CHAPITRE XXIIl
COVTVMES liOCAIiEff
Hôtels nationaux.) — Groupes curieux et taciturnes. — Voyageurs altérés. — Journaux haut placés. — Des omnibus luttant de vitesse. — Concert en pleine rue. — Régiment allant à Pécole. ^ Bacs gigantesques.
Pour metttre» comine qb homiue habile.
Le bien d'autroi arec le tien , Et roua laiaaer aana croix ai plie.
Frère Lobin le fera bien.
(CutasiiT MAftOT.)
La façâde extérieure d'un hôtel américain, quelle que soit la ville où il se trouve placé , offre à l'étranger un spectacle des plus bizarres : la longueur entière du vaste portique , dont sont ornés les hôtels les plus fashionables , et toute l'étendue du balcon en bois, dont les autres sont pourvus, sont comblées de chaises et de fauteuils, dans lesquels on voit assis, et presque couchés, la plupart des locataires mâles de rétablissement. Chaque
COUTUMES LOCALES. 21x5
iadividu en allongeant ses jambes, les appuie, les pieds bottés et souvent fort crottés, sur le dossier d'une seconde chaise qu'il a traînée au-devant de lui; et s'il s'est installé sur un balcon, c'est de la balustrade de ce dernier qu'il fait communément choix pour ses extrémités inférieures. Les quatre cinquièmes de ces messieurs sont évidemment restés fidèles à T habitude nationale, mais, assurément, peu poétique, de chiquer du tabac en feuilles. Il règne, d'ordinaire, au milieu de cette foule fantasque, un silence absolu ; rarement en aperçoit-on deux ou trois se livrant aux jouissances de la conversation.
Pour tous les voyageurs, dans les hôtels distingués surtout, le costume est assez uniforme; à moins que le temps ne soit très- chaud , ils sont tout de noir habillés, n'oubliant pas le petit frac et le gilet de satin ; et, au cœur de l'été, ils adoptent, comme tant d'autres citoyens, le chapeau de Panama, et un frais paletot de fantaisie , le gilet de t satin subsistant presque toujours. Mais ce qu'il y I a de siuprenant, c'est que ces personnages excen- \ triques, tout en ayant l'air d'être profondément oisifs, et d'avoir les yeux fixés sur les groupes d'élégantes beautés , qui voltigent fréquemment en face d'eux, n'en sont pas moins extrêmement occupés. ^ Un observateur pénétrant ne tarde. pas à s'assurer que c'est précisément dans ces moments de désœuvrement apparent que leurs réflexions
ik6 SCÈNES ÂMÉRIGAIMES.
plongent jusqu'au milieu du dédale des affaires commerciales, et qu ils combinent, dans le» replis les plus intimes de leur âme, les tninuties de leurs opérations privées, de façon à acquérir, à l'avance, la certitude de gagner le monceau de dollars qu'ils ont en vue.
Il n'existe pas d'hôtel ûi d'auberge^ eb^ nos frères d'outre -mer ^ qui ne soient pourvus d'une bar-room ou salle où l'on vend à boire i il en est à peu près de môme dans tous les bateaux à va-, peur qui couvrent leurs fleuves, et qui côtoient leurs rivages océaniques. Cette bar-room est trop souvent garnie d'un monde ayant soif des bois^* sons alcooliques, telles que le genièvre, le virhiskey, le rhum et l' eau-de-vie, dite seignette de Fran^^ Mais une eau bien autrement utile et salubre, c'est celle qui abonde dans chacune des chambres à coucher des hôtels de pi*emière classe à Philadelphie, à Baltimore, à Boston, et qU'à New-^Yoï^k on rencontre dans les « maisons meublées » les plus modestes. Depuis l'aube du jour jusqu'à minuit, l'on a le moyen « rien qu'en tournant un éblouissant petit robinet en nickel ou en étain^ de produire un jet continu d'une eau qui est non^eulement éminemnlent propre à toutes sortes d'ablu^tiens, mais (|ui est, en outre, patablè au plus bàtit degré.
Gomme il n'y a pas de médaille sans fevmis^ nous deVons convenir qu4} manque à ijèê ebaiâ"»