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CHAPITRE ONZIÈME

Xé.

La Faite. {Suite.)

Ben-Chérif sortit de la tente ds Meryem comme il y était entré, c'est-à-dire en rampant dans la poussière comme un reptile, s'arrêtant souvent pour épier.

«écouter et se diriger. Tl déploya, dans le trajet qu'il avait à faire pour arriver à ses chevaux, tant de précautions et de ruses, que les maraudeurs arabes, si fertiles en inventions de ce genre, l'eussent accepté avec orgueil pour un des leurs. Parvenu à son bivouac, il se mit en devoir de seller ses chevaux. Alors un homme du di>uar vint à lui avec empresseient et lui dit :

— Puisque tu pars, je vais t'aider dans tes préparatife.

-» Je ne pars pas encore, répondit Kha-

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laf; mais, comme nous nous mettrons en route tie très-grand matin, je selle les chevaux afin que mon maître ne perde pas de temps, et je vais faire boire nos montures

— La source est un peu éloignée, reprit le Flilti; il vaut mieux que tu prennes de l'eau dans nos outres.

— Non ; nos chevaux sont délicats, ils ne boivent qu'à la fontaine.

Ne crains-tu pas que Teau soit

trop fraîche pour abreuver tes montures^ Sidi-ben-Youssef a dit:

c Préservez vos chevaux d'une eau trop froide, qui leur donnerait des coliques. »

— Oui, mais Ben-Youssef ajoute:

€ Faites boire quand vous le pœivez, car l'eau ne se trouve pas à toute heure y : et nous allons voyaorer dans un pays où il n'y a pas de sources.

-- Alors, je t'accompagnerai.

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— Ne te dérange pas, je te le conseille. Retourne à ton sommeil; le sommeil est un bienfait.

— Tu es l'hôte de Dieu, et je dois te servir.

— Viens donc, puisque tu le désires, et marchons à pied, car nul ne monte sur le dos de nos coursiers.

Quand les chevaux furent sellés, Khalaf et son obligeant compagnon les prirent par la bride et se dirigèrent vers le

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ravin, où Meryem et Yaya s'étaient rei dues et se tenaient cachées.

Les chiens aboyèrent violemment; mais le Flitti les apaisa et dit à quelques hommes inquiets de cette alerte, qu'ils eussent à se tranquilliser.

En approchant du lieu où se trouvait Meryem, Khalaf, qui avait les yeux sur Chitann, vit le noble animal pointer ses petites oreilles et marquer une légère hésitation. Il reconnut a ce signe que sa n.aîtresse n'était pas loin; et, se tournant brusquement vers le Flitli, il lui

mit une main sur la bouche, pendanj que (le Tautre il lui enfonçait jusqu'au manche un couteau dans le cœur.

; L'Arabe tomba comme une masse, sans jeter un cri ; mais, dans sa dernière convulsion, il mordit jusqu'au sang la main de son meurtrier.

■ ; — Tu Tas voulu! murxiura Ben-Chcrif, en essuyant son couteau à la crinière de Chitann, que Fange Azraël te ramasse (1)!

(1) Azraël, Tango de mort. .7

Au même moment, Meryem et Yaya sortirent d'un buisson de figuiers et accostèrent Khalaf.

— Vite, achevai! leur dit-il, nous avons perdu du temps.

Et il voulut porter la jeune fille sur la selle de Ghitann. Mais Meryem trébucha contre le cadavre du Flitii, et recula d'épouvante.

— Cet homme nous gênait, dit Kha-

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laf; il allait nous trahir, et je Tai tué!

— Fatal présage ! observa tout haut la nourrice.

— C'est ainsi que je tuerais le dernier homme s'il s'opposait à nos desseins, reprit Khalaf, j'en jure par V arbre épineux (1).

Meryem n'osa pas se plaindre dé ce

{l)ElDari, arbrisseau épineux qui porte un fruit d'un goût très acre destiné à la nourriture des damnés. (Koran.)

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meurtre commis au nom de son amour; mais elle s'assit, frémissante et profondément troublée, sur le dos du superbe Chitann.

— Viens, ditBen-Cbérifàia négresse, qu*il enleva légèrement de terre et mit en croupe derrière lui. N'allons qu'au pas, ajouta-t-il, jusqu'à ce que nous soyons arrivés dans la plaine.

