‹ Scènes de la vie arabe (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Miloud. {SuiU.}

Chemin faisant» le sous-officier, jeune Parisien d'humeur légère, voulut sonder le courage du messager de l'émir et rire un peu à ses dépens.

— Sais-tu ce qui pourrait bien t'arriver? dit-il àMiloud.

— Je ne suis pas dans les secrets de Dieu.., il arrive tant de choses tous les jours!

— Essaie de devinerl

— La sorcellerie est un grand péché.

— Alors écoute, et suis bien mon raisoniiement : nous sommes afifamés dans notre camp...

— Affamés! s'écria Miloud, quand vous avez la plaine et la ville pour vous nourrir, et la mer où nagent tant de poissons...

— La plaine est coupée par les coureurs d'Abd-el-Kader, et c'est en vain qu'on y chercherait un mouton. La ville est épuisée, parce que la mer est si furieuse depuis plus d'un mois, qu'aucun bâtiment n'ose s'y montrer. Quant aux poissons, nous ne les aimons pas, nous autres chrétiens.

— Si j'avais su cela, interrompit naï-

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vement Miioud, je t'aurais apporté du

kouskotissou Mais comment donc

pou vez- vous vivre ?

— Nous vivons fort mal., nous mangeons ce que nous trouvons.. .

— Et que trou vez- vous ? des racines delentisque, des artichauts sauvages, des escargots.

— Et, de temps à autre, des Bédouins de Sidi-Abd-el-Kader! dit tout naturellement le sous-officier, accompagnant ces mots d'un claquement de langue.

T)U SAlfG.

énergique expression d'un appétit satisfait ou à satisfaire.

Miloud crut avoir compris, et il frissonna; mais il aima mieux douter de sa pénétration :

— Des Bédouins de Sidi-Abd-el-Kader s'écria-t-il, où les trouvez- vous

^Dans la plaine, dans les gorges du Tiélat... Le jour, la nuit, par hasard et eu cherchant beaucoup.,.. Ainsi, par exemple, aujourd'hui et la nuit dernière...

• La >RIX

— Eh bien?

— La nuit dernière, nous avons trouvé un jeune drôle de la tribu des Garabas qui se promenait sur une jument superbe.

— Mebrouk, interrompit Miloud, Mebrouk monté sur Messaouda... je le connais et je Tdime.

— Il était excellent.

— Comment, il était! il est toujours excellent, je pense.

— Mais non, puisque nous l'avons mangé ce matin.

— Vous Tavei mangé? bégaya Miloud, qui, se souvenant des coutumes de son pays, ne croyait pas la chose invraisemblable. Hélas! hélas! mais c'était un enfant!

— Raison de plus, parbleu ! Toi, mon ami, tu es vieux, tu es maigre, tu es sale ; tu dois être dur en diable.

— Est-ce que vous penseriez à me dévorer?...

— Nous avons terriblement faim'...

Songe que nous sommes là -bas dix mille.

— Mais je suis un parlementaire! s'écria le pauvre nègre, dont les dents grinçaient d'épouvante.

— J-entends bien, mais la faim ne parlemente pas.

— Alors, porte ma lettre et laisse-moi m'en aller !

— Il est trop lard , nous sommes au

DO SANG. il

camp, répondit le sous-officier, toujours sérieux... Après cela, je te Tai dit, tu es yieux, maigre et malpropre, peut-être en seraà-tii quitte pour la peu^... Récite ton chapelet.

Le S0U8 officier abandonna Miloud a ses noires réflexions, et traduisit à ses cavaliers le divertissement qu'il venait dé se donner.

De bruyants éclats de rire accompagnèrent cette traduction.

— Foiîrquoi cette gaieté? demanda

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