UN EXPLORATEUR CÉLÈBRE
nous sommes redevables de la découverte de ces trésors inépuisables. Ce géologue célèbre, qui, s' appuyant sur de hautes théories scientifiques, a hardiment prédit à l'avance l'existence des veines d'or là précisément où elles ont été trouvées plus tard, — cet officier supérieur distingué, à qui son pays natal doit tant d'éminents semces, — réside, depuis quelques mois, au milieu des Parisiens eux-mêmes : ce personnage considérable n'est autre que M. le colonel Frémont *.
De même que pour l'Eldorado australien, il s'est répandu, par toute l'Europe, des notions extrêmement erronées touchant les chances de succès qui attendent celui qui se rend en Californie. Durant le cours de mes voyages transatlantiques, j'ai rencontré maint aventurier qui en revenait complètement ruiné; et parmi ceux que j'ai eu occasion de questionner sur cette contrée lointaine , il y en eut un seul, — jeune Anglais très-riche , — qui parut avoir envie d'y retourner. Mais pour nous convaincre encore mieux que les choses doivent se passer habituellement de la même manière sur une grande échelle, prenons place, par la pensée, sur le quai auprès duquel ce steamer arrivant
* D'après des calculs dignes de foi, les gisements aurifères de la Californie ont produit pendant Tannée qui vient de s'écouler (1852), pour 300 millions de francs. L'exploitation de ceux de l'Australie ne dépasse pas 160 millions pour la même année; et les fameuses mines de la Sibérie ne produisent généralement, par an, que de 90 millions à 100 millions.
de Chagres « qui remonte le Delaware ou le Hudson, va décharger» avec la poussière d'or apparieuant au gouvernemeût , Tinnombrable foule de passagers gui n'aspiraient» depuis bien des mois, qu'à regagner leurs foyers, et à quitter pour jamais les rivages de San-Francisco. Le chiiTre , en moyenne, de ceux que ramène de la sorte chaque navire à vapeur, est de trois cent cinquante. Une condition sine quâ non pour émigrer en Californie, c'est de jouir d'une santé parfaite sous tous les rap* ports. Celui qui s'y aventure sans une constitution de fer ne fait qu'aller au-devant d'une mort bien prompte; ou, tout au moins, il va y chercher les germes d'une maladie de langueur, qui ne tardera pas à faire prochainement fondre sur lui les sombres misères d'une vieillesse prématurée.
Les placer s les plus productifs de la Californie, ce sont ces terrains argileux imprégnés, ou plutôt sur-saturés d'eau, qui abondent auprès de Sacramento et de Sonora. Pour exploiter convenablement cette fange, le chercheur d'or est obligé, la plupart du temps, surtout dans la saison des pluies, de rester durant six ou sept heures consécutives, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Cette eau est toujours glaciale; et pourtant un soleil brûlant darde ses rayons sur la tête des travailleurs pen dant la moitié de Tannée. Dans les mines sèches, ou carrières aurifères, la nature du travail n'est pas moins pénible qu'au milieu des terres boueuses,
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et il va sans dire que là chaque colon, quel que soit son rang dans son propre pays, doit travailler pour lui'-même et par lui-même, a Chacun pour soi ! » c'est la devise de toute cette population si hétérogène de la Californie. D'après cela, doit'-on s'étonner de voir chaque malle arrivant de Panama à New-York apporter une liste nécrologique d'une longueur effrayante, mentionnant les noms des Américains décédés depuis le départ de San- Francisco du steamer précédent? Ce catalogue lugubre est reproduit immédiatement dans toutes les gazettes de l'Union, pour que les parents des colons qui ne sont point morts puissent être rassurés sur leur compte. — Il est curieux de songer qu'il y a, aujourd'hui, 30,000 Chinois établis dans la province Californienne. Du reste, les habitants de la capitale, San-Francisco, ont l'air de passer assez agréablement leur vie : théâtres, concerts, etc., rien n'y manque dans ce genre-là toute l'année. En ce moment même, la charmante cantatrice irlandaise, Catherine Hayes, vient de débarquer sur leur rivage, accompagnée par le même M. Baruum, qui a attu'é Jenny-Lind vers le monde occidentale Dans le courant de novembre dernier (1852), une conflagration épouvantable fit disparaitrei si radicalement, et avec la rapidité du feu grégeois, l'importante cité de Sacramento, en Californie, qu'il ne restait que cinq maisons debout, lorsqu'on parvint à arrêter le progrès du fléau destructeur.
Bien que les pertes occasionnées par ce sinistre s'élevassent à 50 millions de francs, on apercevait, dès le lendemain même, ceux qui y avaient le plus souffert, s' abordant, le cigare à la bouche et le sourire sur les lèvres, avec cette question : « Et toi, est-ce en pierre ou en brique, que tu vas rebâtir ton bloc de dix, de douze maisons ? » — En moins de dix jours, quatre cents grands édifices s'élevaient déjà sur remplacement, naguère couvert de ruines fumantes. A l'heure qu'il est, sans doute, une nouvelle et brillante ville de Sacramento, plus étendue encore que la première — semblable au phénix des anciens jours — est sortie de l'immense lac de feu qui avait si récemment englouti tant de trésors. Bon nombre de ceux qui réussissent à étancher leur soif de l'or dans le Pactole de Sacramento, sont souvent en butte aux invasions exterminatrices des tribus Indiennes, que les colons ont été impuissants, jusqu'ici, à expulser de certaines parties de la nouvelle « Aurea-Chersonesus. n Mais tous les ennemis rouges, que l'homme blanc doit redouter dans ces latitudes, sont loin d'appartenir à cette race d'antropophages dont nous avons fait mention dans le deuxième chapitre. La plupart de ces hordes hostiles, y compris même les féroces tribus des Comanches et des Sioux, ne sont-elles pas les légitimes possesseurs d'un sol dont elles ont été injustement dépossédées par les usurpateurs américains? -N'est-il donc pas bien naturel de les trou-