CHAPITRE PREMIER
Gœar de Femme. {Sititê.
Cependant Tamour, lorsqu'il ne ticDt pas du caprice, aime à se cacher de ceux-là même dont il doit se ren*; maître.
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II étouffe le bruit de sKs premiers pas, il voile s^s premiers soupirs.
Comme un ennemi prudent, il se glisse dans les ténèbres, il s'approche par de longs détours de la place qu'il veut surprendre, et se montre à Timproviste quand toute lutte est vaine et qu'il lui faut rendre les armes.
Le cœur de Meryem avait subi Teffet de cette ruse aussi vieille que. le monde, et cependant toujours renouvelée.
Il ne se savait pas menacé, que déjà il ttait investi, attaqué.
La nourrice Yaya elle-même, malgré tout l'intérêt que la situation avait pour elle, ne s*était pas encore rendu compte des impressions laissées par ses discours, lorsque Tarrivée de Miloud fixa ses irrésolutions.
En effet, Meryem et Yaya écoutaient avec anxiété le récit imaginé par Miloud pour se faire oien veiir de Ben-Chéril, lors(|ue, tressaillant de tout son corps et
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pâlissant à vue d'oeil, Meryem regarda sa nourrice avec effroi : des larmes brillaient dans ses yeux.
Dans ce même moment, Miloud fit entendre ce gloussement guttural qui, incompris de Khalaf et de Meryem, J*avait de signification que pour la vieille négresse sa payse.
Alors, Yaya mit un doigt sur ses lèvres pour recommander le silence à Meryem, et elle accompagna ce signe d'un sourire qui rayonna sur tout son visage.
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Elle venait d'apprendre c qu'elle désirait tant savoir, ce que Mery^îm apprenait, elle aussi, à Tinstant....
Mebrouk était aimé !
— Mort I murmura Meryem, et ce mot ne fit qu'effleurer ses lèvres glacées d'épouvante .
— Non, se hâta de rvpo'^dre tout bas la nourrice... Miloud est prudent, il
irorape Ben-Chérif. . Nor?, Mebrouk vit pour te venger.
— Gomment le sais-tu ?.. Comme moi, tu as entendu...
— Mieux que toi, car j'ai compris...
Rassure-toi... Ecoutons jusqu'au bout.
Et quand Sidi-Khalaf fut sorti de sa tei.te. après avoir congédié Miloud, Yaya saisit k deux mains la tête de Meryem qu'elle ittira sur son épaule.
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Pais la berçant, comme à son âge !e plus tendre, elle lui dit de cette même voix câline que prennent les nourrices pour calmer les gros chagrins de leurs enfants :
— Tu lui as porté bonheur, chère amie de la pauvre Yaya. .. tu lui a porté bonheur !
— A Miloudî demanda Meryem, avec cette charmante perfidie qui ne trompe jamais personne.
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— A Miloud, sans doute; mais à Mebrouk surtout, car Dieu a fait iiii miracle en ta faveur en le protégeant.
— Mais, hélas ! ne devons-nous donc pas le pleurer?
— Non, non, Miloud a eu l'art de me parler la langue de mon pays... N'as-tu pas entendu le bruit qu'il a fait avec sa langue en annonçant à Ben-Chérif que Mebrouk et le juif avaient été fusillés?
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— Je n'ai rien entendu... que l'affreuse nouvelle.
— C'est que le cœur t'a rendu scurde eu ce moment, chère fille... Eh bien ! par ce bruit, Miloud m'a dit ;
a Ce que je raconte est faux, Mehrouk est vivant, >
- Bien vrai ? 8*écria Meryem.
— Et comme Miloud a chanié en
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quittant Sidi-Rhai^if, je vais l'aller trouver, car sa chanson m'appelle. Reste donc là, paisible et confiante dans ta destieée... Elle sera douce, elle sera belle. Dieu le |)ermettra... Ah ! moi je suis si heureuse!... Jaserai de retour bientôt, et nous causerons... nous causerons sans fin.
La bonne nourrice sortit une cruche sur la tête, comme nous l'avons dit, et elle courut au gourbi des esclave» .
Meryem, demeurée seule, croisa t>es
ou BiNfi. i?
mains cûarmarites sur sa tête, qu'elle étreignit comme pour en faire jaillir une
pensée brûlante ; et elle se dit dans son trouble :
— Qu'ai-je donc dans le cœur? Pour quoi les forces qui m'abaadoanaient hier me revienneut-elies aujourd'hui?
KUe s'empara distraitement de son petit miroir et, s'y regardant sans trop de coquetterie, elle vit courir sur ses joues un flot de vermillon.
Ah ! cœur de femme ! s'écria-t-elle a
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demi-voix, et elle jeta loin d'elle le miroir arec un gracieux dépit qui consacrait la victoire de .^îebrouk.
— T'ai-jo bien compris ^ demanda la nourrice à Miloud... Mebrouk est vivant, le juif seul a été tué.
— Oui. Si je n'avais pas fait ce mensonge, Ben-Ghérif m'aurait dévoré.
— Et que L'a dit Mebrouk pour nous ?
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— Tout ce qu'une âme violemment éprise peut imaginer pour toucher l'âiiie dont elle est amoureuse. Mais avant de parler de ces choses peu sérieuses, parlons de l'avenir.
Ben-Chérif est un monstre, il a tout fait pour que les chrétiens nous missenl à mort comme espions de l'émir. Ce que j'ai dit de la lettre qui était cachée daus mon kaban est vrai ; le juif avait ordre de me dénoncer aux Français, et il n'A a pas manqué ; mais Dieu est immense, et savant et juste ! Il a retourné la face des traîlies, et le juiï, reconnu dans son
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crime, a été fusillé co?iiaie un chien, tandis que Mebrouk et moi avons été mis en liberté.
Mebrouk est chéri des chrétiens qui sont bons et généreux ; il a dans le cœur tout le feu de la vengeance contre ses ennemis et le tyran de Lelia-3Ieryem, Je lui ai juré de le servir, et de le prévenir, de mon mieux, des mouvements de notre armée... je lui ai promis de favoriser la fsiite de Lella-Meryem, dût ma tète rester en gage dans les mams barbares de SidiFhalaf.— Ainsi, tu le vois, nourrice, (h, tous côtés je suis un homme dangere'îsement exposé... Oui, je le sens, la
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tête de Miloud est bien légère sur ses épaules... il semble qu'elle va tomber...
Mais que m'importe? je suis vieux, jo suis pauvre, et c'est de grand cœur que je me donne à Leila-Meryem. Puisque tu la considères comme ta fille, je dois me croire son frère.
Jeté l'ai dit: en protégeant votre fuite, ou en la préparant, j'ai toute chance de périr; mais si vous ne prenez pas ce parti, ma mort n'en sera que plus certaine et plus affreuse peut-être, car l'é- V 2