‹ Scènes de la nature dans les Etats-Unis et le nord de l'Amérique [microforme]Chapitre 2 sur 17 · SECOURS · texte numérisé non relu

SECOURS

grain devient laiteux. Ils mangent aussi des insectes, des limaces, des grenouillettes, de petits lézards d’eau, et avalent en même temps quantité de sable et de gravier pour aider à la trituration des aliments.

Le sens de l’ouïe est, chez ces oiseaux, excessivement délicat; et par ce moyen, ils déjouent souvent les ruses de leurs ennemis le vison (1), le raton et le putois. L'animal qu’ils ont le plus à craindre sur terre, c’est le vil serpent qui rampe jusque dans leurs nids et détruit leurs œufs; sur l’eau, les jeunes doivent surtout redouter la tortue serpentine (2), l'orphie, l'anguille, et, dans les districts du sud, les coups de queue et les formidables mâchoires de l’alligator.

Ceux qui nichent dans le Maine, le New-Brunswick ou la Nouvelle-Écosse, partent pour le sud dès les premières gelées; et il n’en est aucun qui passe l’hiver au nord, dans ces régions si reculées. J'ai été très surpris de lire dans Wilson que les canards de cette espèce ne s'attroupent presque jamais au nombre de plus de cinq ou six individus. Un de nos prétendus naturalistes, qui cependant a été plus à même d'étudier leurs mœurs que l’auteur si justement admiré de l’Ornithologie d'Amérique, répète la même erreur et s’imagine, à ce que je me suis laissé dire, que toutes ses assertions sont prises pour la vérité. Quant à moi, ce que je puis affirmer, c’est que j'en ai vu des centaines dans une

(1) Mynæ où mynk (Mustella vison), Putois des rivières de l’'Amérique septentrionale.

(2) Snapping turtle (Testulo serpentina, Lin.)

même troupe; et j'ai su positivement qu’on en avait tué quelquefois quinze d’un seul coup; mais il est exact de dire qu'ils n’élèvent qu'une couvée par saison, à moins que leurs œufs ou leurs petits n'aient été détruits; et, dans ce cas, la femelle sait bien rappeler à elle son mâle du milieu de la troupe à laquelle il s'était joint. Dans un journal de notes que j'écrivais à Henderson il y aura bientôt vingt ans, je trouve constaté ce qui suit : L’attachement du mâle pour sa femelle ne dure qu'une saison, et chaque année ils savent se pourvoir d'une nouvelle compagne, les plus forts choisissant les premiers, et les plus faibles devant se contenter de ce qui reste. Les jeunes que j'élevai chez moi, quel que fût le lieu d’où ils parvinssent à s'échapper, ne manquaient jamais de se diriger tous en droite ligne vers l'Ohio, bien qu'auparavant aucun d'eux n’eût assurément ni fréquenté, ni même vu ce fleuve. Une dernière circonstance que j'ai à mentionner 101, c’est que, lorsqu'il entre dans la cavité où est son nid, ce Canard s’y plonge tout entier du premier coup, sans s'être préalablement posé sur l'arbre; jamais non plus je n’en ai vu prendre, par force, possession du trou d’un pic; enfin. pendant l'hiver, il soufire volontiers que des Canards d'espèces différentes fassent société avec lui.

On donne ce nom à certains individus, dont l’oceu pation principale, sinon exclusive, est de se procurer des œufs d'oiseaux, pour aller ensuite les vendre à quelque port éloigné. Leur grand objet est de piller tout nid qu'ils trouvent, n'importe en quel lieu et à quels risques. C’est le fléau des malheureux oiseaux ; et leur brutal penchant à détruire ces innocentes créalüves, après les avoir volées, se satisfait sans miséricorde, chaque fois qu’une occasion s'en présente.

