COUTUMES LOCALES
bres à coUoher isolées, celles qui ne font pas suite à un appartement proprement dit, une condition indispensable de salubrité, c'est qu^elles ne sont pas suffisamment yentilées* A F instar des chambres analogues à Rome et à Florence, elles sont dépourvues de foyer cpielconque ; et 1* expérience journalière nous apprend qu'une cheminée, même petite, pourvu qu'elle tire bien, est le meilleur moyen de ventilation que l'on puisse imaginer. Bon nombre des chambres d'hôtels américains sont munies, il est vrai, d'une petite fenêtre mobile, placée soit au-dessus de la porte d'entrée, soit immédiatement au chevet du lit. Mais les lo* cataires pi'éfërent, en général, la laisser close, que de s'exposer à l'action parfois très-incommode du courant d'air, qui vient leur souffler sur les tempes s'ils s'avisent de l'ouvrir; ou, ce qui est plus insupportable encore, au bavardage bruyant, et souvent aux chants discordants des Yankees qui cheminent dans les corridors fort tard dans la nuit L'absence de feu dans l'intérieur de la chambre est compensée au centuple par l'immense quantité de chaleur qui rayonne de tous les points de l'énorme poêle, qui s'élève au centre d'un spa^ cieux vestibule du rez-de-chaussée. Autour de cett6 vaste source calorifique s'assemblent, da-* rant les froids, et notamment te soir, tous ceuii qui n'occupent pas, en haut, des chambres à cheaiinées« En dépit de la températiu*e fori élevée qui
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règne dans ce vestibule, un usage inexplicable fait garder à chacun son lourd chapeau de feutre sur la tête, et fréquemment aussi un volumineux manteau sur ses épaules. Chaque hôtel bien dirigé contient une reading-room, salle à lecture, large et longue, qui est ordinairement placée tout à côté du grand vestibule , dont le poêle incandescent est mis à profit le plus possible. Les journaux et autres publications périodiques, étant habituellement disposés sur des espèces de pupitres hauts de 5 pieds environ, il faut se résigner à les lire debout, ce qui ne laisse pas que d'être extrêmement gênant pour le touriste, presque toujours trop las, en rentrant de ses explorations extérieures, pour se soumettre volontiers à celte nouvelle fatigue.
Si Ton prolongeait son séjour pendant vingt années à Paris, on ne remarquerait pas une seule fois, dans ses rues et ses carrefours, ce mouvement convulsif et cette agitation extraordinaire, que Ton est à même d'observer dans les grandes villes des États-Unis, tous les jours de la semaine, excepté le dimanche. Ceci s'applique non-seulement aux opulentes cités sises sur la côte de l'Atlantique, depuis Charleston jusqu'à Boston, mais encore à la Nouvelle-Orléans, à Cincinnati et à Saint-Louis, etc. Indépendamment de la quantité prodigieuse de drays, ou charrettes plates, conduites par un cocher tout debout, qui sont à chaque instant près de vous écraser, vous y rencontrez
OMNIBUS AMÉRICAINS. 2l\9
une nombreuse collection de fiacres et d'autres véhicules de toutes sortes. Jamais les omnibus ne sont pourvus de conducteurs à l'arrière. Chaque fois qu'il entre ou qu'il sort un nouveau passager, le cocher en est averti, au moyen de la petite chaîne à ressort qui le presse, à mesure que la portière s'ouvre ou se ferme. Lorsqu'un voyageur fait signe au cocher qu'il veut descendre, celui-ci allonge le bras à travers un petit trou pratiqué dans le toit de la voiture, derrière le siège, pour recevoir son payement. Pour peu que le maire de la ville relâche les rênes de la police municipale, les omnibus s'avisent de temps en temps de lutter de vitesse dans les ruçs les plus fréquentées. Ce serait pour le piéton un spectacle vraiment curieux, s'il pouvait oublier momentanément le danger que courent les voyageurs, que ces trois ou quatre grosses voitures galopant furieusement l'une à côté de l'autre.
La loi autorise un nombre illimité de ces omnibus à stationner dans le voisinage d'un théâtre, à l'issue du spectacle. En sortant de l'un des concerts de Jenny-Lind, donné à Castle-Garden, dans la « Ville Impériale, » j'ai compté de vingt-cinq à trente de ces omnibus qui y attendaient. Rien de plus comique aux oreilles d'un Européen que les cris, ou plutôt les vociférations poussées par les cochers dans cette circonstance. Chacun d'eux, debout sur son siège et brandissant son fouet comme un énergu-
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SCO SCÈNES ÂliÉRIGAINBS.
mène^ s'évertue à vous faire comprendre quel est F itinéraire de sa TCHture^ Ils croiraient déroger à leur dignité persoïknelle en ajoutant une seule fois le mot soit de « monsieur» » soit de o madanie » à leur Jargon bruyant. « Heire, s'écrient-ils, Htre's' Bowery ! Broadway 1 Howston-Streetl Fuiton- Ferry i Unich-Place ! ». etc.
L'animation des rues est fréquemment augmentée par le passage d'un corps de cadets, jeunes officiers appartenant à la milice volontaire, qui traversent la ville, une musique mélodieuse en tête^ Revêtus d' un uniforme pittoresque et souvent splendide (celui du plus beau de ces bandes est entiè^ rement noir^ de pied en cap) , ils se dirigient vers Tun des principaux ferrys (bacs)» afin de s'exercer au tir, au milieu de l'une de ces ravissantes oasis qui sont enchâssées dans les bois de Long-Island, de Staten-Island, et sur la côte de Jersey. Chacun de ces bataillons intéressants est précédé ou suivi de deux nègres herculéens^ portant la grosse targe qui doit servit* de point de mire. En revraant, à la fin de la journée , les tirailleurs victorieux sont parés de leurs trophées ; celui-ci montre une coupe en or suspendue autour de son cou, cdui-là ^rte gracieusement au bras gauche une timbale en argent étincdànt. Ces jeunes volontaires constituait^ à l'occasion, les plus braves et les plus habiles soldats qui existent dans l'Union. Dans les dernières campagnes mémorables du Mexique, les généraux
ARMÉE DES ÉTATS<*ONIS. S5t
Taylor et Scott n'en avaient guère d'autres sous leurs drapeaux.
A propos des ferry dont il a été fait mention tout à r heure, il est utile de rappeler que, la ville de New- York étant bâtie sur une île, on est obligé de traverser Tune des deux grandes branches de l'Hudson pour gagner la campagne proprement dite; mais cela n'est nullement difficile, grâce à la multitude de steamers qui vous conduisent dans vingt Edens différents. Ces bacs à vapeur sont tellement spacieux, qu'on y embarque, à chaque trajet, au moins six voitures attelées et chargées, outre cent et même deux cents piétons.
L'armée effective des États-Unis ne comprend que 10,120 hommes pour toute l'Union. Dans la milice, il y a 2,181,000 hommes. L'on comprend maintenant pour quelle raison l'étranger n'aperçoit jamais, excepté à roocasion de quelque anniversaire national, des soldats appartenant à l'armée véritable flânant çà et là dans les rues américaines, spectacle si commun, par exemple, dans la bonne ville 4e Paris. Les Américains possèdent sur leurs côtes, et le long de toutes leurs frontières, une grande quantité de forts, et c'est tout au plus sî leur armée effective suffit pour servir de garnison à ces mêmes forteresses.