‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 83 sur 99 · UE NT AU · texte numérisé non relu

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celui que je citerai :

La nuit ne peut pas même à ce riant séjour, Malgré son voile épais, ôter l'éclat du jour.

A peine elle a paru que des plantes sans nombre S’allument de concert et rayonnent dans l'ombre. D'insectes lumineux mille escadrons légers Luttent en se jouant dans des bois d'orangers; De rapides éclairs jaillissent de leurs ailes,

Et chaque feuille au Join lance des étincelles.

Le jeu cesse, à Pinstant règne l'obscurité :

Puis un folâtre essaim ramène la clarté,

Vole, s'agite en Pair et le remplit de flamme.

* Histoire des Antilles, t. 1, p. 281. Ce voyageur ajoute d'une manière touchante et naïve : Ces petites chandelles vivantes suppléent souvent à la pauvreté de nos pères, auxquels la chandelle et l'huile manquent la plupart de l’année; quand ils sont dans cette nécessité, chacun se saisit d’une de ces mouches, et ne laisse pas de dire matines aussi facilement que sil avait de la chandelle. C'est encore le P. du Tertre qui compare les colibris à des fleurs célestes qui viennent visiter celles de

la terre. V.t. 1, p. 263.

C'est surtout parmi les poètes indiens qu'on peut trouver des allusions à ce charmant phénomène. Dans le Râmäyana les mouches lumineuses sont comparées à des flèches lancées de part et d'autre, et dont les ailes d’or étincellent par intervalle à travers une nuée de poussière qui s'élève du lieu ou Pon combat”!

Dans le Méghädoutà, l'esprit céleste, après avoir dit au nuage à quels signes il reconnaitra la demeure d'une nymphe qu'il aime, le supplie de quitter son aspect effrayant. « Apparais-lui au contraire, dit-il, sous une forme légère et délice, et ne conserve de tes éclairs, que des lueurs douces et gracieuses, semblables à ces étincelles fugitives dont pendant les nuits d’automné une nuée de mouches brillantes sillonnent les ténebres dans leur vol incertain ?.

Si les poètes indiens ont fait un si fréquent usage des allusions que pouvaitleur offrir ce phénomène de la nature, ilm'a semblé qu’un Européen pouvait également s’en servir, j'ai comparé, dans les Machakalis, le sentiment incertain d’une faible espérance à ces lueurs éphémères qui brillent dans l'obscurité ets évanouissent aux yeux du voyageur.

* Journal des Savans, année 1817, p. 73.

2 V. le mème ouvrage, p. 72. Cette comparaison est d'autant plus juste que la lumière du taupin lumineux donne un

rapide scintillement et reparait pour disparaitre encore.

COOCCOOLDODOLOOOVODOCCOOOLLOLULODODGOOLCODOCOODOLOLOCOL COLD OLODOCODACOSLDO CHAPITRE XL.

Religion, poésie, musique.

C’est une chose bien reconnue, que la religion a une grande influence sur la littérature; mais la mythologie indienne, qui anime tant d'objets de la nature , a exercé plus que d’autres cet empire sur la poésie. Je la vois rattacher les beaux arts à elle-même. Chez les Hindous, la musique est un présent de la Divinité et chaque mode de musique est un esprit céleste ; ces modes eux-mêmes suivent les saisons de la nature et expriment ce qui les distingue. Mais ce système charmant ne se termine point là, cinq nymphes se sont alliées à ces musiciens aériens, huit génies sont nés de TA cette union, ils produisent ce que les mortels | appellent l'harmonie *, | Les musés indiennes, qui ont peut-être donné à la Grèce le nombre de ses muses; ces demidieux, plus rapprochés des hommes et auxquelles les hommes prêtent toutes leurs passions; ces fleuves représentant des divinités : toutes ces

* Gaspard Solvyus, les Hindous , t. 2, p. 9.

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heureuses fictions ne peuvent manquer d'inspi-

rer le poète”. Mais sans contredit, une des croyances les plus aimables de cette mythologie , c'est celle qui a rapport à l’amour. Ce dieu qui soumet tout à son empire est un des grands hervas ou esprits célestes, il est fils de Casyepa et de Maia, la puissance qui attire et l'illusion. Le printemps est son ami inséparable et lui fournit toujours des fleurs nouvelles. Ils disent encore que l'amour n'étant qu'un être corporel, avait osé combattre une divinité puissante et qu'il fut consumé par les flammes. Les dieux versérent sur ses cendres une liqueur céleste , il ressuscita, et depuis ce temps c'est sur l'âme qu'il exerce de préférence son empire *. | Cette dernière idée rappelle la fable dans laquelle Apulée a introduit, sous une forme mystérieuse, les préceptes de Pythagore et de Platon. Plusieurs peintres de notre temps qui ont représenté

* On a déjà vu que les flèches de l'amour étaient elles-mémes armées de cinq fleurs.