Où m'en avait dit beaucoup sur le compte de ces affreux pirates, avant que Jj'eusse visité les côtes du Labrador; mais, en vérité, Je n'aurais pu croire à tant de cruauté, si je n’en avais été Lémoin moi-même; c'est à faire horreur! Jugez plutôt :

Voyez-vous se trainer, là-bas, cette honteuse -chaloupe? Elle rampe comme un voleur; on dirait qu'elle redoute la clarté des cieux. A l'ombre, derrière chaque ile rocailleuse, un individu qui tient le gouvernail lui fait faire halte. Si son métier était honnête, elle ne chercherait pas à se cacher ainsi; elle ne se déroberait pas au milieu de ces épouvantables rochers, sombre retraite des myriades d'oiseaux qui, tous les ans, dans cette région désolée de la terre, viennent pour élever leur jeune famille loin des embüûches qui les menacent

ailleurs. Bien différente est la marche du franc, du hardi, du brave marin, qui n’a pas besoin de masque, dédaigne la ruse, et dans toute occasion, se montre la face à découvert. Leur vaisseau même est ignoble comme eux : ses voiles ne sont qu'un rapetassage de lambeaux d’étoffes volées, dont les propriétaires, après avoir probablement échoué sur quelque côte inhospitalière, ont été pillés et peut-être massacrés par les misérables qui sont devant nous; ses flancs ne sont ni peints, ni même goudronnés, mais tout bonnement harbouillés; on les a plâtrés et raccommodés avec quelques peaux de veau marin grossièrement cousues ensemble ; son pont n’a jamais été lavé ni sablé; sa cale, car il n’a pas de cabine, bien qu’à vide pour le moment, exhale une odeur de charnier. Les huit gredins dont se compose l’équipage dorment étendus au pied de leur mât qui chancelle, sans souci des réparations dont chacun de leurs agrès à tant de besoin. Mais voyez : le voilà quise hâte; tout en lui nous annonce un mauvais dessein; suivons-le.

Il glisse, il glisse sur les flots, l’impur maraudeur! Il commence à se faire tard ; la bande a mis la barque en mer; ils sautent dedans, s’y assoient et sont armés chacun d’un fusil tout rouillé. L’un d’eux dirige l’esquif vers une Île où depuis des siècles nichent des milliers de guillemots, objet de leur convoitise et but de leur rapine. A l'approche des lâches voleurs, des nuées d'oiseaux s’envolent du roc, remplissent les airs, et tournoient en criant sur la tête de leurs ennemis. Des milliers d’autres encore sont demeurés dans leur atti-

tude droite, continuant à couvrir chacun son œuf unique, espoir de l’un et de l’autre parents. Cependant, on entend les sourdes détonations de plusieurs mousquets ; les morts, les blessés, roulent pesamment sur le roc ou jusque dans l’eau ; et ceux qui survivents’envolent épouvantés vers leurs compagnons et planent en désordre au-dessus de leurs assassins, qui, vociférant et jurant, s’élancent pour achever leur glorieuse victoire. Voyezles broyer le poussin'avec la coquille, écraser en riant les œufs sous leurs bottes puantes et grossières. Et quand la besogne est finie, quand ils quittent cette île, pas un œuf qui n’ait été détruit à plaisir. Les oiseaux morts sont mis en tas, ils les emportent et rentrent enfin dans leur hideuse chaloupe. Les guillemots, plumés en un tour de main et encore chauds, sont jetés sur des charbons, où ils grillent en quelques minutes. Quand on les juge suffisamment cuits, on apporte le rhum; et après s'être bourrés de cette chair huileuse, à demi empoisonnés, et savourant les jouissances de : cette digestion de brute, nos pirates tombent pêle-mêle sur le pont de leur bâtiment en ruine, pour y passer deux ou trois heures d’un lourd sommeil, ou plutôt d’un véritable cauchemar.

Déjà, vers l’est, le soleil brille sur le sommet neigeux de la montagne; doux est le souffle du matin, même dans ces régions désolées; le passereau redresse sa blanche crête et témoigne bruyamment sa joie en voltigeant autour de sa femelle qui couve; du haut du rocher, la perdrix des saules fait retentir au loin son appel ; toute fleurette rouvre sa pure corolle qu'avait

fermée l'air de la nuit; et les feuilles des herbes, agi tées par une molle brise, laissent tomber les gouttes pesantes de la rosée, Cependant, les guillemots se sont rétablis sur l’île et renouvellent leurs caresses et leurs amours, Surpris par l'éclat du jour, l’un des pirates se réveille en sursaut et secoue ses camarades qui regardent autour d'eux, étonnés et comme re sachant plus où ils sont. Voyez-les, ces dégoûtants coquins, s'essuyer les veux de leurs sales doigts ; lentement ils se mettent sur leurs jambes, se détirent, et leurs mâchoires, en bâillant, semblent se disloquer.….. Vous reculez! c'est qu'en vérité cette bouche et ce gosier feraient peur à un requin!

