DS DD O
armés. Fiers de leur toute-puissance, ils mêlent leurs cris menaçans à nos cris de terreur. Transportons-nous au milieu de ces vastes plaines de Vinde ou l'éléphant sauvage jouit de sa paisible liberté, jamais la fureur ne l’égare ; tranquille au milieu de ses forêts, il ne demande à l’homme que son indépendance, mais sil en jouit, il marche avec fierté, car il sait se défendre. Les princes de ces contrées, accoutumés à tout soumettre à leurs lois, envient même sa puissance à ce noble animal. Pour le combattre ils lévent des armées , ils sont forcés d'unir à leurs efforts le courage des éléphans vaincus; je ne parlerai pas ici de l'adresse qui livre à l’homme une utile conquête , souvent ce n'est que par un jeu cruel que Pon condamne à la mort le plus majestueux “des animaux. Dans une de ces chasses immenses qui semblent destinées à exterminer toutes les créatures vivantes’, quarante mille hommes semettent en campagne, dix à douze mille sont destinés au combat, quinze cents éléphans de guerre doivent les seconder ; les fantassins , les cavaliers , tout
s'avance avec ordre, si l'animal parait, un im-
mense demi-cercle se forme ; surpris, mais non point effrayé à la vue de cette multitude , il at- #nd qu'on ose Pattaquer. Dirigés par l’homme, ses
* V. la lettre de M: Smith à l'éditeur de "European Maga-
zine, Bibliothèque britannique, t. 5, p. 537.
Ad E Si De >
anciens compagnons veulent le soumettre à Pes- -
clavage : c'est alors qu'il se livre à sa fureur, qu'il fait retentir les airs de ses cris, qu'il foule aux pieds ce qui Venvironne. Mais de toute part le bruit de la mousqueterie se fait entendre, couvert de mille blessures , teint de son sang et de celui des hommes, il brave encore notre furie ; il sent la mort s'approcher et prend l'attitude la plus calme ; il n’a pas la force de se défendre , etil ne lui reste que celle de mourir avec fermeté ; des soldats qui n’avaient osé l’approcher , frappent de leurs cimeterres ses robutes jarrets. « Alors ce monarque des forêts, dit un témoin oculaire, regardant d’un air de mépris la foule de ses ennemis acharnés , balance quelques momens , puis tombe sur le côté comme une montagne renversée par un tremblement de terre ; toute la troupe se jette sur lui, cavaliers , fantassins , tous essaient leurs sabres , leurs haches, leurs épées sur cet ennemi terrassé, c'est un spectacle affreux ; il ne fait pas entendre une plainte. » Mais le noble animal s'épuise , il voudrait encore se relever , il meurt en
poussant un profond soupir. « C’est ainsi, comme
Vajoute le voyageur , que périt un héros accablé par le nombre. »
Si les éléphans sauvages se réunissent en nombre, lascène devient siterrible, qu'on l'affaiblirait
en essayant de la peindre. Les mugissemens des
nn. is q, Tie = init TS á à dos à SE E =» E E set — A ia E, —— os jé pen mc
dá
ss ii! ai ca eo BT A aid En malo DA cs
DE O O e E E A SE a 2 so
= 379 e animaux se mélent au cri des hommes; le bruit de Partillerie, le tumulte, la confusion , la lueur d’un feu qui se succède, voilà un de ces tableaux dont l’imagination est effrayée.
Des scènes plusfgaies succèdent ordinairement à ces terribles combats. Les danses gracieuses des bayadères effaceraient bientôt l'idée des dangers que l’on a cóurus, si les musiciens dans leurs chants ne rappelaient la gloire que Pon vient de s'acquérir *.
Mais il est un animal plus effrayant encore parce que son courage s'unit à une aveugle férocité. Dominateur des forêts de l'Inde, le tigre ne trouve jamais assez de victimes, et dans sa joie sanguinaire il fait retentir continuellement les échos d'effroyables cris. Ah! quels terribles combats se passent dans ces solitudes quand les animaux timides en ont fui et que, seul ennemi d’un ennemi aussi redoutable, le buffle ne refuse point la guerre. Tranquille possesseur de ses paturages, il va défendresa compagne; ilannonce par ses mugissemens qu'il espère encore la victoire; le tigre ose à peine Pattaquer, mais sûr de sa force, courageux avec ruse , il s élance en évitant les cornes menaçantes de son adversaire; il bondit devant lui ou rampe terre à terre, le combat
* V. Bibhothèque britannique.
