‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 431 sur 443 · Fièvres pourprées = qui font sortir des boutons roug'es · texte numérisé non relu

Fièvres pourprées = qui font sortir des boutons roug'es

o. Il faut reconnaître que Toinette sait faire un boniment. EUv a entendu tant de consultalions !

AUGAN. — Il dit ((lie c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.

ToiXETTE. — Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.

ARGAX. — Du poumon !

ToiNETTE. — Oui. Que sentéz-voiis ?

ARGAN. — Je sens de temps en temps des douleurs de tète.

TOINETTE. — Justement, le poumon.

ARGAN. — Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux.

TOINETTE. — Le poumon.

ARGAN. — J'ai quelquefois des maux de cœur.

TOINETTE. — Le poumon.

ARGAN. — Je sens parfois des lassitudes par tous les membres,

TOINETTE. — Le poumon.

ARGAN. — Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'était des coliques.

TOINETTE. — Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?

ARGAN. — Oui, Monsieur.

TOINETTE. — Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin ?

ARGAN. — Oui, Monsieur.

TOINETTE. — Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir' ?

ARGAN. — Oui, Monsieur.

TOINETTE. — Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour Aotre nourriture?

ARGAN. — Il m'ordonne du potage.

ToiNKTTE. — Ignorant!

ARGAN. — De la volaille,

TOINETTE. — Ignorant !

ARGAN. — Du Aeau,

TOINETTE. — Ignorant !

ARGAN. — Des bouillons,

TOINETTE. — Ignorant !

ARGAN. — Des œufs frais,

TOINETTE. — Ignorant !

ARGAN. — Et le soir de petits pruneaux pour lâcher le ventre,

TOINETTE. — Ignorant !

ARGAN. — El surtout de boire mon vin fort trempé.

1. Elle a pu constater ces ha- 1 un tempérament solide, chez bilucles, qui trahissent plutôt | son maître.

l'Iioto Walér\ .

FiG. 40. — Cléante.

(Odéon, M. Maupré.)

Jeune, élégant sans exagération, la physionomie ouverte et l'air aimable, Cléante fait, par son air de santé et de vie, un singulier contraste avec Thomas Diafoirus.

ToiNETTE. — Iffnorantiis, ignoranta, ignorantum^. Il faut boire voli'e vin pur ; et, pour épaissir Aotre sang qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de Jjon gros porc, de Jjon fromage de Hollande, du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner-. Votre médecin est une bête. Je ^ eux vous en envoyer un de ma main ; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

ARGAN. — Vous m'obligez beaucoup.

TOINETTE. — Que diantre faites-vous de ce bras-là ?

ARGAN. — Comment ?

TOINETTE. — Voilà uu bras que je me ferais couper tout à l'heure^, si j'étais que de vous*.

ARGAN. — Et pourquoi ?

TOINETTE. — Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de proliter ?

ARGAN. — Oui ; mais j'ai besoin de mon bras.

TOINETTE. — Vous avcz là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j'étais en votre place.

ARGAN. — Grever un œil ?

TOINETTE. — Ne voyez-vous pas tpi'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt ; vous en verrez plus clair de l'a^il gauche.

ARGAN. — Cela n'est pas pressé.

TOINETTE. — Adieu. Je suis fâché de vous quitter sitôt ; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

ARGAN. — Pour un homme qui mourut hier ?

ïoi.VETTE. — Oui ; pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire jiour le guérir^. Jusqu'au revoir.

ARGAN. — Vous savez que les malades ne reconduisent jjoint.

Un mort qui ressuscite

[Sur les conseils de Béline, Argan veut mettre sa hllc au couvent, puisqu'elle refuse d'épouser Thomas Diaf'oirus. Le sage Béralde invite Argan à se défier des caresses de sa seconde femme. Toinette, qui vient de reprendre son tablier, propose

1. Ce sont l;i des barbaris- 3. Tout à l'heure =^ à L'instant.

mes, mais Toinelle sait qu'il 'i. Si j'étais que de vous =^ si j'c-

suffit d'avoir l'air de parler la- tais à votre place.

lin. 5. Jolie façon de dire que les

'2. Conglutiner ^ rendre épais médecins ne" savent pas ce qu'il

comme de la glu. \ faut pour guérir.

de tenter une épreuve qui doit, dit-elle, prouver la tendresse de lîéline et, qui — comme l'espérait la malicieuse servante — va tourner à la confusion de riij-pocrite.]

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