‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 33 sur 91 · VILLE DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

VILLE DE WASHINGTON

nière analyse, qu'une masse cassante et peu sonore. Trois fois par jour, au moment du déjeûner, du dîner et du souper, le vacarme extraordinaire, occasionné par les sons graduellement accélérés du tam-tam, fait croire à l'étranger nouvellement débarqué que le tonnerre gronde directement au dessus du toit de son hôtel.

A 2 milles nord de cette capitale, vous arrivez à un bourg , dont la position est ravissante , et dont le climat passe pour être beaucoup plus sain que celui de Washington ; c'est la petite ville de George-Town, qui rappelle à son tour l'illustre « Père de la patrie » ; il se nommait Georges- Washington (la syllabe town signifie ville). Les Jésuites ont un collège célèbre à George-Town, où bon nombre de jeunes Américains reçoivent une solide éducation. Au moment de quitter l'enceinte extérieure de Washington pour s'acheminer vers George-Town, on aperçoit tout près, sur la gauche, au milieu d'une charmante pelouse, l'Observatoire où passe le méridien d'où les Américains comptent leur longitude : pour eux, la ongitude de Washington est donc de 0% tandi3 jue pour le Parisien elle est de 79' 20'.

Tous ceux qui visiteront désormais la capitale îes États-Unis , n'y retrouveront plus ce qui en *aisait , lors de ma visite , la plus brillante parure ; ,e veux parler du général Taylor , le président le plus populaire et le plus aimé qui ait gouverné la

grande République depuis l'époque de Washiugton. Uo journal parisien a eu raison récemment, en parlant du général Taylor, de le comparer à un vieux romain , à quelque Curius ou quelque Cincinnatus, ressuscité dans les forêts du Nouveau-Monde, et d'ajouter que sa simplicité, sa franchise, ses manières ouvertes, la mâle concision de son langage et son héroïque bravoure lui avaient conquis tous les cœurs. Le jour où j'eus le bonheur de lui parler, dans son palais présidentiel , je ne songeais guère, en le voyant si plein de gaieté et de vie, qu'avant peu , celui qui avait été respecté , durant sa longue carrière , par les canons et les balles de tant de batailles, serait enlevé presque subitement par la mort ! « Qui Teùt dit ? — Qui l'eût cru *? » De Washington , où le brave vainqueur du Mexique rendit le dernier soupir , sa dépouille mortelle vient d'être transférée à sa plantation favorite de « Cypress^Grove » (Bosquet de Cyprès) , auprès de la ville de Natchez ; souvent il avait témoigné le désir d'y être enten4. Où vous voyez maintenant , sur cette plage lointaine du Mississipi , un casque et une épée gnwNh sur une simple tombe , qu'ombragent les sassafras et les fleurs de l'aubépine sauvage , là repose le héros du Rio-Grande et de Monterey I **. *

♦ Corneille (/^CW).

** Deux localités du Mexique, où le général Taylor remporta cle glorieuses victoires.

LE fiËHÉRAL TATLOR. 1/|9

Là, à l'aurore et au déclia de chaque jour, s'assemblent, en pleurs, les noires filles de l'Afrique, pour arroser d'une larme affectueuse et reconnaissante la pierre qui couvre la poussière de celui qui avait toujours été pour ses esclaves ce qu'il ne cessa jamais de se montrer, au besoin , à l'égard de l'immense famille républicaine qu'il avait été appelé à gouverner, le père de l'orphelin et l'appui de la veuve éplorée !

150 SCÈNES AMÉBICAINES.

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