COEURS NOBLES ET BRAVES
ver, de loin en loin, organisant des projets de vengeance, à la vue de T envahissement continu de leurs domaines héréditaires, et de l'anéantissement graduel de leur race par la cupidité de leurs hôtes malvenus? 11 n'est pas douteux que leur haine contre les colons blancs ne soit encore ravivée souvent par la conscience de la triste dégradation de leur caractère, jadis si noble et si généreux! Ils se demandent avec désespoir par qui tant de milliers des leurs ont été rendus indolents, voleurs, ivrognes, pusillanimes et débauchés, si ce n'est par l'homme civilisé! Cette magnifique race indienne de l'Amérique du Nord a été, avec raison, comparée, par un écrivain anglais, à a ces plantes sauvages qui croissent avec une étonnante rapidité à l'ombre des forêts, mais qui repoussent la main de la culture, et périssent aux rayons du soleil. » — Ce qui caractérise essentiellement \ homme rouge, même aujourd'hui, au milieu de sa décadence, c'est le stoïcisme avec lequel il voit approcher la mort la plus affreuse. Plus les flammes allumées par ses bourreaux sont effrayantes à contempler, et plus lui-même est tout joyeux à l'idée qu'il va y expirer, sans proférer d'autre cri qu'un véritable chant de triomphe, afin d'attester, en face de ses frères vivants et morts, que ses barbares persécuteurs n'ont pu lui arracher le moindre gémissement. Le « chant de mort » d'un intrépide Sachem indien» nommé Chrysiona, dont nous tra«
278 hiCÈNeS AMÉU1GA1NES«
duisons ici ua fragment» n'est que le langage naturel et vrai, quant au sens du moins, qui son de la bouche de chaque guerrier de cette race admirable, en pareille circonstance :
« Le soleil se couche quand arrive la nuit ; et
les étoiles fuient le jour. Commencez, bourreaux! vos menaces sont vaines ; — car le fils d' ^nomook ne se plaindra jamais !
a Souvenez-vous des flèches qu'il a décochées de son arc ; — souvenez- vous de vos chefs tombés sous le tranchant meurtrier de sa hache. Pourquoi ce retard? Attendez-vous que je recule devant la souffrance ? Non, le fils d' Alnomook ne se plaindra jamais t
(< Rappelez*vous le bois où nous dressions nos embûches et les chevelures sanglantes (scalpé) , que nous avons enlevées à votre nation. . . Maintenant la flamme s'élargit autour de moi ; vous triomphez de mes douleurs I... Mais le fils d'Alnomook ne se plaindra jamais I
« Je pars pour cette terre lointaine, où mon père est allé< Son ombre se réjouira de la renommée de son (ils. La mort vient comme un ami; elle me délivre de mes maux, et ton fils, ô Alnomook, a dédaigné de se plaindre! »
Le cœur de l'Indien est, en gtoéral, très-compatissant et hospitalier. <( J'en appelle à tous les blancs, » s'écrie dans un de ses discours un brave cacique nommé L<^an, « est-il un seul d'entre eux
EXTERMINATEURS BAHBARES. 27Ô
«c qui» conduit par la faim dans la case de Logan, a n'ait reçu de lui de quoi manger? Y vient-il nu, « et en butte à la rigueur du froid, sans que Logan « se soit empressé de lui donner des vêtements? » L'on a peine à concevoir combien ont été rares les écrivains qui aient eu la bonne foi de défendre la cause de cette race si calomniée, depuis l'apparition de cet illustre évêque de Chiapa {Las-Casas) qui, il y $k trois siècles, a le premier osé élever la voix en leur faveur ! Ce qui est encore plus incomprébensible, c'est que des historiens graves aient été assez aveuglés pour ne pas blâmer, dans leurs pages, des actes de la nature de ceux, auxquels, sans les désapprouver, fait allusion l'un des premiers chroniqueurs de la Nouvelle- Angleterre : u Ab uno, disce omnes. )> En nous parlant de la surprise d'un fort Indien pendant la nuit, il nous montre des cabanes enveloppées dans les flammes, et les malheureux habitants massacrés en cherchant à s'échapper, et Tout fut expédié en moins d'une heure, ajoute-t-il; nos soldats résolurent, avec l'aide de Dieu, d'achever la destruction de ces barbares, A la tombée de la nuit, bien que se trouvant cernés de toutes parts, et dans l'impossibilité de fuir, ils refusèrent d'implorer la clémence d^ leurs vainqueurs. En ce moment-là, leur ennemi ne cessa de tirer sur eux ; et une grande partie fut sdnsi massacrée et ensevelie dans la vase. Le reste tomba entre les mains des vainqueurs* Plusieurs
furent tués dans les marais; et, comme des chiens qui, dans leur furie aveugle, se laissent couper en morceaux, ils aimèrent mieux mourir que d'implorer la pitié. A l'aurore du jour suivant, les soldats entrèrent dans le marais ; et voyant plusieurs de ces sauvages se serrer les uns contre les autres, ils placèrent leurs mousquets, chargés de dix à douze balles, sous des branches d'arbres peu éloignés, et firent sur eux une décharge générale ; (le manière qu'outre ceux que l'on trouva morts, beaucoup périrent enfoncés dans la vase, sans que personne fît attention à eux ! »
Bien que la Californie ait été récemment incorporée dans la grande république Américaine, il faudra longtemps, sans doute, pour qu'elle acquière cette régularité dans l'administration et l'observation des lois, qui est l'apanage des autres États de l'Union. Sous ce double rapport, il faut l'avouer, une amélioration sensible s'est déjà opérée au sein de sa population. Des cas de loi à la Lynch sont actuellement rares ; mais, si la justice ordinaire est heureusement parvenue à suivre son cours normal, ce progrès social est dû, en partie, chose étrange ! à l'exercice antérieur de cette même Lynch-law. Qu'y avait-il de plus propre, en effet, à faire pâmer de terreur les voleurs et les meurtriers, que ce mode si expéditif de leur procurer instantanément un changement d'air, et une haute position^ à l'extrémité d'une potence?
282 SCENES AMÉUICAINES.