Vivre de ménage, c'est vivre
MARTINE. — Qui m'a ôtc jusqu'au lit que j'avais !
SGA>"ARELLE. — Tu l'en lèveras plus matin.
MARTINE. — Enfin, qui ne laisse aucun meuble clans toute la maison !
SGAXARELLE. — On Cl) déménage plus aisément.
MARTINE. — Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire !
sGANARELLE. — C'cst pouT ne me point ennuyer.
MARTINE. — Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille ?
SGANARELLE. — Toul cc ([u'il tc plaira.
MARTINE. — J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras...
SGANARELLE. — Mcts-lcs à tcrrc.
MARTINE. — Qui me demandent à toute heure du pain.
SGANARELLE. — Donue-leuT le fouets Quand j'ai bien bu et bien maugé, je veux que tout le monde soit soûl- dans ma maison.
MARi'iNE. — Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même ?
hGANARELLE. — Ma fcuiine, allons tout doucement, sil vous plaît.
MARTINE. — Que j'endure éternellement tes insolences et tes débauches ?
SGANARELLE. — Ne nous cmportous point, ma femme.
MARTINE. — Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir?
SGANARELLE. — Ma fciume, vous sa^ ez que je n'ai pas l'âme endurante, et ({ue j'ai le I)ras assez bon.
MARTINE. — Je me moque de tes menaces.
SGANARELLE. — Ma petite femme, ma mie^, votre peau vous démange à votre ordinaire.
MARTINE. — Je te montrerai bien que je ne le craius nullement.
SGANARELLE. — Ma clîère moitié, vous avez envie de me dérober * quelque chose.
avec économie et ordre. On voit impossible de n'en pas rire,
quelle est la plaisanterie de Sg^a- -j. SoiU vient du latin satullus,
narellc, qui vit en eflet de son diminutif de satiir = rassasié.
ménage qu il vend pièce par pic- n signifie pleinement repu.
// traitait de mépris les dieu.x, „iarquez lamusànte gradation
p. d/, n. 4^ et aussi La Fox- ^es paroles tendres, qui finis-
•1 AINE, le Héron (Fables, ^ II, 4) : ! sent en coups de bâton.
Il vivait de régime. 4. Dérober quelque chose, jolie
t. Les répliques de Sganarelle formule pour dire que Sgana-
sont si insolentes et si trouvées. relie a une provision de coups de
malgré leur cjnisme, qu'il est , bdton en réserve.
LE MÉDECIN MAI-CnÉ LUI 1 i"
MARTINE. — Crois-lii qiic je m'épouvante de tes paroles ?
sGANAUELLE. — Doux ol)jel de mes Aœux, je vous Irollerai les oreilles.
MAKTixE. — Ivrogne que lu es !
SGANAiiELLE. — Je VOUS battrai.
MAUTiNE. — Sac à vin !
SGVNAUEi.LE. — Jc VOUS Tosserai.
MARTINE. — Infâme !
SGANARELLE. — Je VOUS étrillerai.
MARTINE. — Ti'aître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, bélitre', fripon, maraud, voleur...
SGANARELLE. — Ail ! VOUS Cn VOUlcZ doUC ?
{SganarcUc prend im hàton et bal sa femme.) MARTINE criant. — Ah ! ah ! ah ! ah ! SGANARELLE. — Voilà le Vrai moven de vous apaiser,