La PBiï
piteusement Milond au maréchal-deslogis.
— Parce que je leur ai dit que tu comptais sur ta vieillesse pour échapper à leurs marmites... Dam! ils ont terriblement faim, ces pauvres diables... et leurs dents sont bonnes. . ..
Miloud arriva demi-mort devant la tente du colonel commandant supérieur du camp ; et apercevant Mebrouk et Messaouda, il les prit Tun et l'autre pour leurs ombres.
Mebrouk courut à lui, l'aida à mettre
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pied à terre et lui serra la main.
— Tu es donc vivant, bien vivant?
bredouilla Miloud en contemplant Mebrouk de la lête aux pieds pendant qu'on était allé prendre les ordres du colonel.
—Tu le vois... Qui t'a fait croire à ma mort ?
— Les chrétiens ne t'ont pas mangé?
— Es-tu devenu fou?
— Les chrétiens sont affamés, m'a-t-on
ï4 LE PBrx
dit, et mangent les Arabes... Je suis menacé du co^îteau, de la broche et des charbons.
-— Ils t'auront pris po'ir un âne en te promettant le sort qu'ils ont fait au mien. Mais rassure-toi; les chrétiens ne sont pas méchants, et tu seras bien traité... On t'appelle; va vite... nous aurons à causer....
Miloud remit au colonel la lettrp de Témir, et cette lettre fut expédiée à Oran, au maréchal Clauzel.
Miloud eut carte blanche pour se pro-
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mener dans le camp, en attendant la réponse du maréchal.
On lui offrit des vivres, et il n'en pouvait croire ses yeux et ses oreilles en recevant une si large hospitalité.
— Maintenant, assieds-toi, et parlons de mes ennemis, lui dit Mebrouk. Qu'esttu venu faire ici?
— Nous parlerons de tes snnemis et de ton amie qui fenvoie ce chapelet, répondit Miloud, ïnais lorsque j'aurai fait une visite au iuif Salomon.
— Que lui veux-tu?
— Tu le sauras... Où le trouverai-je?
— Dans cette maison de bois, sur laquelle flotte un petit drapeau, à cent pas de nous.
— Très-bien... merci... à bientôt
— Conduis-toiprudemment... Salomon est w Espion d'Abd-el-Kader. .. On le survoiHe depuis quelque temps.
— Je sais bien ce qu'il est... Sois sans craiiile.
Miloiid se dirigea d'un pas sautillant vers la baraque de Salomon; son esprit courait plus vite que ses jambes, et sa tête se remplissait, de nouveau, de tous les beaux rêves que la frayeur avait une fois déjà fait évanouir.
Par un hasard dont Miloud g'appi<iudii, Saiomon était seul dans sa boati-î que, et retranché derrière ie comptoir où ii uébitaitdu labuc, des pipes. Je l'it-
iiisetie et des comestibles.
IV û
Le juif accueillit le Pègre avec une certaine défiance, et il le regarda obliquement avant de lui parler.
— Je suis chargé d'une lettre pour toi, dit Miloud.
D'où vient cette lettre?
— Tu es bien Salomon-Isaae, né a Fez?
— Sans doute.
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— La lettre est de Sidi-Khaîaf-ben- Chérif, mais elle est écrite au nom de l'émir Abd-el-Kader..-. Ne fais pas Tétonné. Je suis un fidèle; regarde-moi.
- Donne le papier, répondit le juif, après avoir jeté un coup d'œil de précaution vers sa porte, ouverte sur Tune des rues du camp.
A peine Salomon eut-il parcouru la lettre, que son visage s'épanouit, son regard brilla, et qu'un radieux sourire couronna ses lèvres.
Encbunlé de cette métamorphose, Mi-
loud tendit ses deux mains, larges comme un grand plat.
— J'ai cent douros à te compter, dit Salomon...
— Ju^te! interrompit Miloud en trépignant de joie et souriant à son tour, mais à bouche ouverte, bouche fendue jusqu'aux oreilles. Cent douros! pas un bcudjou !de plus, pas un mouzouna de moins*
Le juif ouvrit un tiroir et fit sonner, en les palpant, quelques écus.
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Le cœur de Miloud palpita; le pauvre homme entrevit le paradis de Mahomet.
— Je n'ai pas là tout cet argent, dit Salomon ; c'est une grosse somme que cent douros... Mais attends-moi pendant quelques instans, garde ma boutique que je te confie, je vais aller chercher ce qui me manque.
— Fais donc vite, et compte sur ma loyauté, répondit Miloud, charmé de la
s politesse et surtout de la confiance inusitée du fils d'Israël et de Jacob.
Le serviteur de Meryem recommen-
â'2 Le prix
çait, pour la troisième fois, à énamérer sur ses doigts les voluptés que lui promettait sa richesse, lorsqu'un planton du commandant supérieur vint lui intimer Tordre de le suivre.
— Je ne peux pas t'obéir, exprima Miloud par gestes et grimaces, je garde la maison d'un ami.
Salomon entra aussitôt dans sa cantine, et dit à Miloud :
— Dépêche-toi d'en finir avec le co-
lonel, puisqu'il te réclame, et reviens me trouver, j'ai en poche ton argent.
Ces bonnes paroles, accompagnées d'un signe d'intelligence, comblèrent de joie notre boiteux ; il se leva et suivit le planton de son pas le plus rapide
Le colonel se promenait, en compagnie de son interprète, devant sa tente, et il regardait avec une sorte de pitié mêlée de sévérité, Mebrouk occupé à faire boire Messaouda dans une gamelle de troupe» lorsque Miloud lui fut présenté.
— Ote ton kaban. dit le colonel au
nègre, après Tavoir attiré près de Webronk.
— Pourquoi ? demanda Miloud.
— Pour te prouver que j'ai le droit 4e te faire pendre, voilà tout.
Et, comme le malheureux messager demeurait immobile, attéré par cette réplique, deux iiommes du poste le dé.
pouillèrent du vêtement qui naguère disait sa gloire.
— Par les sources du paradis I ce chré-
tien est un fou dangereux, marmota Miloud.
Et il se remit en mémoire l'appétit vorace dont le sous-offîcier de chasseurs d'Afrique l'avait menacé.