‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 111 sur 443 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

MORON, apercei'ant un ours qui ^'ient à lui.

Ah ! Monsieur l'ours, je suis voire serviteur de tout mon cœur. De grâce, épargnez-moi. Je vous assure que je ne vaux rien du tout à manger, je n'ai que la peau et les os, et je vois de certaines gens là-bas qui seraient bien mieux votre afl'aire. Hé ! lié ! hé ! Monseigneur, tout doux, s'il vous plaît. Là (H caresse Vours et tremble de frayeur), là, là, là. Ah ! Monseigneur, que votre altesse est jolie et bien faite ! Elle a tout à fait l'air galant et la taille la plus mignonne du monde. Ah ! beau poil, belle tète, beaux yeux brillants et bien fendus ! Ah 1 beau petit nez ! belle i^etite bouche ! petites quenottes jolies ! Ah ! belle gorge ! belles petites menottes ! petits ongles bien faits ! (L'ours se lève sur ses pattes de derrière.) A l'aide ! au secours ! je suis mort ! Miséricorde ! Pauvre Moron ! Ah ! mon Dieu ! Hé ! vite, à moi, je suis perdu. (Moron monte sur un arbre. . . Les chasseurs paraissent.)

Eh ! Messieurs, ayez pitié de moi (Les chasseurs combattent l'ours.) Bon ! Messieurs, tuez-moi ce vilain animal-là. O ciel ! daigne les assister ! Bon ! le voilà qui fuit. Le voilà qui s'arrête, et qui se jette sur eux. Bon ! en voilà un qui vient de lui donner un coup dans la gueule. Les voilà tous à l'entour de lui. Courage, ferme, allons, mes amis ! Bon ! poussez fort ! Encore ! Ah ! le Aoilà qui est à teri-e ; c'en est fait, il est mort ! Descendons maintenant iiour lui donner cent coups. (Moron descend de l'arbre.) Serviteur, Messieurs, je vous rends grâce de m'avoir délivré de celte bête. Maintenant que vous l'avez tuée, je m'en vais l'achever, et en triompher avec vous . (Moron donne mille coups à l'ours qui est mort.)

l. Rabelais nous avait déjà montré en Panurge un poltron qui devient brave, une fois le

danger passé. II y a beaucoup de Morons et de Panurges par le monde.

DON JUAN ou LE FESTIN DE PIERRE

Comédie en cinq actes et en prose (1605).

Aunlysc et Exti*ait«îs

La scène est en Sicile.

[Don Juan est un grand seigneur, jeune, brave et beau, mais sans respect pour les choses les plus sacrées. Il a plaisir à séduire les gens pour les narguer et les tromper, au point que même son valet Sganarelle s'étonne de ses perfidies. Prodigue, don Juan est criblé de dettes. Mais il sait ne pas les payer.]

L'art d'éconduire un créancier

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