'État où se trouve Cincinnati, je visi- ' tai Cleveland, port florissant de 15,000 âmes, f sur le lac Erié : en 1851, le chiffre de son com- f m^rce a été de dix millions de piastres. Je m'ar- i' rêtai aussi quelque peu de temps à la ville d'Erié, .?> autre port sur le lac du même nom : c'est là que ^ fut construite, en l'année 1812, la flotte du com- ^
PITTSBUR6. 5
modore Perry, qui allait mériter le titre de Vieiarietiseq}x' elle conservera dansrhistoire. Soixantedix jours avant celui où cette flotte fut prête pour l'action , le bois qui devait la constituer balançait ses rameaux et agitait son feuillage au fond des forêts voisines. Entre la petite ville d*£rié et l'importante ville de Pittsburg, il y a un service quotidien de stage-coaches. Pittsburg est avantageusement situé au confluent des rivières Monon-* ghahèla et AUeghany , — là précisément où l'Ohio prend naissance. Les célèbres usines et fonderies de Pittsburg sont placées hors de son enceinte ; elles forment un grand croissant tout autour , à la distance de 5 milles du centre de la ville : la population de cette dernière, y compris les travailleursdes usines, est présentement de 1 00,000 âmes.
L'on fabrique annuellement dans le voisinage de Pittsburg une quantité énorme de whiskey, qui ne le cède guère en qualité à celui de l'Irlande. Cette boisson alcoolique est désignée sur toute l'étendue de l'Union, sous le nom de Mononghahèla-whiskey ; car on l'obtient en distillant une espèce particulière de blé qui croît sur les bords de la rivière Mononghahèla.
Cincinnati est à 500 milles du Mississipi. Bien que j'eusse hâte d'aller saluer pour la première fois le <c Père des Eaux, » je m'arrêtai, en descendant le large Ohio , à Louis ville, la ville la plus considérable du Kentucky : elle renferme i7,000
habitants, et doit en partie, elle aussi, son im- V portance actuelle à Texportation des porcs. L*dfi ' a pu voir, il y a quelque temps, par les feuillM ^
américaines , que Louisville est la seule parmi les grandes cités dont la municipalité ait eu le boo sens de refuser unanimement les honneurs d'une réception officielle au magyar Kossuth. A peiBê i rOhio a-t-il achevé Tarrosement des wharfs ou quais de Louisville, qu*il se trouve barré d^iB bord à l'autre par une chaîne de rochers , dont les | sommets anguleux sont semblables à une scie de I géant, tant que la surface de Teau se maintient , à sa hauteur normale. Il en résulte une série de chutes écumantes , s^étendant sur toute la largeur < de la rivière. Il va sans dire qu'aucun bateau , | grand ou petit , à vapeur ou à voiles , n'oserait ' essayer de franchir ses chutes , dans l'état ordinaire du niveau. C'est pourquoi Ton a creusé dans •' la côte rocailleuse, à force de travaux pénibles et à 1^
grands frais, un canal très-profond, qui décrit une P
courbe de près de 8 milles de long, en amont et :!
en aval de la barre, sur la rive Kentuckyenne. •
11 n'est pas étonnant que chaque steamer qui se y
présente à Tune des entrées du canal soit obligé |'
de payer un droit de 100 piastres (500 francs) ; i
mais bon nombre de capitaines, dans le but d^ô- '
conomiser cette somme, préfèrent fréquemment '
exposer leur bateau au danger plus ou moins pro- |
bable du naufrage, pour peu que les chutes soient |