‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 24 sur 99 · PRE RS · texte numérisé non relu

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scènes majestueuses sans horreur. Au milieu de ces forêts mystérieuses, de ces savanes immenses, ornées de tout ce que la nature a de plus beau, ils choisissent un lieu dont les approches soient impraticables , et leur imagination se plait à le regarder comme un séjour de bonheur, apres l'avoir embelli de ces rêves qui ne seraient point long-temps l’objet de leur pensée s'ils venaient à se réaliser. Bartram * nous parle d'une espèce d'Eden situé dans les pays qu'il a parcourus. Selon les Indiens, il existe au sein d'un lac une ile enchantée , dont les femmes sont d'une beauté

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1 V. Bartram. Voyage dans la partie sud de l'Amérique

septentrionale, t. 1, p. 68.

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ravissante : plus compátissantes que leurs époux,

qu'elles peignent comme des êtres cruels , elles secoururent un jour des Creks que le hasard avait conduits dans leur pays, et qu'elles supplierent de s'éloigner. Les guerriers leur donnèrent le nom de filles du soleil; ils retournerent pour chercher leur demeure, et ils s’avancèrent au milieu des marais; mais au moment où ils se croyaient le plus près du terme de leur voyage, Pile semblait tout-à-coup paraître dans un plus grand éloignement, et il fallut qu'ils se décidassent enfin à retourner à leur tribu. Entrainés par le récit de ces illusions, de jeunes chasseurs entreprirent le voyage, mais. ce charmant pays ne se montra pas à leurs yeux, et il ne resta qu’une tradition poétique qui charma depuis leurs loisirs, comme les fables des Arabes amusent notre imagination.

Les sites que les Mexicains avaient sous les yeux n'enfantaient souvent que les idées les plus lugubres.Ils croyaient d’après une prédiction trèsancienne, qu'au bout de l'expiration d’un cycle de cinquante-deux ans, la fin du monde arriverait.

Le soleil ne devait plus paraître sur l'horizon; des

génies malfaisans étaient destinés à dévorer les hommes qu'épouvantaient la seule idée de ces prodiges. Lorsque l'époque redoutée approchait, le peuple restait plongé dans une profonde cons-

\ . . ef Ls ex bd ternation. Le cinquième et le sixième jour on ne

manquait pas d'éteindre le feu sacré du temple,

les religieux se livraient à la prière. Enfin , le mo-

ment terrible étant près d'arriver, le désespoir se montrait sous toutes ses formes. On se privait des

objets précieux , comme chez les Juifs on déchirait ses vêtemens; mais par une bizarrerie bien étrange, les femmes enceintes se voyaient forcées de cacher leur visage, avant d’être enfermées loin des regards des hommes.On croyait que, transformées en tigres, elles sauraientse venger des injustices de leurs époux et seconder les génies cruels qui devaient détruire le genre humain. Lorsque

les malheureuses victimes de. superstition pensaient que le dernier moment était venu , leurs craintes féroces se manifestaient par d’épouvantables cérémonies; formant une longue procession que des prêtres conduisaient, le peuple s'avançait vers la montagne Huitxachtecatl, à deux lieues de Mexico. Là, le plus affreux sacrifice l’attendait. Au moment où les Pléiades occupaient le milieu du ciel, on massacrait un homme en l'honneur de la divinité”. instrument mystérieux destiné à rallumer le feu sacré était plongé dans le sein de cette victime : c'était un cylindre de bois qui, frotté rapidement sur une planche creusée, laissait bientôt échapper des parcelles

* V. Humboldt, Monumens de l’Amérique, p. 199.

= 09 = enflammées. Un vaste búcher s'allumait, le peuple poussait des cris de joie, car il croyait voir dans la flamme nouvelle une preuve de la bienveillance des dieux, et le soleil, lorsqu'il paraissait, était accueilli par les acclamations de toutes les tribus réunies.

Ces deux croyances rentrent, à ce qu'il me semble , dans le domaine de la poésie; elles servent aussi à peindre le caractère de deux peuples. Le sauvage habitant des plaines fertiles de la Floride ne tient à ses exécutions sanglantes qu'après la guerre; des idées plus douces loccupent habituellement. Les Mexicains et les Péruviens , à demi policés, étaient plus féroces avec leur commencement de civilisation. L'aspect des plus hautes montagnes de la terre, les déchiremens des volcans, les rochers bizarrement taillés , d'ows'échappent mille cascades, les précipices effrayans des volcans, les sombres forêts qui les entourent à leur base, tous ces objets n'étaient point propres à réveiller des idées tendres ou gracieuses. Mais la poésie des Péruviens et des Mexicains devait offrir souvent des images sublimes, pour peu qu'elle cherchât à peindre les grandes scènes de la nature.

Les idées poétiques des Péruviens devaient avoir encore un caractère plus imposant que celui des peuples voisins, parce que la nature

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