ad Ba,
a N e. a semble commencer par un jeu cruel, et tout annonce bientôt que la fin sera terrible ; la fureur anime les regards des combattans, l'écho réunit
“leurs cris prolongés , l’affreux miaulement du ti-
gre annonce plus de fureur %le beuglement du buffle montre son désespoir, un seul moment va décider de la victoire, le tigre s’élance et son ennemi sent déja la griffe ensanglantée qui le déchire. Il doit périr, mais ce n'est point sans vengeance, un dernier effort le débarrasse de son vainqueur. Un coup terrible lui fait payer cher la victoire, et tous deux vont souvent mourir loin des lieux où ils combattaient. Ko Aucun de ces périls auxquels l'homme pourrait être soumis ne Pa effrayé , il en braverait encore d'aütres si la nature les multipliait; il ne craint
point d'aller chercher dans son repaire cet ani-
mal redoutable , contre lequel les autres animaux se défendent quelquefois, mais qu'ils n'osent jamais attaquer. De simples pasteurs ont donné la mort au tigre sans faire usage des armes de PEurope. Le plus souvent cette chasse est réservée aux princes, ils y trouvent encore des triomphes que leur refusent les combats. Mais alors ils se font suivre de ces nobles animaux qu'ils savent si bien dompter. Le chevalet l'éléphant contribuent à leur gloire. « TI est impossible, dit un voya-
geur, d'exprimer l'enthousiasme qu'inspire la vue
Ve TR ea
du tigre, lorsque, sortant de sa tannière en poussant un cri terrible , l'espérance, l'attente, le plaisir sont à leur plus haut degré’. » Les poésies indiennes sont remplies de passages qui font allusion à ces combats, et les comparaisons, j'en ai la preuve, -sont beaucoup plus variées que parmi nous.
5 V. quelques traits des tableaux de Vinde. Bibliothèque britannique.
D0000095H4I05900040L290I0IIRIGDRONIADDII DI DIPIDIDIDDO GI DIDI DIDO CHAPEPRE RR ROO © ] La nuit.
Le soleil qui dans ces climats semble étre au mi- ‘4 lieu de son empire , le soleil lasse souvent de sa magnificence, quand il prodigue l'éclat de ses feux
UP "PS PTE DO LR,
trop ardens ; l'homme environné de torrens de lumicres, voudrait se dérober à la majesté du Dieu qu'il craint en l’admirant; c'est l’astre du soir qu'il désire, ses rayons sont plus doux et les merveilles qu'il dévoile avec mystères ne fatiguent jamais nos regards. Quand il parait à l'horizon , lesmaux semblents'être éloignés ,ilraméne comme premier bienfait l'espérance d’un jour plus heureux. L'esclave dit quelquefois : Si ma vie jusqu'à | présent a été semblable au temps où le soleil exerce | À sa fureur, la nuit viendra une lumière divine qui m'en montrera les beautés. La nuit donne le repos, pour Je captif c’est l’image du bonheur. Indiens , cultivateurs du nouveau monde, habitans de l'Afrique , réunissez votre admiration, jouissez d’une nouvelle existence, la nuit est enfin arrivée; à la splendeur d’un jour éblouissant l’on voit succéder une douce clarté; l'éclat incertain de la lune répand son mystère dans la nature.
Lezéphyr succède au vent orageux et vient se jouer au milieu des palmiers. Sorti du sein des nuages, un rayon fugitif les couvre d'une lueur argentée, et le feuillage des autres arbres, en réfléchissant la lumière , laisse deviner le charme d’une fleur que révèle les plus doux parfums. Aucun des effets de la lune ne sont inconnus dans notre belle Europe. Mais sous les tropiques on sait apprécier leur charme bien davantage , et ils ont peut-être encore plus de magie. C'est principalement sur le bord de lOcéan que la lune dévoile presque toujours des scènes remplies tout à la fois de mystère et de magnificence , entourée d’une auréole plus vive que sous nos climats, elle répand aussi plus d'éclat, elle forme plus fréquemment ces arcs immenses auxquels le soleil donne des couleurs si brillantes et qu'elle se contente de tracer faiblement sur la voute des cieux.
Toutes les nuits l’Européen voitse répéter dans ces pays un prodige qu'il ne peut se lasser d'admirer. Une foule d'insectes lumineux se croisent dans les airs et les font étinceler de mille feux. Les arbres brillent de leur lumiere , toute la campagne est remplie de leur éclat, et comme Pa dit avec tant de charme, le plus grand de nos voyaseurs", « ils semblent répéter sur la terre, dans la
" Humboldt, Vovage aux régions équinoxiales, €. 1, p. 325.
ce sd
> 378 « vaste étendue des savanes , le spectacle de la voúte “étoilée du ciel.» | Le P. du Tertre, si juste dans ses expressions , les appelle de petits astres Animés qui, dans les nuits les plus obscures, remplissent l'air d’une infinité de belles lumières; nos poètes eux-mémes, qui n’ont pu jouir de ce charmant spectacle, ont souvent cherché à rendre ses effets , Castel est