;,JA l'heure du fedjir (point du jour), le douar de Zemmora ^e réveilla paisiblement, et les fidèles se préparèrent à la petite ablution qui précède chacune des

cinq prières que tout bon musulman r.^citedaiissa journée (i). Quelques-uns lies plus zélés se rendirent à la lonlaine pour être moins distraits dans l'accomplissement de cet acte religieux. Ceux-là ne tardèrent pas à rentrer au douar, courant et poussant des cris lugubres.

(1) Ces prières se font : au point du jour, - à une heure après midi , - à trois heures, - après le coucher du soleil, - à huit heures du soir. Elles sont cependant plus ou moins avancées ou retardées suivant la saison. La loi musulmane ordonne deux espèces d'ablutions: la grande et la petite; la grande, ou ablution des flancs, n*est imposée que dans certaines circonstances.

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En un moment l'émoi devint général, et, de tente en tente, on vit sortir des visages inquiets ou effrayés. Les femmes mêlèrent bientôt leur voix perçante aa tumulte et apparurent comme des fantômes, "^enveloppées de la ièie aux piedi dans leurs kaïks blancs; les enfants se faufilèrent entre les jambes des vieillards pour connaître le sujet de cette agitation, et prirent leur course dans la direction de la fontaine. Les chiens hurlaient sur un ton sinistre. On eût ait, à voir ce désordre, que le douar de Ben- Taïeb était menacé d'une razzia sanglante.

Salem-Ould-KoDïder, entendant ce va-

carme, i'atiribua aussitôt à Ben-Ghérii, et pensa qu'il s'était maladroitement fait prendre dans la tente de Meryem. Son courage lui vint en aids dans ce pressant péril/et il se dit que s'il pouvait arritersain et sauf jusqu'à sa jument Messaouda, l'incomparable vitesse de cette fille du désert l'aurait, en peu d'instants, mis hors d'atteinte et de poursuite.

Il parut donc dans le douar, sous le brillant costume de Ben-Chérif, et promena un regard rapide autour de lui, A son grand étonnement, nul ne songeait à l'interpeller; mais un frisson d'effroi

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parcourut tout son être, lorsque, regardant la place où les chevaux avaient dû passer la nnii, il ne vit ni Messaouda. ni Ghitann, ni leur équipement. Un cri de douleur lui échappa , et d'autres cris partis de la tente des femmes du kaïdlui répondirent.

Alors Abd-Allah*bou-Taïed vint s'asseoir à sa place habituelle, au centre du douar, au pied de son arbre favori. Ce noble et respectable vieillard s'appuyait sur les épaaies de deux jeunes esclaves pour diriger ses pas chancelants; dès qu'il se fut posé sur sou tapis, il prit sa longue pipt et dit avec un grand calme :

— Par le soleil de la matinéel que se passe-t-il pour que mes enfants soient si agités? Je n'entends que cris, murmures et lamentations... Serait-il arrivé malheur à l'hôte de Dieu? Ce serait un signe funeste de l'irritation du ciel contre nous... Je le vois, qu'en le prie d'approcher.

Salem, invité à se rendre près du père du kaïd, ne fit aucune résistance.

— Ton sommeil a-t-il été troublé, mon fils? lui demanda le vieillard; quelqu'un des nôtres a-t-ii offensé l'hôte de Dieu? Parle, nour ferons prompte justice.

— Je crains qu'on m'ait volé mes chevaux, répondit Salem qui contenait à peine son émotion, et surtout la douleur que lui causait la disparition de Messaouda.

II achevait ces mots, lorsque deux hommes portant une civière sur laquelle était couché le cadavre de TArabe assassiné par Ben-Chérif fendirent le cercle formé autour d'Abd-Allah et de Salem.

Ces hommes étaient suivis de femmes, d'enfants et d'esclaves revenant, avec eux, de la fontaine.

— Qui a ccmmis ce meurtre? demanda froidement le vieil Abd- Allah.

Personne ne répondit ; mais tous les regards se portèrent sur Salem. Tout à coup Zhoraet Fathmase précipitèrent dans le cercle, et, sans découvrir leur visage, elles dirent :

— Par la vérité du Koran ! l'hôte de Dieu est un traître ; il a fait assassiner ce malheureux, et il a lait enlever Lella- Meryem, la future épouse de^ notre seigneur Taïeb; qu'il goit jugé! qu'il soit jugé!

A cette foudroyante accusation, Salem changea de visage malgré son intrépidité, et il baissa les yeux devant l'éclair que lui lança le regard courroucé du vieillard, devenu son juge impitoyable.

wm DU PREHIËB VOLUME.

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