COMMENTAIRE DE L'ILLUSTRATION
Tartuffe. (Scène finale). Odéon 1908.
1" Le décor. — On sait la tentative faite par M. Antoine : il a joué Tartuffe en quatre décors. Après le jardin, le grand salon et le boudoir, voici le vestibule de la maison d'Orgon. C'est une vaste galerie, de ligne noble, et qui sent la (jrande maison. N'est-ce pas le signe de la fortune d'Orgon, dont la richesse tenta l'imposteur?
2° Les costumes sonl aussi variés que typiques. Voici les servantes, avec la robe et le bonnet traditionnels; deux jeunes femmes élégantes, mais avec les nuances que l'âge réclame; la toilette sombre de M""' Pernelle annonce la vieille femme qui ne songe jias aux fariboles. Le soldat qui exécute se distingue facilement de l'Exempt qui est oflicier. Mais (|uelles différences délicates entre le costume soigné, mais sérieux, de Cléante, l'élégance discrète de Damis et la toilette plus somptueuse de Valère, qui songe à plaire dans la maison! Quant à Tartulle, il porte l'étoffe austère qui convient à un faux dévot, sans épée ni grand collet. Mais il est bien mis en sa simplicité qu\ trahit des habitudes u confortables ». — L'habit, pourrait-on dire, contribue à faire le jiersonnage.
.3° Les gestes et physionomies. — Tous les personnages de la pièce sont ici rassemblés, plus complètement encore qu'au début de la pièce.
L'Exempt parle avec la hauteur un peu sèche de celui qui détient l'autorité.
M"' Pernelle, enfm éclairée sur les agissements de Tartuffe, s'est tendrement rapprochée de son petit-fils qu'elle morigéna sans pitié tout à l'heure.
Et tous considèrent le groupe heureux que forment Elmire, Marianne et son père; Orgon ne cache plus aux siens son affeclion pi-emière et tous ses regards ne sont plus pour Tartuffe.
Cléante observe avec quelque étonnement l'atlilude de Tartuffe, dont la fourberie dépassa toute mesure.
Valère, heureux de son bonheur, et moins indulgent en sa jeunesse, sourit de la déconfiture du misérable.
Les servantes ont moins de pitié : Dorine lâcherait encore volontiers à l'hypocrite quelque pointe gaillarde.
Mais Tartuffe surtout inléresse. Il baisse certes la tête; il est vaincu, humilié; mais on sent, aux lèvres serrées, à la face contractée, que la rage gronde en lui et qu'il voudrait se venger. Son âme scélérate transparaît sur ce visage qui n"a plus l'hypocrisie de la douceur.
Ce sont ainsi tous les caractères qui apparaissent, mais c'est aussi toute la pièce qui est suggérée à nos yeux.
Celui qui a groupé un ensemble si harmonieux et réglé ces jeux de scène n'a-t-il pas traduit, avec sa vie si riche de nuances, la pensée complète de Molière? Et ne nous a-t-il pas donné à tous, grands et petits, une leçon d'intelligence dramatique? La photographie nous permet de méditer, longuement et dans tous ses détails, cette importante leçon.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Gomédie-ballel eu Irois actes et en prose (1<JG9)
Analyse et Extraits
[Celte comédie, où se mêlent le chant et la danse, est en vérité une farce boufl'onne. L'on y voit les mésaventures d'un assez sot personnage, M. de Pourceaugnac, gentilhomme limousin. Celui-ci, qui se croit bien mis et séduisant, arrive de Limoges à Paris pour épouser Julie, fille du bourgeois Oronte. Mais Julie est aimée d'Éraste. Éraste, de concert avec le Napolitain Sbrigani, homme de ruses et d'intrigues, prépare au pauvre provincial une réception qui le dégoûtera à tout jamais de Paris.]
Arrivée de Monsieur de Pourceaugnac à Paris