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De la mise en liberté en général

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€ AbenoU'Aomar rapporte qu'un homme vint un jour auprès du prophète, en lui disant : c Combien de fois n'ai-je pas pardonné à mon esclave! Mais Mohammed ne lui répondit point, et deux fois encore cet homme répéta la même plainte sans obtenir un mot de blâme ou de conseil, i la quatrième fois, enfin, l'envoyé de Dieu s'écria :

€ Pardonne à ton esclave soixante-dix fois par jouff si tu veux mériter la bonté di" vine. »

La négresse devenue mère du fait de

son maître, jouit de tous les égards dus aux ferumes légitimes, et prend le titre d'oum-el-onled (la mère de Tenfaiit). Son fils n'est pas bâtard, mais l'égal de ses demi-frères; il hérite comme eux, comme eux appartient à la tente : aussi ne voiton pas de mulâtres esclaves (i).

Enfin , pour mettre le sceau à la générosité imposée aux maîtres envers leurs serviteurs (2), le dernier chapitre

(1) Daumas el Chancel {Grand Désert).

(î) Bou-Hourrira a posé celte sentence : We dites jamais; monesdavcy car nous sommes tous les esclaves de Dieu ; dites : mon serviteur ou ma tcr^ vante.

du code que nous mentionnons, et qui fait de l'esclave un ami de toute famille craignant Dieu, s'ouvre par cette sentence libérale du Prophète:

* Celui qui donne la liberté à un esclave est exempt des feux de Tenfer. »

Nous voyons dans ce même chapitre que: «îSi un homme ne possède aue la moitié d'un esclave et qu'il lui donne la liberté, l'autre maître est obligé de souscrire à cette volonté. Toutefois, celui qui affranchit indemnise son co-propriétaire. >

La condition de l'esclave est donc.

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matérielieineiit, fort douce en Algcrie et dans toutes les contrées souiaises à la loi de Mahomet.

Son travail est réglé avec une grande modération, et les noirs, surtout, comme pour narguer Taphorisme émis par la naïve sensibilité des négrophiles, y sont

bien moins laborieux que les blancs.

Le nègre est bon, brave, intelligent, susceptible de beaucoup d'attachement ei d'un zèle aveugle pour son bienfaiteur ou pour son maître, si ce maître est juste et bon.

Il est d*humeur gaie, passionné pour le plaisir, surtout pour la danse et la musique (1) ; il est supertitieux à l'excès, causeur , expansif, habiluellement fort doux, mais farouche dans ses colères et dans se haines que le sang des ennemis peut, seul, assouvir. C'est l'être patient, résigné, philosophe par excellence dans la mauvaise tortune; dans la joie c'est un enfant que le bonheur enivre;... bonne

(1) Les corps de musique des émirs, khalifas et grands cbérifs, sont presque enlièrement composés de nègres. Ce sont encore les nègres qui ont, «n quelque sorte, le monopole des orchestre publies.

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et iDtéresaaute nature, nous? l'avons dit et on 'eroit.

Miloud était un type du bon nègre ; il avait toutes les qualités de sa race et la majeure partie de ses défauts.

Laid de visage, estropié par accident, assez mal bâti du reste, il brillait par la vanité puérile commune à tous ceux de sa peau; il aimait passionnément la toilette, et quelle toilette !/

Le pauvre diable ne possédait rien au

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moude, il vivait de la desserte de ses maître et s'habillait des étoffes grossières qu'on lui donnait pour couvrir imparfaitement sa nudité.

Dans ses heureux jours, il portait.une grande chemise en cotonnade ou gandoura d'une blancheur équivoque , et un burnous; quelquefois il ajustait un kaban en grosse laine par-dessus un pantalon large, arrêté au-dessous du genou.

On le voyait presque toujours tête

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découverte, comme un Kabyle, par ie soleil et par la pluie (1).

S'il se coiffait d'une calotte {chéchia) rouge, s'il se chaussait de mauvaises babouches, s'il portait une ceinture, c'était par suite de quelque libéralité inattendue qui le faisait danser, chanter, cabrioler, pendant des heures entières.

Il n'avait jamais eu d'argent et n'en connaissait pas la valeur; aux époques

(1) Les Kabyles vont tête nue par tous les temps.

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les plus fortunées de sa pauvre vie, c'est à neine si qaelques piécettes s'étaient entrechoquées dans ses larges mains calleuses; aussi dût-il' croire qu'avec les centdouros payables par le juif Salomon, il pourrait acheter tout ce gui se vend en ce bas monde.

Traité par les père et mère de Lella- Meryem avec bienveillance, Miloud leur avait voué beaucoup de gratitude.

