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s’agrandissait encore sous leurs yeux. Garcilasso de la Vega qui était plus à même que tout autre de nous transmettre les poésies de ses compatriotes, ne nous donne que quelques détails qui viennent cependant à l'appui de ce que je viens de dire. On voit que les météores devenaient souvent l’objet de leurs descriptions *. Ils avaient une poésie dramatique assez avancée; et leurs poètes philosophes désignés sous le nom d'Amautas * semblaient s'adonner de préférence aux compositions tragiques, que Pon représentait dans les fétes solennelles devant l’Inca et les seigneurs. Les autres genres de poésie ne leur étaient pas étrangers; les grandes actions de leurs ancétres se transmettaient d'âge en àge par des chants historiques. Combien ne devons-nous point regretter que Garcilasso ait considéré comme une chose inutile de nous conserver quelques-unes de ces poésies !
La musique était en quelque sorte chez eux le
* Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas, t. 7, p- 218.
2 Tl paraît que ces Amautas avaient une langue sacrée bien différente de celle que parlait la nation. Paw qui cherche continuellement à rabaisser le génie des Américains, nie Pexistence de cette langue plus parfaite que celle des autres nations de l'Amérique. Mais dans cette circonstance comme dans une foule d’autres, il affaiblit la vérité pour se livrer à son
système. V. Recherches philosophiques sur les Américains.
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langage de l'amour; l’auteur péruvien nous apprend que chaque chanson avait son air particulier , et que l'amant qui voulait peindre sa passion ou son bonheur n'avait qu'à se faire entendre pour être compris. Un Espagnol fit un jour la rencontre d'une jeune Indienne qu'il tenta de séduire et qu'il voulait emmener avec lui, mais toutes ses instances furent inutiles : une harmonie lointaine lui parlait un langage plus puissant que celui de VEuropéen. « N'entendez-vous pas, lui dit-elle, cette flûte dont mon serviteur Joue sur la prochaine colline? il m'appelle avec tant de passion et de tendresse qu'il faut de toute nécessité que j'y aille. Laissez-moi donc, je vous prie, car la violence de mon amour m'entráine de ce côté-là, et veut absolument que je sois sa femme et lui mon mari.»
Les événemens qui se sont passés dans cette contrée reculée ont inspiré déja plusieurs auteurs de l’Europe, mais l’on s'aperçoit toujours combien ils étaient étrangers au paysage qu'ils essayaient de peindre. Un de nos littérateurs * du dix-huitième siècle, dont le roman jouit d'une juste célébrité, a assez bien fait connaître les usages des anciens Péruviens. Cependant ses descrip-
* Garcilasso de la Vega, t. 1, p. 215, traduction de Baudouin.
* Marmontel, les Incas.
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“8 =» 02 «a tions manquent souvent de vérité; il n'est vraiment beau, que dans les deux scènes de désolation qui peuvent appartenir à tous les pays. de montagnes et où l’on doit oublier le caractèred? une nature différente pour admirer d’autres effets.
Si nos poètes peignent quelque jour le Nouveau-Monde et ses magnificences, qu'ils parcou-, rent avec M. de Humboldt, la chaine des Cordil lères, c’est là qu’ils trouveront des inspirations; mais mon ouvrage ne suffirait point pour rapporter avec quelques détails les merveilles observées par ce voyageur. L'aspect de ces montagnes dont on ne peut saisir la hauteur qu’à des distances considérables, effraye déjà l'imagination... *
Quand l’on s'avance davantage, elles offrent, sous )
des masses bien plus imposantes, ce qui on ren- * contre d'étonnant au milieu des Alpes et des Py-..
rénées. Si notre savant intrépide descend de Loxa E vers le fleuve des Amazones, il parvient avec son. | compagnon pres de la crevasse effrayante de Cota;
il traverse cet abime perpendiculaire ‘; il fran-
chit celui de Cutaco, dont "aspect n'est pas moins " sauvage. On le voit arriver enfin dans la vallée dIcononzo et de Paride, et là on admire avec
lui un de ces ponts extraordinaires que la nature dans sa prévoyance semble avoir construit pour
* Il a quinze cents mètres de profondeur.
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Vutilité des hommes. Placée sur deux rochers dont Paridité contraste avec tout ce qui les environne, cette arche naturelle fait communiquer les deux vallées et permet au voyageur que l’ädmiration a conduit vers ces lieux de traverser dans les airs le torrent qui roule avec bruit ses eaux écumeuses à une distance immense. Comme si la nature ne connaissait point de bornes dans la création de ses merveilles, elle a placé au-dessus de cette arche un autre pont formé par trois énormes masses de rochers tombés dans les révolutions du globe, de manière à se soutenir mutuellement. Une ouverture s’est formée” au milieu , et permet d'entrevoir le fond de Pabime, qui retentit continuellement des cris lugubres d'une innombrable quantité d'oiseaux de nuit.
On ‘trouve à chaque instant, dans M. de Humbolt, de ces passages qui peignent en quelques mots les sites les plus majestueux et laissent de grandes pensées. Écoutons - le quand il compare les hauteurs de l'Amérique. « L'aspect des montagnes de granite, dit-il, n'offre qu’une faible analogie avec celles du Chimborazo ; les sommets granitiques sont des hémispheres aplatis, les porphyres trapéens forment des coupoles élancées. C'est ainsi qu'au bord de la mer du Sud, après les longues pluies de l'hiver, lorsque la transparence de l’air a augmenté subi-
= Spa ec tement, on voit paraitre le Chimborazo comme “un nuage à Phorizon, ilse détache des cimes voi- “sines, il s'élève sur toute Jai chaine des Andes, comme le dôme majestueux , ouvrage du génie de Michel-Ange, sur les monumens antiques de environnent le Capitole. HS C'est surtout dans la description de ces vastes déserts connus sous le nom de Llanos, que ce voyageur déploie son admirable talent. 11 nous peint Pé AS où tout est brülé par le soleil, et celle où des pluies bienfaisantes raniment la nature; les phénomènes terribles ou gracieux, les habitudes des animaux sauvages où domestiques, rien ne lui échappe, et personne n'a su mieux transmettre des scènes aussi variées.
: Y. Tableaux de la Nature. Considérations sur lá steppes.
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