‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 60 sur 91 · LES « SHAKERS · texte numérisé non relu

LES « SHAKERS

pas remarqué de plus élégant à Tœil que le Beîn-

deer qui a péri naguère si affreusement sur le

Hudson. Il avait reçu son nom, signifiant a la

' Renne, )i tant à raison de là vélocité de sa marche,

- qu'à cause de sa forme gracieuse.

' A quelques milles au-delà de West-Point, près

- duquel cette catastrophe eut lieu, est une charmante î petite ville nommée Newburg, agréablement située s sur l'une de ces déclivités verdoyantes qui forment

: la rive septentrionale de THudson. Elle est partial culièrement célèbre pour la beauté de ses femmes. ■fPar malheur, pendant la grande journée que j'y -passai, chacune de ses plus attrayantes sirènes -''Semblait avoir pris pour règle de vie cette maxime des anciens : « Domi mansit : lanam fecit, » 11 en est presque toujours ainsi pour l'infortuné touriste tibservateur. Une pareille éclipse a été tout récemment mon sort, durant une courte visite que [*aî faite à la ville d'Arles, en Provence, qui n'est pas moins renommée, à ce que disent les bardes cle cette contrée, pour les jolies figures de ses i eunes filles, qu'elle l'est pour ses richesses archéologiques. Peu distant de Newburg, est le village de JLebanon, qui a pour population entière une secte ffantasque du nom de Shakers (trembleurs) . La cé- :^émonie la plus apparente de leur culte, c'est Xine sorte de danse extrêmement burlesque. Coiffés d'un chapeau dont les bords ont la circonfé- :rence d'un grand parasol, deux bandes d'hommes

s'avancent, se reculent, face à face, en lignes parfaitement parallèles. Tout en sautillant sans cesse, ils agitent, à qui mieux mieux, les longues et larges manches de leurs chemises, dont les extrémités dépassent de six ou sept pouces le bout des doigts. Quand leurs rangs viennent à être éclaircis par la mort, c'est en recrutant de nouveaux disciples parmi les habitants ordinaires du district d'alentour, qu'ils comblent le vide. Car l'un de leurs principes fondamentaux, c'est que chaque fidèle de l'un et de l'autre sexe doit passer sa vie dans un état de célibat absolu. En admettant qu'ils observent scrupuleusement cette règle de vie (ce qui n'est pas encore parfaitement démontré), il ne paraît nullement probable que les femmes Shaken (à en juger par celles que le touriste aperçoit en passant) parviennent de sitôt à captiver les yeux et le cœur d'un voyageur, que le hasard amènerait de leur côté à la recherche d'une épouse ; car l'on serait tenté de s'imaginer qu'elles descendent en ligne droite de Phorcus, le père, comme on le sait, des Gorgones.

Après avoir tourné le dos au village des Shakers^ en leur adressant tout bas ces vers bien connus de Chapelle et de Bachaumont :

Ce fait, du roc désolatif

Nous sortîmes d'un pas hâtif;

Et rentrâmes en notre esquif

En répétant d'un ton plaintif :

« Dieu nous garde du château d'If! »

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