‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 90 sur 99 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Quelques détails sur la Perse. Conclusion.

V'asprcr pittoresque de la contrée , l'ardeur du climat exercent une influence bien remarquable sur la poésie persane. Tout ce qui est parvenu en Europe de la littérature de ce peuple porte dans les descriptions un caractère de grandeur et de force qui se fait aisément sentir au milieu de quelques traits exagérés ; mais on les excuse aisément en se rappelant qu’ils sont dús à la chaleur active qui exalte sans cesse l'imagination, et que c'est dans les pays semblables, où, comme l'a dit un écrivain célebre, « on rencontre ces âmes vives et ardentes, livrées sans cesse à tous les transports de leurs désirs, ces esprits tout à la fois profonds et bizarres qui, par la puissance d’une méditation continuelle, sont conduits tour à tour aux idées les plus sublimes et aux plus déplorables visions '.»

Ce sentiment profond se montre dans toutes les poésies persanes, à côté des allusions les plus

* Cabanis; Rapports du physique et du moral de l'homme, t. 2, p. 27.

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gracieuses. La forme de leurs poèmes est simple, mais ils savent y faire entrer les détails les plus intéressans, et ils pusens leurs i anges dans la nature elle-même.

Dans les ouvrages persans dont j'ai lu la traduction, la fable est peu compliquée,néanmoinslapeinture des passions est présentée avec un talent remarquable d'observation. Ce qui paraitrait exagéré en Europe est quelquefois si habilement amené, qu’en songeant au pays, les défauts disparaissent pour ne laisser voir que les beautés. Nous ne connaissons qu'un très-petit nombre de ces poésies, mais ce qui nous en est parvenu donne le plus vif désir de lire les autres. L'amour, qui y joue toujours un si grand rôle, s'élève au dernier degré de Pexaltation, et Pon n'est point surpris “que quelques Orientaux aient voulu voir dans les peintures de leurs poetes les extases mystiques de la religion. Cette exagération de la passion la plus violente se retrouve dans Medjnoun et Léila, où l'amant, prêt à expirer, ne reconnait plus sa maîtresse, parce que Pamour lPélève au-dessus des affections terrestres, et l'anime d’un feu plus ardent. On en voit encore un exemple dans Oina et Riya, où le jeune Arabe s'écrie : « Oui, quelle

* Voyez ce que dit à ce sujet le savant M. Ginguéné dans q

l'ouvrage où il a tracé avec tant de talent l'histoire littéraire

A de l'Italie.

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que soit la distance qui nous sépare, objet chéri, mon cœur est uni au tien par un lien indissoluble. Cette enveloppe matérielie est seule assujétie à l'éloignement, mais l’âme active qui l'anime te saisit, malgré l’espace, de l'œil ardent de la contemplation ".... »

On voit, en lisant Ponvrage de M. Jaubert, combien les Persans ont conservé dans leurs relations sociales de ce caractère poétique qui se montre dans leurs ouvrages. Le voyageur nous parle d’un jeune poète dont les chants improvisés portaient au plus vif enthousiasme. Mais je m'arréte, je ne me suis déjà que trop éloigné de mon véritable sujet, et je réserve pour une autre époque des développemens plus considérables sur: ce pays.

H n’y a qu'un bien petit nombre d’années que des voyageurs, passionnés pour les lettres, nous ont fait connaitre tout le charme des inspirations poétiques que l’on trouve dans l'Orient. Les Tavernier, les Thévenot, les Gemelli Carreri et une foule d’autres de la même époque semblaient dédaigner de nous parler de la littérature des peuples qu'ils wisitaient, ou plutôt ils n'avaient pas assez de lumière pour l’apprécier; ils étaient encore plus incapables de sentir l'influence que la

* Journal asiatique, t. 1, p. 147. Ce morceau est traduit par M. de Chézy avec le talent qui le distingue.

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» 406 « nature avait sur eile. On ne trouve chez eux que des descriptions souvent exagérées d'édifices et de palais. Il semble qu'ils fussent aveugles pour admirer les beautés de la nature, et qu’ils fussent muets pour les décrire. Mais les Jaubert, les William Jones, les Crawfurd, les Marsden sont arrivés, quiont rempli la tâche que les autres avaient négligée. Ils ont commencé à nous dévoiler le charme d’une nature étrangère, en nous associant aux idées poétiques des peuples qui ont été le but de leurs observations; plusieurs savans de l'Europe les ont admirablement secondés, et nous commençons à entrevoir des richesses littéraires dont nous ne soupçonnions point l'existence il y a trente ans. La plupart de nos orientalistes modernes ,

roionant même aux avantaces de la science JOIS o

tous les agrémens du style, ont traduit la poésie en lui conservant une partie de son harmonie. M. Chézy nous en a donné des preuves trop fréquentes pour qu'elles soient maintenant ignorées. On peut dire qu'il est un des premiers, qui ait répandu par le charme de ses écrits le gout de la littérature orientale. M. Remnsat, instruit dans les sciences naturelles, nous fera connaitre nonseulement les livres utiles des Chinois, mais leur littérature et leur poésie. MM. de Saey, Garcin de Tassy, Hubert, Grangeret de Lagrange, Fauriel,

Desgrange, Langlois, Gauthier, etc., promettent

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également de nouvelles jouissances aux amateurs de la poésie descriptive des Orientaux; qu'il me soit permis aussi de nommer mon frère, qui, depuis quelques années, s'occupe du samskrit; quoiqu'il se consacre principalement à l'étude de l'ancienne philosophie des Hindoux, j'espère qu'il contribuera un jour à faire connaître leurs poèmes.

Je terminerai ici cette esquisse dans laquelle j'ai tâché de peindre l'influence d'une nature étrangère à la nôtre sur les inspirations poétiques, et j'aurai rempli le but que je me suis proposé , si j'ai inspiré à quelques personnes le désir de varier les tableaux de notre littérature. Que Pon ne croie point toutefois qu'enthousiasmé du spectacle pompeux qui nous est offert par des contrées lointaines, je ne sache point admirer les fertiles paysages de l'Europe; nos grands poètes descriptifs nous ont prouvé que sans quitter la belle France, on pouvait tracer les tableaux les plus gracieux et les plus imposans.

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