Mais le chef, se rappelant que tant d'œufs valent au moins un dollar ou une couronne, jette un coup d'œil du côté du roc, marque le jour dans sa mémoire, et donne les ordres pour le départ. La brise légère les pousse vers un autre port, à quelques milles plus loin, et qui, comme le premier, est également caché et défendu contre l'Océan par une île et des rochers. Là recommence dans tous ses détails la scène de la veille; et, pendant une semaine entière, chaque nuit se passe ainsi, pour eux, dans la crapule et l’ivrognerie. Enfin, avant atteint la dernière station où ils espèrent trouver des oiseaux, ils reviennent par la même route, touchent successivement à chaque île, massacrent autant de ces pauvres êtres qu'il leur convient, et font provision d'œufs frais jusqu’à en avoir une cargaison complète À chaque pas, ces misérables ramassent un œuf si beau que c’est pitié, surtout quand on sait pour quel motif

LES CHERCHEURS D'OEUFS DU LABRADOR. 9 ils le ravissent. Mais eux, ils sont bien sensibles à ces choses-là ! Que leur importe! pourvu qu'ils ramassent, ramassent toujours, et qu'après eux il n’en reste pas un seul sur le roc nu! Des dollars! des dollars! Tel est le, seul cri de leur cœur sordide; et ils continuent bravement ce métier si répugnant pour tout homme honnète et qui se connaît quelque autre moyen de gagner sa vie.

Leur barque à moitié pleine, ils reviennent vers le rocher principal, celui où 1ls ont abordé en premier lieu ; mais quelle est leur surprise! d'autres vauriens de même espèce les y ont devancés et s'emploient de leur mieux à fire la récolte. Transportés de rage, ils apprêtent leurs fusils et jouent des avirons. Ts débarquent et leur courent sus en vrais furieux ; mais les camarades ne sont pas non plus tres endurants : la première question est une décharge de mousqueterie, à laquelle‘une autre répond ; et maintenant, à l’abordage, homme contre homme, comme des tigres! Celui-ci, le crâne fracassé, est déposé dans son bateau ; celui-là reçoit un coup de feu à la jambe et se retire, en boîtant, du champ de bataille; un troisième a les joues percées de part en part et se sent privé de la moitié des dents; mais enfin la querelle s’apaise ; le butin sera partagé par portions égales; on fait la paix le verre à la main, et vous n’entendez plus que blasphèmes et grossières plaisanteries. Regardez : une fois encore ils sont repus. Presque étouffés, ivres-morts, ils trébuchent l’un sur l’autre, et bientôt à leurs sourds ronflements se mêlent les gémissements et les imprécations des blessés. Les voilà tous ensemble gisant sur la pierre; qu’ils y restent, les brutes!

Cependant de nouveau brille l'aurore; aucun ne bouge ; le soleil est déjà haut; alors, l’un après l’autre, ils ouvrent des yeux hébétés, étendent les jambes, bâillent et finissent par se mettre sur leur séant. — Mais quels sont ces nouveaux arrivants? Ah! cette fois, c'est une troupe d'honnêtes pêcheurs qui, depuis plusieurs mois, n'ayant vécu que de salaisons, sentent le besoin de se régaler de quelques œufs. Fiers et légers voguent leurs bateaux sous l’impulsion des vigoureux rameurs ; sur chaque embarcation flotte joyeusement le pavillon du pays; ils n’ont poiut d'armes et ne pourraient se battre qu’avec leurs longues rames ou à coups de poing. Tous, ils ont mis leurs beaux habits du dimanche, et sans soupçon ils abordent et se préparent à escalader le roc. Les autres, qui sont bien encore une douzaine armés de fusils et de gourdins, leur barrent le passage et les défient. Après quelques mots de mutuelle provocation, je ne sais lequel des bandits, encore ivre, lâche la détente, et les marins voient tomber un des leurs. Alors ils poussent par trois fois un cri formidable, et tous ensemble se précipitent sur les brigands. La mêlée est horrible ; mais enfin le bon droit l’emporte, et tous les chercheurs d'œufs restent sur le carreau, foulés aux pieds et meurtris. Trop souvent aussi, les pêcheurs prennent leurs bateaux, vont à la chaloupe et brisent tous les œufs qu’elle contient.