* On peut trouver une foule de détails curieux sur la mythologie poétique de ce peuple dans l'ouvrage de M. Langlès, intitulé : Monumens anciens et modernes de VHindoustan, t. 1, p. 175. V. également Crawfurd, Recherches sur les lois, la théologie, les sciences de PInde ancienne et moderne. M. Casimir Delavigne qui jouit d’une si juste célébrité, a tiré le plus grand parti de cette mythologie dans ses beaux chœurs du Paria.

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l'Amour et Psyché n'ont-ils pas nui à leurs succes même lorsqu'ils nous donnaient des chefs-d’œuvres , en n'envisageant ce sujet que sous un point de vue matériel? On a vu cependant cette année à l'exposition du Musée, un charmant tableau de M. Arsenne , où le peintre a conservé la grâce et la pureté d'intention qui font le charme de cette fiction ingénieuse.

Comment les poètes qui célebrent la Vénus indienne ne se rencontreraient-ils point dans leurs fictions avec les Grecs. Lakchmi, la déesse de la beauté, naît aussi de Pécume de la mer ”. Le dieu Indra , conserve presque toutes les attributions de Jupiter, mais ce n’est que le chef des divinités secondaires, et Brahmà , Vimmuable destin, peut le contraindre à céder son rang à tout pénitent que des austérites effrayantes éleveraient au-dessus de lui. C'est cette croyance singulière qui a donné lieu à l'Ermitage de Kandou, poème charmant que M. Chezy, a extrait du Brahmà Pouraná *. |

Ledieu, malgréles plaisirs dont ilest environné, craint toujours le zèle de certains mortels se livrant à de continuelles pénitences; les divinités secondaires qui forment sa cour remarquent au milieu de la solitude des forêts Permite Kandou;

* Chezy, Journal asiatique, t. 1, P: 8.

? V. le même ouvrage, t. 1, Pp: 10.

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les austérités qu'il simpose sont tellement effrayantes , que les dieux, après l'avoir admiré , appréhendent de lui voir conquérir leur puissance. Indra prend la résolution de lui faire perdre le fruit de ses peines. Une nymphe charmante doit aller leséduire. Elle redoute cependant les terribles imprécations de l’ermite. Mais le dieu dissipe ses craintes; "amour, le printemps, le zéphyre, vont l’accompagner et la seconder de leur puissance; laissons un instant parler le poète indien. On verra quels charmans tableaux la nature lui a présentés.

« La nymphe aux doux regards , rassurée par ces paroles flatteuses , traverse aussitôt PEther avec ses trois compagnons, et ils descendent dans la forêt aux environs de Permitage de Kandou; ils errent quelque temps sous ces ombrages qui leur rappellent Véternelle verdure des jardins enchantés d'Indra, partout y souriait la nature, ce n'étaient que fruits, que fleurs, que mélodieux concerts ; là leur vue sarréte sur un manguier superbe, ici sur un citronnier aux fruits d'or, plus loin de hauts palmiers attirent [eurs regards ; le bananier , le grenadier , le figuier aux larges feuilles, leur prêtent tour-à-tour la fraicheur et leur ombre.

« Penchés sur leurs rameaux flexibles un peuple d'oiseaux, aussi variés dans leur plumage que

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dans leur chant, flattaient également et Poreille et les yeux. RERA | |

« De distance en distance, des étangs limpides, des ruisseaux purs comme le cristal, embellis par les coupes d'azur et de pourpre du nénufar sacré, étaient sillonnés avec grâce par des couples de cygnes d’une blancheur éblouissante et une foule d'oiseaux aquatiques amis de l’ombre

et de la fraicheur. »

On retrouve dans cette charmante description, rendue avec tant de talent, une grâce inimitable, et l'ancienneté du poète lui donne un nouveau prix, elle semble prouver que les Indiens ont été les seuls qui aient senti, comme nos écrivains modernes, la véritable poésie descriptive. M. de Châteaubriant a déjà fait voir qu’elle était à peine connue de l'antiquité et il serait inutile d'ajouter de nouvelles preuves à celles qu'il a réunies.

Le poëme de Kandou renferme encore une foule de peintures , qu’on ne peut se lasser d'admirer, et la fable elle-même est une charmante allégorie. La nymphe poursuit son voyage; secondée par les trois divinités , elle parvient aisément à séduire l'esprit du sage, qui ne tarde pas à oublier près d’elle ses pénibles austérités ; le temps s'écoule , les mois arrivent et les souve-

* V. Gémie du Christianisme , t. 2, p. 224, édition in-8º.

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