COUP D*CEIL ENCHANTEUR
Ton ne tarde pas à arriver, dans la direction de la mer, à la partie la plus délicieuse des bords de l'Hudson. Ce sont les hauteurs d'Hoboken, qui, situées sur la côte de New-Jersey, regardent en plein « la Ville impériale. » Sur une vaste et romantique échelle, ce sont les Champs-Elysées des citoyens privilégiés de cette florissante cité. Oh ! de quel coup d'œil Ton jouit-, surtout vers l'heure du soleil couchant, du point le plus culminant de ce nouveau bosquet d'Académus ! A travers plus d'un massif d'arbres séculaires, l'œil plonge, dans toute lalongueur de la baie, jusqu'à l'Océan même. Puis, en tournant la tête vers la gauche, voilà, sur . la rive opposée du majestueux fleuve, la ville de ; New- York tout entière, vue de profil et distincte- - ment dans sa vaste étendue. Ses myriades de mai- ! sons, peintes en rouge vif, en réfléchissant les rayons de l'astre du jour qui décline vers l'horizon, revêtent une teinte splendidement nuancée d'or et de pourpre. Pour se faire une idée de la beauté magique de ce coup d'œil, il faut se rappeler que la grande métropole impériale a une longueur énorme, comparativement à sa largeur, et que c'est précisément dans cette même longueur qu'elle déploie ses charmes du couchant à l'aurore.
Il arrive parfois que, tandis que les yeux et toutes les facultés de l'âme restent absorbés dans la contemplation de ce ravissant spectacle, l'on
aperçoit, au sud-ouest, un léger nuage blanchâtre qui apparaît à Textrême bord de rhorizon. Avant que dix minutes se soient écoulées, voilà le firmament tout entier qui s* est drapé d'épaisses vapeurs couleur d'ardoise. La surface de la baie, qui était tout à l'heure unie comme du cristal de Saint-Gobain, est maintenant houleuse comme le golfe de Gascogne à l'époque des équinoxes. Ce qui naguère n'était qu'un doux et mélodieux zéphyr, est devenu soudain un vent tellement impétueux, qu'il déracine l'arbre vénérable à l'ombre duquel vous venez de faire une paisible lecture, et qui ne peut plus vous abriter contre la pluie torrentielle qui accompagne l'ouragan. En même temps qu' un éclair vous frappe d'une cécité momentanée, un immense chêne, fracassé par la foudre , tombe lourdement à vos côtés. Çà et là , le long des tjoharfs et des quais , de magnifiques navires , ayant chassé sur leurs ancres ou rompu leurs câbles, s'en vont à la dérive, donnant lieu de loin en loin à des collisions funestes, Tandis que je me livrais , un jour d'été, au plaisir de la nage dans la baie de New- York, je fus surpris par un de ces épouvantables tornados! La manière subite avec laquelle éclate une bourrasque de cette nature attesterait l'inconstance du climat, — celui des États septentrionaux surtout, — si nous n'en possédions encore de nombreuses preuves. Pour ce qui est des quatre saisons, telles qu'on les observe dans cette large zone dans la-