Car ce ne sont pas seulement les chercheurs d'œufs de profession, mais les pêcheurs eux-mêmes qui font cette cruelle guerre aux nids des oiseaux; et de là de fréquentes et terribles querelles. Pendant que nous

LES CHERCHEURS D'OEUFS DU LABRADOK. 61 étions à terre, aucun de nous n'osait s’'aventurer sur les îles que ces vagabonds regardent comme leur propriété, sans être pourvu de bons moyens de défense. Une fois, nous trouvâmes deux de ces misérables à la besogne; je m'en approchai, leur dis ce que je cherchais, promettant de bien les récompenser s'ils voulaient me procurer des oiseaux rares et quelques-uns de leurs œufs; ils me donnèrent de belles paroles, mais ne se hasardèrent jamais du côté de notre vaisseau.

Ces gens-là ne négligent pas de ramasser, chemin faisant, le duvet qu’ils peuvent trouver ; toutefois leur imprévoyance est telle qu'ils n’épargnent aucun oiseau; ils tuent tout : mouettes, guillemots, canards et puffins sont massacrés en masse, les uns pour leurs œufs, les autres seulement pour leurs plumes. Ils sont si acharnés à la destruction, que ces mêmes espèces qui, au dire des rares colons que je vis dans ces contrées, y étaient extrêmement abondantes vingt années auparavant, ont déserté maintenant leurs antiques retraites, pour aller, bien plus haut, se réfugier dans des lieux où elles puissent vivre et élever en paix leurs petits. Au fait, c'est à peine si je parvenais à me procurer un jeune guillemot, là où ces maraudeurs avaient passé ; je n'en trouvai qu’à la fin de juillet, c’est-à-dire après que les malheureux oiseaux s'étaient forcés pour pondre trois ou quatre œufs au lieu d’un, et lorsque la nature étant épuisée et la saison près de finir, des milliers quittaient le pays, sans même avoir rempli le but pour lequel ils y étaient venus. Au reste, cette guerre d’extermination ne peut durer longtemps. Les chercheurs

d'œufs seront les premiers à se repentir, lorsque auront totalement disparu ces innombrables troupes d’émigrantsqui choisissaient les côtes du Labrador pour leur résidence d'été ; car, à moins de poursuivre leurs tribus persécutées jusqu'aux dernières glaces du Nord, il faudra bien qu’ils renoncent eux-mêmes à leur métier.

De toutes les parties de l'Union, il n’en est aucune que je préfère à la Louisiane; sans vouloir dire pourtant que le Kentucky et quelques autres États n’aient pas leur bonne part dans mes affections. Mais pour l'instant nous sommes sur les bords de l'Ohio, le beau fleuve, et nous devons nous y arrêter, cher lecteur, car il s’agit d'étudier le Héron! Parmi nos oiseaux ditséchassiers, j'en connais peu qui soient plus dignes de notre intérêt. Ses mouvements sont aisés, ses formes sveltes. sinon élégantes; regardez celui-ci qui se tient sur la rive : son image réfléchie plonge dans le pur courant des eaux qu'aucun souffle n’agite; elle irait se reproduire jusqu'au fond, si le lit n’était encombré par les innombrables rameaux qui tombent de ces arbres

magnifiques. Comme tout est calme et silencieux! quelle scène grandiose ! il marche si doucement l'oiseau aux longues jambes, qu'on ne l'entend même pas, tandis qu'il foule la vase avec précaution, restant un moment suspendu sur un pied à chaque pas qu'il fait. Maintenant, de ses yeux d’or, 1l passe en revue les objets aux environs; et facilement 1l peut les mspecter, quand il allonge ainsi son cou souple etgracieux. N'ayant rien aperçu qui lui porte ombrage, il se rassure ; lentement satôête redescend entre ses deux épaules, les plumes de sa gorge retombent et flottent, et plein de résignation et de patience, il attend le poisson dont il veut faire sa proie. À le voir, à présent, si complétement immobile, ne diriez-vous pas qu'il est pétrifié? Mais il à fait un mouvement; il lève une jambe et s'avone en redoublant de précaution; peu à peu sa tête :: redresse; il s'apprête... Ah! quel coup! dardant son bec formidable, il vient de transpercer une perche qu’il achève en la battant contre le sol; mais le difficile est de avaler. Voyez quels efforts, et comme il üistend son large gosier !

