Pardi. Ici nous allons entendre un jargon suisse
LES FOURBERIES DE SCAPIN
chose à lui. L'est seulemente pour lui clonnair un petite régale sur le dos d'un douzaine de coups de bàtonne, et de trois ou quatre petites coups d'épée au trafersde sa poitrine. » Je vous assure, Monsieur, que je ne sais pas où il est. « Il me semble que j'y foi remuair quelque chose dans sti sac. » Pardonnez-moi, Monsieur. « Li est assurémente quelque histoire là tetans. » Point du tout. Monsieur. « Moi l'avoir enfle de tonner ain coup d'épée dans sle sac. » Ah ! Monsieur, gardez-Aous en bien. « Montre-le moi un peu, fous, ce que c'être-là. » Tout beau, Monsieur. « Quement, tout beau? » Vous n'avez que faire de vouloir voir ce que je porte. « Et moi, je le fouloir foir, moi. » Vous ne le verrez point. « Ah ! que de badincmente ! » Ce sont bardes ^ qui m'appartiennent. « Montre-moi, fous, te dis-je. » Je n'en ferai rien. « Toi ne faire rien ? » Non. « Moi pailler de ste bàtonne dessus les épaules de toi. » Je me moque de cela. « Ah ! toi faire le Irôle ? » (Donnant des coups de hdton sur le sac, et criant comme s'il les recevait.) Ahi, ahi, ahi ! Ah, Monsieur, ah, ah, ah, ah. « Jusqu'au refoir : l'être là un petit leçon pour li apprendre à toi à parlair insolentemente. » Ah ! peste soit du baragouineux - ! Ah I
GÉRONTE, sortant sa fêle du sac. — Ah! je suis roué.
scAPi.v. — Ah! Je suis mort.
GÉRONTE. — Pourquoi diantre faut-il qu'ils frappent sur mon dos ?
SCAPIN lui remettant la tête dans le sac. — Prenez garde ; voici une demi-douzaine de soldats tout ensemble. {Contrefaisant la voix de plusieurs personnes.) « Allons, tâchons à trouver ce Géronte, cherchons partout. N'épargnons point nos pas. Courons toute la ville. N'oublions aucun lieu. Visitons tout. Furetons de tous les côtés. Par où irons-nous ? Tournons par là. Non par ici. A gauche. A droite. Nenni. Si fait. » (A Géronte. avec sa voix ordinaire.) Cachez-A'ous bien. « Ah ! camarades, voici son valet. Allons, coquin, il faut que tu nous enseignes où est ton maître. » Hé ! ÙNIessieurs, doucement. {Géronte met doucement la tcte horsdusac,et aperçoit la fourberie de Scapin.) « Si tu ne nous fais trouver ton maître tout à l'heure, nous allons faire pleuvoir sur toi une ondée de coups de bâton. » J'aime mieux souffrir toute chose que de découvrir mon maître. « Nous allons l'assommer. « Faites tout ce qu'il vous plaira. <• Tu as envie d'être battu? » Je ne tra-
1. Sur la suppression de des, cf. Règle : Faire leçon, p. 49, n. 4, et Gr. Fr., Ckoczet..., p. 52.
2. Pour baragouineur . Molière dit de même cnjôleu.v pour enjôleur, dans le Bourgeois gentilhomme.
hirai point mon maître. t< Ah ! tu veux en tâter? Voilà...» Oh ! (Comme il est près de frapper, Gérante sort du sac, et Scapin s'enfuit.) GÉRONTE, seul. — Ail ! infâme ! ali ! traître ! ah ! scélérat ! C'est ainsi que tu m'assassines !
Le dernier tour de Scapin
[Toutes les difficultés se sont aplanies : les pères pardonnent ; les fils se marient à leur gré ; des entants perdus sont merveilleusement retrouvés. Reste Scapin, qui veut, lui aussi, obtenir son pardon. Il se fait aider, à cette fin, par un autre fourbe nommé Carie. Sa dernière tromperie n'est pas la moins impudente.]
SCÈ.XE XII