Une épigramme est une pe
tite pièce de vers volontiers piquants.
4. Trissotin plaisante lourdement. Il veut dire que ses vers viennent d'être improvisés.
PIIILAMINTE
Approchez et venez, de toutes vos oreilles, Prendre part au plaisir d'entendre des merveilles.
HENRIETTE
Je sais peu les beautés de tout ce qu'on écrit,
Et ce n'est pas mon fait que les choses d'esprit. 730
PHIEAMINTE
Il n'importe ; aussi bien^ ai-je à vous dire ensuite Un secret dont il faut que vous soyez instruite -.
TRissoTiN, d Henriette.
Les sciences n'ont rien qui vous^ puisse enflammer, Et vous ne vous piquez* que de savoir charmer.
HENRIETTE
Aussi peu l'un que l'auti'e ; et je n'ai nulle envie. . . 735
BKLISE
Ah ! songeons à l'enfant nouveau-né, je vous prie.
PIIILAMINTE, à L'Épine.
Allons, petit garçon, vile de quoi s'asseoir.
(UEpine se laisse tomber.) Voyez l'impertinent ! Est-ce que l'on doit choir, Après avoir appris l'équilibre des choses ^ ?
BÉLISE
De ta chute, ignorant, ne vois-tu pas les causes, 7iO
Et qu'elle'' vient d'avoir, du point lixe, écarté Ce que nous appelons centre de gravité ?
l'épine
Je m'en suis aperçu. Madame, étant par terre.
PIIILAMINTE, à L'Epine, qui sort.
Le lourdaud I
1. Aussi bien est une liaison | 5. Belle absurdité de fausse classique et élégante qui signi- [ savante : on n'est pas malade, fie d'ailleurs. \ quand on a appris la médecine!
2. Philaminte veut marier C. Règle : Un i^erbe pommait Henriette à Trissotin. at'o/> deu.x compléments de natii-
3. Vous. Rkgle : // se faut en- ! re différente, p. c.v. un nom et une ti-'aider, p. '.i't, n. ^. propos/7/on : Elle aime fort la con-
i. Se piquer de = Ui'oir la pré- 1 versaliou et surtout de plaire tcnlion de. \ (SÉv.). Cf. Crouzkt..., Gr.Fr., §389.
326 MOLIÈRE
TRISSOTIN
Bien lui prend de n'être pas de verre'.
ARMANDE
Ah I de l'esprit partout !
RELISE
Cela ne tarit pas. 745
(Fis s'asseyent.)
rilILAMINTE
Servez-nous promptement votre aimaljlc repas-'.
Pour cette grande faim qu'à mes yeux on expose,
Un plat seul de huit vers^ me semble peu de chose ;
Et je pense qu'ici je ne ferai pas mal
De joindre à l'épigramme, ou bien au madrigaH, ToO
Le ragoût" d'un sonnet qui, chez une princesse^,
A passé pour avoir quelque délicatesse.
Il est de sel attiquc^ assaisonné partout,
Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goùl^.
ARMAXDE
Ah ! je n'en doute point.
riIILAMINTE
Donnons vite audience s. 753
RELISE (A chaque fois qu'il veut lire, elle l'interrompt.)
Je sens d'aise mon cœur tressaillir par avance.
J'aime la poésie avec entêtement,
Et surtout quand les vers sont tournés galamment.
i. Quelle épaisse plaisanterie, 6. I.es pédants et les sots van-
sans portée! [ tcnt volontiers leurs belles rcla-
2. Le repas de votre esprit et l tions, souvent d'ailleurs imagide vos vers. Les métaphores naires.
vont continuer, avec aussi peu | 7 Lgg Athéniens ont toujours
de naturel et ne goul. passé pour avoir de l'esprit, du
" Comparer la lecture de 1 im- sel
prompta de Mascarille dans Zes „' ™ , , , . •. ■ . .
Précieuses, pp. 69 sera. 8. C est la iine fatuité que tout
3. C-à-d. l'épio-raJnme annon- «"^f ^.^J un Irissotin ne se percée mettrait pas. Mais son auditon-e
4." Le madriffal est une petite (saul" Henriette) manque de U-
piècegalantCj'dédifeàunedame. ncssc.
3. Hagoût = sauce, assaisonne- 9. Elle parle toujours le même
menl. langage solennel.
PIIILAMINTE
Si nous parlons toujours, il ne pourra rien dire.
TRISSOTIX
So...
BÉLISE, à Henriette.
Silence, ma nièce '.
ARMAXDE
Ah ! laissez-le donc lire. 760
TRISSOTIX SONNET^ A LA PniXCESSE URAXIE^ SUU SA FIKVRE '
Votre prudence est endormie.
De traiter-' magnifiquement, El de loger superbement Votre plus cruelle ennemie.
BÉLISE
Ah! le joli débuts!
ARMAXDE
Qu'il a le tour galant ! 763
PHILAMIXTE
Lui seul des vers aisés ^ possède le talent.
ARMANDE
A prudence endormie il faut rendre les armes.
BÉLISE
Loger son ennemie est pour moi plein de charmes.
i. Henriette est la seule qui n'ait rieu dit du tout, depuis longtemps.
'2. Ce sonnet est tiré des Œuvres calantes en prose et en vers de M. Cotin{i6ù:i). L'abbé Cotin (160t-1682) était un de ces poètes de salon qui |)ullulérenl à l'époque des précieuses. Boileau ne l'a pas ménagé. Molière a caricaturé .jusqu'à son noni(Trlssotin = Tricotin). Nous trouvons même qu'il a été bien dur pour un poêle sans doute médiocre, mais honnête homme. Il est vrai que Cotin s'était permis des critiques contre notre auteur.
S. Xom précieux.
l. Quel pauvre sujet, et que Molière a raison de trouver une telle matière indig'ne de la poésie ! Mais les pièces dites de circonstance étaient d'ordinaire aussi niaises.
"y. De traiter =^ puisqu'elle tra ile, elle qui traite.
6. On remarquera l'absurdité des commentaires admiratifs des trois femmes. En ce pitoyable sonnet, ce sont les pires platitudes qui les mettent en extase.
* Comparer les ravissements des Précieuses écoutant les sottises de Mascarille.