. A la fin pourtant, 11 déploie ses vastes ailes, et s'envole

. tranquillement pour chercher un autre poste, ou peutêtre pour se dérober à son importun observateur.

, La Grue bleue (c’est le nom par lequel cet oiseau est généralement désigné en Amérique) se rencontre dans toutes les parties de l'Union. Quoique plus abondante sur les basses terres de nos côtes de l'Atlantique, elle n'est cependant pas rare à l’ouestdes monts Alléghanys.

- Bien connue, de la Louisiane au Maine, on ne la trouve

… pas souvent, à l’est, plus loin que Pile du Prince-

Édouard, dans le golfe de Saint-Laurent; et pendant mes longs voyages, je n'ai eu connaissance par moimême, ni entendu parler d'aucune espèce de Héron, soit à Terre-Neuve, soit au Labrador. Vers l’ouest, je crois qu’elle atteint jusqu’au pied des montagnes Rocheuses. C’est un oiseau robuste, capable de résister à des températures extrêmes, et qui semble être, dans sa tribu, ce qu'est le pigeon voyageur dans la famille des colombes. Au moment le plus rigoureux de lhiver, on trouve le Héron bleu dans le Massachusets et le Maine, où il travaille à se procurer de la nourriture près de quelque source chaude, ou sur les bords des étangs. Au sud et à l’ouest de la Pensylvanie, il en vient beaucoup plus que dans les États du centre, parce qu'ici probablement, à ces oiseaux, on fait trop la guerre. Excessivement farouches et défiants, ils sont sans cesse sur le qui-vive. Aucun faucon n’a l'œil aussi percant, et ils entendent à des distances considérables ; de sorte qu'ils peuvent distinguer clairement ce qu'ils voient, et juger avec précision des différents bruits qui leur arrivent. À moins de circonstances très favorables, c’est en vain qu’on cherche à les approcher. Par hasard, vous pourrez en surprendre un pendant qu'il ne songe qu'à chercher ‘a proie au long de quelque crique profonde, ou bien lui envoyer un coup de fusil lorsqu'il vous passe à l’improviste sur la tête; mais n’essayez pas de marcher vers lui. Jen ai vu qui s'envolaient dès qu’un homme paraissait à moins d’un demi-mille ; et la simple détonation d’une arme à feu les fait fuir d’une distance telle, qu'on croirait qu'à peine ils ont pu l'entendre.

LE GRAND HÉRON BLEU. 65 Néanmoins, au milieu des bois et lorsqu'ils sont perchés sur un arbre, on peut les approcher avec quelque chance de succès.

Îls mangent à toute heure du Jour, aussi bien au crépuscule qu’à l'aurore, et même pendant la nuit, quand elle est claire. Pour cela, ils n’ont d’autre règle que leur appétit. Cependant je me suis assuré que lorsqu'on les trouble dans les nuits sombres, ils sont tout déconcertés et ne cherchent qu'à se reposer au plus vite possible. Mais le cas est différent lorsqu'ils passent d’une contrée à l’autre, accomplissant quelque lointain voyage: alors ils volent de nuit, à une grande hauteur au-dessus des arbres, et continuent à s’avancer d’un mouvement régulier.

Le besoin de nicher commence à se faire sentir chez eux plus ou moins tôt, suivant les latitudes, c’est-à-dire des premiers Jours de mars au milieu de juin. C'est seulement vers cette époque qu’ils songent à s'associer par couples. Le reste au temps, 1ls demeurent tout à fait solitaires, et même, excepté dans la saison des œufs, chaque individu semble vouloir se réserver, pour vivre, un canton particulier, d'où il chasse sans rémission tout intrus de sa propre espèce. Ordinairement aussi, ils reposent seul à seul, perchant sur les arbres, quelquefois s'établissant sur le sol, au milieu d’un vaste marais, où ils sont à l'abri des atteintes de l’homme. Cette dis- | position insociable provient sans doute du besoin de . s'assurer une certaine abondance d'aliments, dont, en … cflet, chaque individu consomme une assez grande | quantité.

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