LITTÉRATEURS DES ÉTATS-UNIS
serait, avec raison, fière. Fenimore Cooper, par exemple, a justement mérité la vogue européenne dont jouissent ses principaux ouvrages, grâce à l'habileté avec laquelle il a réussi à imiter notre puissant romancier écossais. Dans un chapitre précédent , nous avons déjà mentionné , en passant, le nom du plus célèbre des écrivains américains modernes, quant à l'élégance et à l'extrême pureté du style, — M. Washington-Irving, naguère ambassadeur des États-Unis à la cour de Madrid. — Mais cet auteur remarquable, que les plus éminents critiques anglais reconnaissent comme égal, sinon supérieur, aux plus illustres parmi les écrivains anglais des trois derniers siècles, cet élégant auteur, disons-nous, n'est Américain que de naissance ; son père était Écossais, et sa mère était native de l'Angleterre. Parmi ses publications sérieuses, le magnifique ouvrage de M. Irving sur la Vie et les voyages de Christophe Colomb^ suffirait à lui seul pour perpétuer son talent comme écrivain éminent. En outre, sa « Conquête de la Grenade; » sa o Vie de Mahomet et des Califes^ » etc. , offrent une lecture des plus instructives en même temps qu'attrayantes.
Le prosateur le plus distingué qui se présente après les deux que nous venons de nommer, c'est James Paulding, qui, depuis long- temps, n'écrit plus, probablement à cause de son âge avancé. Nous rencontrons ensuite, toujours parmi
les meilleurs prosateurs, Daniel Webster, dont nous avons à déplorer la mort toute récente ; les historiens Prescott et Hildreth , et le romancier Hawthorne. Ce dernier a publié bien des essais dans le style de Charles Lanib, en Angleterre. Le capitaine Marey, massacré naguère par les indiens Comanches , avait un genre qui ressemblait assez à celui de notre capitaine Marryat. — Bien des personnes, même en Angleterre, ignorent que le fameux « Peter Parley, » qui s'est acquis tant de droits, pour bien des siècles, à la reconnaissance des enfants encore à naître, par l'immense variété de charmants et instructifs petits ouvrages qu'il va leur léguer, elles ignorent, dis-je, qu'il est Américain. Le nom de « Peter Parley » n'est qu'un pseudonyme, car l'aimable écrivain dont il s'agit n'est autre que l'honorable M. Goodrich, actuellement consul des États-Unis, à Paris.
Les meilleurs poètes de l'Amérique du Nord, suivant l'ordre de leur popularité, ce sont : Bryant, Ilalleck, Longfellow y Spraque, Dana et Bayard Taylor. Ce dernier a fait pédestrement le voyage de l'Europe entière, il y a peu d'années, sans doute, en quête de nouvelles inspirations poétiques. Mais, parmi les productions de ces bardes d'outre-mer, ce serait peine perdue que de chercher un poëme de longue haleine, qui pût rivaliser avec la Dame du Lac, avec Lalla-Bookh,
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avec Childe^Harold, avec la Henriade, en un mot, avec aucun de nos chefs-d'œuvre britanniques ou français.
Nonobstant l'incontestable talent de la plupart de ceux que nous venons de citer, ce serait pareillement en vain que Ton essaierait de découvrir dans leurs ballades, ou autres pièces détachées, une étincelle de ce vrai ignis sacer de la poésie, qui illumine souvent les pages de Burns, par exemple , de Hogg et de Coleridge , dans la Grande- Bretagne, ou de Béranger et de Goethe, sur le continent.
Depuis la mort de Marguerite FuUer, dont les ouvrages ne respirent que trop des principes à la Carlyle, les seules femmes auteurs un peu célèbres que possèdent les États-Unis sont : Miss Sedgwick, Miss Clark, qui a adopté le pseudonyme de « Grâce Greenwood »; Miss Cooper, fille du romancier; il/"* Child; Miss Alice Carey et Af™* StowCj auteur de ce livre bizarre « Uncle Tom's Cabin. »
Ce roman singulier est de nature sinon à mystifier, du moins à donner des idées extrêmement inexactes, sur la condition des esclaves , à tous ceux qui n'ont pas visité, dans l'Amérique du Nord, les principales provinces où l'esclavage est encore en vigueur.
Depuis la déclaration de leur indépendance, les Américains n'ont pas vu surgir au milieu d'eux
un seul écrivain dramatique dont le nom mérite d'être mentionné ici.
L'on m'assura, durant mon séjour dans le Nouveau-Monde, qu'il est des milliers d'Américains instruits qui ne lisent jamais autre chose que les journaux. Mettant à profit leur perspicacité d'esprit naturelle, ils méditent si profondément sur ce qu'ils viennent de lire , et ils réfutent si logiquement , — ayant pour seul antagoniste la colonne muette de telle ou telle gazette, — ce qui est en désaccord le moins du monde avec leur propre manière de penser, qu'ils démontrent, en définitive, dans leur genre, la vérité de cette maxime de Pierre le Grand : « Fabricando fit faber. »
Pour ce qui est de ces journaux, il s'en publie une quantité prodigieuse. L'on compte , à rheure qu'il est, aux États-Unis, 2,800 publications périodiques , dont le tirage annuel monte à 422,700,000 exemplaires. Plus d'une gazette de New- York se tire chaque jour jusqu'à 36,000 ; et le Herald de cette florissante cité a un tirage journalier, à l'heure qu'il est, de 63,000 exemplaires : une fois par semaine, cette gazette paraît en forme d'une double feuille. Quel développement étonnant depuis le 24 avril 1704, jour où le premier journal connu dans l'Amérique du Nord (le NewS'Teller) , fut publié à Boston f La « Ville- Impériale » n'a vu poindre te premier rayon de sa