‹ Scènes de la vie arabe (volume 3)Chapitre 7 sur 21 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

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Les Contingents.

La nourrice comprit qu'il ne fallait pas prolonger davantage son entretien avec Miloud.

La pluie annonçait, par de larges gouttes, que, momentanément ralentie, elle allait de nouveau tomber à torrents.

Le lieu et le temps étaient donc mal choisis pour une conversation en plein vent, surtout en présence des périls qu'elle pouvait faire naître.

Yaya descendit à la fontaine , remplit sa cruche, et remonta bien vite près de 31eryem, à qui elle raconta, plutôt en brodant qiî.*en les simplifiant, les aventures de Mebrouk et de Miloud.

— Miloud est perdu, s'il reste ici ! s'écria Meryem, interrompant sa nourrice, avant qu'elle lui eût parlé du projet de fuite.

— Hélas! reprit la négresse, ce n'eit que trop vrai l

—Pourquoi cet excellent homme est-il venu exposer sa vie? Pourquoi n'est-il pas resté avec Mebrouk chez les chrétiens?

Ne connais -tu pas le dévouement

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de Miloud' Ne sais-tu pas aue la vie n'est rien pour lui, s\ ton bonheur lui manque? Le pauvre serviteur vaut mieux, dans son petit doigt, sois en sûre, que tous ces grands chefs aux sentiments douteux qui avaient pour ta famille de faux semblants d'emitié. Où sont-ils ces puissants personnages? Ils t'ont laissée entre les mains de Ben-Chérif, un bandit!

Miloud a écouté les brillantes exaltations du jeune Mebrouk, il a reçu ses

confidences, il s'est chargé de te porter ses rêves d*amour et ses promesses, et il

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ï^'est sacrifié, sans compter avec le danger, ponr travailler à ton salut.

bi Témir. si Khalaf reçoivent avis de la mort de Salomon, et de Thospitalité offerte à Mebrouk par les chrétiens, ils livreront le pauvre Miloud à la férocité de leurs chaouch.... Nous savons cela, nous savons même que, d'un moment à l'autre, cet avis peut arriver, car les espions de l'émir sont nombreux làbas...

— Il faut donc qu'il parte au plus vite...

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— Il faut qu'il reste !

— Et pourquoi?

— Parce que son sort est attaché au tien... Veux-tu écouter mon conseil?

— Parle.

— Fuyons, nous, les premières ; Miloud cous suivra.

TiV SANG. 31

— Mais où fuir? demanda Meryem avec hésitation.

— Là où est ton repos, où est ta gloire, où est ton bonheur, où est la vengeance... chez les chrétiens...

— Oh! 8*écna Meryena, est-ce à la fille de TAbib-ben-Taleb que tu parles ainsi'

— C'est à la femme de Sidi-Khalaf, le descendant des pieux chérife, c'est à !a sujette de Témir Abd-el-Kader, issu d'un

savant marabout, et lui-même marabout, pèlerin de la Mecque, c'est à toi, Meryem, qae je m'adresse, à toi victime des mensonges de ces grands chefe, traîtres à leur religion par le mensonge et l'iniquité.

— Parce que les premiers serriteurs de Dieu le trahissent, faut-il donc que je m'allie aux infidèles?

— Tu ne combattras pas pour eux, tu échapperas aux projets sanglants des

pervers! Notre seigneur Mohammed n'at-il pas fui ses ennemis?...

— Tu travailles à me corrompre, nourrice; tu abuses (i*une faiblesse que j'ai laissé deviner, à ma honte...

— Je n'abuse pas de l'ascendant qae Mebrouk a pris sur ton cœur; non...

Dieu ordonnera c(? qu'il voudra de ce jeune amour, ajouta la négresse avec une habile indifférence; mais je ne veux pas que la fille de mon lait soit ingrate et cruelle...

Ecoute, Meryem : Miloud a placé pour toi sa tête sous le couteau des chacuch... laisseras-tu tomber cette lête?... Ré" poiîds.

Je fuirai !

— BienI mon enfant, bien? s'écria la nourrice ayec une explosion de joie; je sais ce que vaut ta parole et ce que vaut l'une de tes décisions iibremeni arrêtées... Enfin, je respire! oui, je respire, car, s'il faut te l'avouer, ce n'était pas la vie de Miloud qui m'inquiétait; peu

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m'importe que nous périssions, nous autres vieilles gens à peau noire !.. Mais toi. Dieu puissant! toi, ahl regarde si mes yeux ne sont pas remplis de larmes'.... Te voilà sauvée!...

Yaya baisa les mains de Meryem, et son visage, couturé par les rides et le tatouage, s'éclaira de rayons magiques^

— Pauvre nourrice, murmura MeryecQ, tu te hâtes bien date réjouir.,. Ne sommes-nous pas environnées de dangers qu'il faudra braver et surmonta r pour sortir de ce camp maudit?

LE PMX

— Nous braverons tout , nous triompherons des plus grands et des pms petits obstacles. .. j'en réponds.

— Je te laisserai donc faire... Quand lu me diras :

« Lève-toi et partons. »

Je me lèverai... nous partiron»

— Bien ! mais pour réussir, nous de-

DU SikNG. ^

vrons agir avec prudence. Peut-ôtre vat-il falloir gagner du temps.

Miloud D0U8 instruira ; et, pour le seconder, il faudra que tu te montres un peu moins dure enrers Ben-Chérif, lorsqu'il viendra te tourmenter par ses supplications hypocrites.

— Jamais! jamais! ce serait une lâcheté. C'est bien, assez du mépris que j'ai pour cet homme. Dois-je donc me mépriser moi-même ?

— Cependant, la ruse est permise.

