SCÈNE YI
SGANARELLE, seul.
Me voilà justement un peu plus incertain que je n'étais auparavant. Morbleu ! il me vient une fantaisie. Il faut que j'aille acheter de l'orviétan % et que je lui en fasse prendre; l'orviétan est un remède dont beaucoup de gens se sont bien trouvés.
[En vérité, Lucinde n'est malade que parce qu'elle ne peut épouser Clitandre, qu'elle aime. Tout s'arrangera ; elle se mariera à son gré, et sera instantanément guérie.]
ue les explications et les remè- i 5. .Jérôme Ferranti, né à Orvic-
des n'ont rien de compliqué. to, en Italie, Aint s'établir à Pa-
1. La saignée est, avec la pur- , ris au Pont-Neuf. Il y débita
gation, l'inévitable ordonnance sous le nom d'orviétan une dro-
(les médecins de Molière. On le verra dans le Malade Imaginaire.
'2. Il faut avouer que la consolation est médiocre pour un père.
3. Ici encore le formalisme des médecins atteint à une magistrale sottise.
4. Sganarelle a pris, malgré lui, les tics des médecins. L'effet est bouffon.
gi.e merveilleuse, capable de guérir toutes les maladies, et avec laquelle il fil sa propre fortune. Cf. Atîry..., //. m. Litt. Fr., gravure 85, sur le marchand d'orviétan, p. i5i. — Il est plaisant de voir Sganarelle aller, après avoir consulté les autorites compétentes, chercher un remède chez le charlatan.
LE MISANTHROPE
Comédie en cinq actes et en vers (1666).
Aiiiilyii^c et Extrsiits
[Molière a voulu montrer dans cette pièce que la vertu et la franchise ne peuvent ici-bas aller sans l'indulgence. Alceste est l'honnêteté même : il est généreux, loyal et brave ; sa raison est aussi ferme que son cœur est bon : mais il s'emporte trop ouvertement contre les vices et même les défauts des hommes ; il est sans cesse en courroux, et, après s'être attiré plus d'une aftairc, il va se retirer dans un désert, loin du monde qu'il juge hypocrite et méchant. En vérité, ce misanthrope aime ses semblables et voudrait les corriger ; mais les hommes ne veulent pas être perpétuellement et rudement malmenés. La vertu d' Alceste est trop grondeuse et non sans orgueil.]
Le grondeur et l'indulgent
La scène est à Paris, dans la maison de Célimène, jeune et élégante veiwe.
[Alceste entre furieux, suivi de son ami Philinte, qui va essayer de calmer cette fureur. Philinte est toujours souriant : il ne se plaint ni de la vie ni des gens et fait même un peu trop volontiers bon visage à tout le monde, indifféremment. C'est l'homme poli, invariablement poli.]