La nourrice Yaya était depuis longtemps installée dans la tente de ses bons maîtres, lorsque Miloud y arriva encore

enfant, ^t la présence de sa compatriote contribua puissamment à l'attacher à une famille qui était, en quelque sorte, devenue la sienne. -

Passé, avec Meryem dans le douar de Brahim-ben-Taïeb, chez les Flittas, Mi-

loud avait obtenu du kaïd de Zemmora de rester au service de sa nièce devenue la tèmme de Khalaf-ben-Chént, et le kaïd l'avait troqué contre deux lévriers

assez médiocres, preuve assez concluante du peu de cas qu'on faisait, des deux côtés, de ce serviteur infirme, mais nussi méconnu.

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A dater de ce troc assez plaisant, Miloud fut surnommé, dans le camp d*Abdel-Rader : Bou-Slougij père du lévrier, sobriquet dont il eu le bon esprit de rire de toute l'élasticitë de ses formidables mâchoires, armées de dents caniaes qui ne démentaient pas trop son nom de guerre.

ilAPlTRË QUINZIEME.

Miloud. {Smtg.

Lorsque Miloud eut fait la moitié du chemiR qu'il avait ^ parcourir pour uni' ver au camp du Figuier, i] abandonna deux idées fixes, sur lesquelles chevau-

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chait son esprit, et il so jeta dans des considérations d'un ordre plus élevé.

Notre boiteux avait pour idées fixes :

la bonne miae que devait lui donner son kaban neuf, et le parti k tirer des cent douros du juif Salomon.

Le kaban était de grosse laine noire semée de lozanges en draps de couleurs vives et diverses, ce qui en eût fait aisément une veste d'arlequin, il était neuf incontestablement, et jamais, au grand jamais, Miioud n'avait jusqu'alors porté dans sa fraîcheur un vêtement quelconque.

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Aussi, le pauvre homme se carrait-ii dans sa gloire ; il gonflait d'air ses poumons, faisait gros ventre ou gros dos, de manière à compromettre les coutures de ce superbe kaban digne d'un opulent Biskri (1).

Quant aux douros, dont le tintement

(1) Le Biskri est, de profession, portefaix on batelier, comme l'Auvergnat, à Paris, est porteur d'eau. La corporation des porte-faix, à Alger, es riche et laborieuse. Le Biskri^ lorsqu'il fait toilette, se couvre d'un kaban semblable à celui que nous venons de décrire.

métallique résonnait aux oreilles de Miloud, c'était bien autre chose.

Que de projets, que de fantaisies, que de rêves assaillirent, au sujet de ce trésor, l'imagination pétulante du messager boiteux de l'émir Abd-el-Kader l

Il achèterait trois femmes, regrettant que la loi ne lui permît pas d'en acheter davantage.

Il leur ferait de riches .cadeaux, des

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bracelets d'ambre, des griflFes de tigre, des foulards rouges, des pendants d'oreille pesant chacun bien près d'un demi-kilogramme, et des krelehrals (anneaux de jambes) d'argent, lourds comme des fers de galérien.

11 aurait une tente en poil de chaaieau. vaste et impénétrable à la pluie, devant laquelle se rangeraient, le soii , un cheval de guerre, deux chameaux, un mulet, un âne et des moutons confiés aux soins de deux esclaves, nègres bien entendu, mais venus de VOum bouroum, où les enfants sont tatoués au front par

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leurs mère», avec un coute^îu lOugi au feu, tandis que, dans le Kora, patrie de Bfiloud, le tatouage est éloigné aux tempes, signes certains d'une civilisation supérieure.

Miloud laissait bien loin derrière lui, on s'en aperçoit, Perette dont il n'avait jamais entendu raconter l'histoire, tant il est vrai que le pot au lait du bon Lafontainc se balance sur toutes les tôtes humaines qui grouillent ici-bas.

Cependant, si fertile et aventureux que soit un cerveau, voire de nègre, tonte

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pensée finît par y mourir après un long vagabondage, et Miloud, en s'approchant du camp des chrétiens, envisagea par hasard la situation qu'allait lui faire •on rôle de messager officiel d'un prince tel que l'émir.

A peine entré dans cette région d'idées nouvelles, notre boiteux fit halte devant des embarras jusqu'alors inaperçus.

Etait-il bien naturel qu'Abd-el-Kader, chef suprême de tant de nobles cavaliers, se servît d'un pauvre diable

Sik LE PRIX

ignorant et ignoré, inhabile à toute chose, et coté, pour sa valeur intrinsèque, par Testimation mesquine de deux chiens sans réputation.

— Etait-il naturel que cent douros (une richesse!) fussent le prix d'une course et d'un port de lettre?

— N'était-il pas possible, probable qu'au bout de cette destination, de cette générosité et de ce voyage extraordinaire, il y aurait une corde; et, à l'un des bouts de cette corde, une potence?..

Sidi-Khalaf était-il de bonne foi?

— Les lettres étaient-elles. Tune d'Abdel-Kader, l'autre pour Salomon?

Une petit frisson accompagnait chacune de ces questions que se posait Miloud, et il était tout proche du figuier que son esprit se taisait encore faute de savoir lépondre, bien ou mal, à sa légitime (^riosité*

Tout à coup les tentes des chrétienc apparurent au voyageur, qui se prit à trem-

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