— Mais, lorsqu'elle déshonore ! Si Khalaf se présente à moi suppliant eomme à sa dernière visite, il me trouvera de pierre ainsi que ie Ten ai prévenu ; s'il se présente armé de violence et de colère, pour me briser, il me trouvera de fer..»

Oh I j'en jure par les sources célestes ! mon orgueil ne m'abaissera jamais devant ce maudit...

— Tais-toi, chuchota précipitamment la nourrice... le démon est de retour; y ai reconnu son pas.

C^IÂPITRË TKOISIÊMËiC

Les CoDtJQgens. {Smi$.)

Yaya se mit aussitôt à fredonner, mais à voix haute, une chanson de Gora.

Puis, pour se doriner un innoceût maintien, elle ramassa des tiges de paille de diverses couleurs, dont elle fit des nattes, cachant sous le masque épais de son impassible visage, les violentes émotions dont son cœur était agité.

Khalaf-ben-Chérif se présenta, la fièvre dans le cœur, mais le sourire aux lèvres.

Il venait de quitter Miioud que i*émir avait fait appeler, et Miioud, en regagnant son gourbi, avait entendu la chanson de Yaya.

Dy SANG. kb

Cette chansoii disait :

« Quand l'orage n'obscurcira plus le ciel a Les oiseaux secoueront leurs ailes mouillées » Et s'envoleront vers l'occident, »

Miloud, à cette nouvelle pour lui si précieuse, s'était frotté les mains en riant de ce gros rire qui écartelait ses màchoit-es, et il avait tout bas supplié ie ciel de sécher ses ïoirs nuages.

— J'ai une bjune nouvelle à t'annon-

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cer, Meryem, dit Khalaf en s'asseyant sur un coussin, assez loin de sa femne.

Mon fidèle serviteur Miloud esi re\«nu du camp des chrétiens, et il nous a donné de bons renseignements sur les projets de ces maudits.

L'émir l'a longuement interrogé. ITous savons aujourd'hui sur quelle route nous devrons attaquer.

— Je fais des vœux pour les enfants du

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prophète, répondit Meryem sans détourner ses regards du travail de sa nourrice.

— Nous avons appris également, continua Khalaf, que Mebrouk le voleur et ma jument Messaouda étaient au camp des chrétiens.

— Mebrouk n'est pas un voleur, 3t Messaouda lui oppartient, dit Meryem avec calme malgré le tre8sailleii:ient d'effroi de la nourrice.

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— Toujours de la colère, toujours de la haine! murmura Ben-Ghérif après un violent effort pour se dominer; des outrages, toujours I

— Ni colère, ni haine, la vérité toujours, répondit Meryem avec un calme glacial.

— Quel sentiment as-tu donc pour jîioi?

— Aucun... Je suis de pierre... ne le sais-tu pas?

— Femme maudite I s'écria Khalaf exaspéré... prends garde '.... il y aura du sang entre nous l

Meryem se pencha nonchalamment, ramassa son petit poignard qui traînait sur le tapis, et le jeta à Ben-Chérif dont les mains et les lèvres tremblaient de fUreur.

— Il ne peut y avoir que du sang entre nous Sidi-Khalaf, dit-elle. Tu es sans

armes, prends celle-ci et dépêche-toi.

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— Non, je ne te frapperai pas avec ce Boignard ; ce serait» je le sais, te satisfaire. Tu mourras, mais d'une mort odieuse, ou bien tu changeras à mon

eg:ird.,.

Le jour est proche , rappelle - toi ma prédiction, où tu m'imploreras à deux genoux ; et si, par impossible, je me trompais dans mon calcul.. . eh bien ! je ferais alors un exemple, et ton sang, versé goutte à goutte, me vengerait de ton orgueil... J'ai le coup-d'œil du faiïcon et les serres de l'aigle ; mes ennemis ne m'échappent jamais. Déjà Me

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brouk, voleur ou non, m'a payé sa dette... Il est mort, sais-tu cela ?

— Je Tai entendu dire à Miloud. Que me fait cette histoire?

~ Cette histoire géra la tienne. Nous allons livrer bataille aux chrétiens, ^otre victoire n'est pas douteuse, et elle nous doiinera assez de repos pour me permetlre d'entreprendre, avec to), uii asse? long voyage.

Je te coiaduiraisur les bords de l'iiuv d-

Noun ; tu assisteras aux évocations mystérieuses de mes frères ; et si les sortilèges n'influent pas, selon mes désirs, sur ton esprit; si de femme insoumise tu ne deviens pas femme suppliante, c'est que ta dernière heure aura sonné dans Téternité.

— J'irai donc voir les sorciers impies de i'Oued-Noun, répondit Meryem en souriant; les voyages me font grand plaisir, et celui-là surtout stimule d'avance ma curiosité.

— Soit! Tu connais mes intentions,

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prépare tes forces et jusque-là vis en paix... Ma présence ce t'inportunera pas.

Khalaf se retira.

De sa part, ce n'était pas menace vaine

Réellement affilié aux sorciers de rOued-Noun, qui avaient su flatter son ambition eu lui prédisant un brillant avenir, il croyait aux miracles de ces profanes, assez heureux ou assez adroits

pour lui avoir annoncé quelquefois des événements que le hasard avait fait naître.

Il était donc bien résolu à user de sortilèges pour triompher des résistances de Meryem, et résolu à la faire mourir si ces épreuves étaient infructueuses.

La campagne ouverte contre les chrétiens retardait seule Texécution de cet abominable projet.

Mais cette campagne devait être courte et glorieuse... l'M^M^iMmà^^^SM

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Encore quelques jours d'attente, et Khalaf triompherait, soit au nom de sa vanité, soit au nom de sa haine !

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