‹ Scènes de la vie arabe (volume 5)Chapitre 6 sur 34 · BU SA2)G · texte numérisé non relu

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vant mes moyens de les faire réussir.,, tu aurais préféré pour moi la honte de certains aveux qui eussent fait triompher le kaïd et Mebrouk, au démenti ingénieux que je leur ai opposé .. Tu fais grand cas de la franchise, et tu veux que je te livre tous les secrets de mon cœur. Eh bien ! écoute-les, ces secret» :

Oui, j'ai trompé Salem qui, s'il avait cru à ton enlèvement, ne m'eût pas secondé; oui, j'ai tué l'homme de Zemmora parce qu'il me faisait obstacle, et que tout doit céder à mes volontés...

Oui, j'ai abandonné Salem à la fureur

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de toD oncle, parce que sa mort devenait alors certaine, et que je voulais posséder à tout prix sa jument Messaouda que l'émir m'envie...

Oui, je suis affilié aux sorciers de VOued'Nûun, qui jurent constamment par l'enfer et les choses maudites I

Oui, je le hais, parce que depuis l'honneur que je t'ai fait en t'épôusant, mes évocations les plus terribles, mes sortilèges les plus formidables n'ont pas pu te gagner à mes principes; et que, dès

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lors, mes grands desseins trouveront chez toi une hostilité permanente...

— Ta franchise manque de courage, Khalaf. Avoue donc hardiment que tu ne m'as jamais aimée.

— J'allais le dire, reprit Khalaf avec une monstrueuse impudence. Non, je ne t'ai jamais aimée comme tu aurais voulu l'être. Est-ce que je suis un rabâcheur de couplets, un poète efféminé courant les tribus une flûte en roseau dans les mains pour célébrer la paresse, et chanter les amours des petits oist-aux.

Non, je suis un noble cavalier, terrible aux hommes et aux lions! mes

amours sont les amours du tigre.....

Lorsqu'une femme me plaît, elle ne plaît qu'à mes yeux; je la désire et je m'en empare, et je la garde aussi longtemps qu'elle a le pouvoir de me charmer.

Ton empire sur moi eût été de longue durée, Meryem, si tu t'étais adroitement associée à mon caractère, à mon ambition, môme à mes crimes... C'est toi qui me laisses en route : tant pis pour ton bonheur!.,.

Les obstacles amoncelés sur nous

avaient tellement exalté la passion que tu m'avais inspirée, que je t'aimais au point d*en être étonné, chagrin peutêtre, car cette passion était une servitude, et ma fierté ne veut d'aucun esclavage ; elle se révolte devant toute domination...

— C'est pour cela que tu t'inclines si bas devant l'émir? observa Meryem.

— Le roseau plie pour se redresser, ne le sais-tu pas? et il triomphe de la tempête quand hs gros arbres qui l'en-

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vironnent sont déracinés et abattus.

L'émir est maintenant plus fort et plus grand que moi, mais j'aurai mon jour, moi aussi, et jeTéclipserai... Tu peux aller le trouver et lui dire :

€ Défie-toi de Rhalaf, il te sert en hypocrite, il se lèvera bientôt contre toi, il usurpera ta souveraineté. >

Coursmetrahir par cette dénonciation; l'émir rira de ta trahison et il n'y croira pas, car j'ai su dompter sa prudence et me rendre maître de son amitié, car

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mon courage, ma réputation lui sont nécessaires, et avant qu'il ait pén^itré mes desseins i'aurai renversé sa Duissance

Ainsi, Meryem, te voilà instruite se.

ion tes vœux ; tu as été ma femme, tu n'es plus que mon esclave. La mort te serait douce, je le crois; et c'est parce que je le crois» que je îe condamne à vivre près de moi. Soumise ou non à mes caprices, tu leur obéiras... je te ferai surveiller... tu n'échapperas pas à l'aversion que tu m'inspires... tu vivras du poison de ma présence ; les anneaux d'or de tes jambes seront les anneaux de fer de ta captivité!...

Et toi, ajouta Ben-Cherif, se levant et s' adressant à la nourrice : — S'il t'arrive de tramer quelque complot en faveur de ta maîtresse, J3 t'infligerai un châtiment dont tes os frissonneront jusque dans la tombe !

— Dieu fermera ta tombe avant la mienne, répondit gravement la négresse.

Et elle vint se coucher aux pieds de Meryem avec cette touchante fidélité du chien du pauvre qui, dédaignant les

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menaces ou les caresses du riche, se fait rincorruptible compagnon du malheur.

Les deux femmes se regardèrent longtemps sans se parler.

Meryem était abîmée dans sa douleur, et son esprit s'égarait à la poursuite de résolutions trop fugitives pour qu'elle pût en fixer aucune.

La nourrice respectait ce silence des

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lèvres et ce mouvement de la pensée.

Mais, comme pour ramener Meryem à plus de calme, de confiance ou de résignation, elle lui faisait du regard et du fourire les plus tendres caresses. Tous les traits de sa physionomie parlaient ce doux liiïigage que l'éloquence du cœur et des entrailles donne au regard et au sourire d'une mère penchée sur l'enfant endormi dans ses bras.

Ces touchants efforts de la pauvre nég^resse parvinrent à distraire Meryem de ses sombres préoccupations; elle se-

lança au cou de sa nourrice ; et, la tenant étroitement emDrassée , elle fondit en larmes.

— Bien! bien! murmura tout doucement Yaya. Pleure, ma fille, j'aime mieux cela... Le Seigneur a donné des larmes à la femme pour soulager son cœur,.. Pleure tout haut.., Le maudit n'est plus là. . on est venu le chercher pour la dijfa que 1 émir donne à ton oncle»

Meryem se retourna vivement, et ses

yeux se portèrent sur le petit poignard que nous lui avons déjà vu dans sa tente àZemmora; mais la nourrice s'élança, prompte comme Téclair, sur cette arme, et dit :

— Pour lui, j'y consens; pour toi, jamais.

Et elle cacha le poignard dans son haïck.

Dans ce même moment la chanson favorite des nègres se fit entendre au dehors.

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— C'est le boiteux! c'est À'iloud! s'écria la nourrice... Courage, m où enfant, nous terrasserons le mauvais esprit.

Et elle s'élança dehors.

Moins de deux minutes après sa sortie, Yaya rentra sous la tente de Meryem, traînant, par la main, Miloudqui mit un genou en terre devant la femme do Khalaf-ben-Chérif, et demeura ainsi, immobile et muet, dans une respectueuse contemplation.

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