LA COMTESSE, JULIE, ANDRÉE, CRIQUET
LA COMTESSE. — Qhc failcs-vous donc là, laquais ? Est-ce qu'il n'y a pas une antichambre où se tenir, pour venir quand on vous appelle ? Cela est étrange qu'on ne puisse avoir en province un laquais qui sache son mondée A qui est-ce donc que je parle ? Youlez-vous vous en aller là deliors, petit fripon ?
(A Andrée.) — Fille, approchez.
ANDRÉE. — Que vous plaît-il, Madame ?
LA COMTESSE. — Otcz-moi lucs coiffes. Doucement donc, maladroite : comme vous me saboulez ^ la tète avec vos mains pesantes !
ANDRÉE. — Je fais, Madame, le plus doucement que je puis.
l. Qui sache son monde, c.-à-d.
la tenue qu'on doit avoir dans le monde.
2. Saboulez = tiraillez. Le mot est vulgaire, malgré les prétentions de la comtesse.
LA COMTESSE D KSGARBAGXAS
LA COMTESSE. — Oui ; Diais le plus doucement que vous pouvez est fort rudenient poui- ma têlc, et vous me l'avez déboîtée. Tenez encore ce manchon; ne laissez point traîner tout cela, et portez-le dans ma garde-robe. Eh bien ! où vat-elle ? où va-t-elle ? Que veut-elle faire, cet oison bridé'?
ANDRÉE. — Je veux, Madame, comme vous m'avez dit, porter cela aux garde-robes -?
LA COMTESSE. — Ah ! mon Dieu, l'impertinente ! (A Julie.) Je VOUS demande pardon, Madame. (A Andrée.)3e vous ai dit ma garde-robe, grosse bêle, c'est-à-dire où sont mes habits.
AXDRÉE. — Est-ce, Madame, qu'à la cour une armoire s'appelle une garde-robe ?
LA COMTESSE. — Oui, butordc ^, on appelle ainsi le lieu où l'on met les habits.
ANDRÉE. — Je m'en ressouviendrai. Madame, aussi bien que de votre grenier, qu'il faut appeler garde-meuble.
LA COMTESSE . — Quelle peine il faut prendre pour instruire ces animaux-là ^ !
JULIE. — Je les trouve bien heureux. Madame, d'être sous votre discipline*.
LA COMTESSE. — C'cst Une fille de ma mère-nourrice, que j'ai mise à la chambre^, et elle est toute neuve encore.
JULIE. — Cela est d'une belle âme, Madame, et il est glorieux de faire ainsi des créatures'.
LA COMTESSE. — AUous, dcs siègcs. Holà! laquais, laquais, laquais ! En Acrité, voilà qui est violent, de ne pouvoir pas avoir un laquais pour donner des sièges ! Filles, laquais, laquais, lilles, quelqu'un ! Je pense que tous mes gens sont morts, et que nous serons contraintes de nous donner des sièges nous-mêmes.
ANDRÉE. — Que A'oulez-vous, Madame ?
LA COMTESSE. — Il sc faut bien égosiller avec vous autres !
ANDRÉE. — J'enfermais voire manchon et vos coiffes dans votre armoi..., dis-je, dans votre garde-robe.
1. Oison bridé, ou simplement oison = personne bornée. Le mot vient de ce qu'en certains paj^s où les oies sont élevées en liberté, on leur introduit en travers du bec une plume qui les empêche d'entrer dans les haies.