AMIS ET ENNEMIS
« II faut bien que les bons, les innocents et les justes, payent pour les pécheurs dans cette vie; car s'ils ne payaient pas, qui donc, le jour des comptes, acquitterait la rançon des coupables devant le Seigneur ? »
Jit.es Barbey d'Aurevilly.) le bénlrti le Dieu père de toutes choses, Je chanterai sa gloire aux quatre vents des cieux. Une voix m'a crié : « Rosier, donne tes roses! Lyre, exhale à ses pieds tes sons harmonieux! <> J'offrirai devant lui mes meilleurs sacriQccs : Une âme pure, un cœur patimi dans ses maux. Une voix m'a crié : <• Lis, ouvre tes calices ! Palmier, sur son passage incline tes rameaux ! > J'élèverai vers lui ma louange et mon âme, Je le proclamerai seul très bon, seul très grand. Une voix m'a crié : « Trépied, répands ta flamme ! Et toi, brûle et parfume, encensoir odorant 1 » (J. ArjTRAN, les Idoles.)
« Toutes les fois qu'il s'agit de charité, de consolations à donner aux malheureux, de secours aux nécessiteux, toutes les fois qu'il faudra corriger les mœurs, adressez-vous à un prêtre, lui seul fait bien ces choses-là. »
Blahqui, Hiiioire de l'économie politique.)
Il y a un proverbe italien qui dit : « De ceux à qui je nie lie, Dieu me garde ! Je me garde moi-même de ceux dont je me défie. » Un rico hombre d'Espagne
adressait aussi à Dieu tous les jours cette prière : « Seigneur, défendez-moi contre mes amis : contre mes ennemis je me défendrai moi-même. » En France on ignore ce proverbe et cette prière. La prudence est une louable vertu que la générosité met en fuite.
Lorsque Félix fut depuis quelques jours à Montbernard, il voulut être prudent sans cesser d'être généreux ; en conséquence de quoi il fit le compte de ses amis et de ses ennemis.
Si la tâche n'était si ingrate, ce serait ici le cas d'essayer une dissertation sur l'amitié, en l'appuyant de textes tirés de la Sagesse des nations, et autres recueils recommandâmes d'axiomes, aphorismes, proverbes, sentences et préceptes.
Il y a longtemps que le Boman de Baudoin Sebourc a formulé cette vérité :
Porce dist I proverbe : miex vaut trouver en voie Un bon certain ami que denier en corroie.
Mais on trouve en son chemin plus souvent bourse pleine qu'ami certain, et le poète savoyard, Claude Mermet, dit qu'il en faut essayer cinquante avant d'en rencontrer un bon.
Félix en avait cherché un, néanmoins, en Cyrille Guers, baron de Montbernard, rejeton d'une antique lignée, déjà noble avant la première croisade, et qui allait s'éteindre avec le dernier héritier du nom.
C'était un petit vieillard fluet, mince et leste, ressemblant, avec sa moustache et sa barbiche en pointe, avec ses longs cheveux gris, ondes, à un gentilhomme du temps de Louis XIII.
Il en avait le port altier, la mine hardie et hautaine, les allures cavalières. On s'étonnait de ne pas le voir en soubreveste tailladée à l'espagnole, la chemise bouffante, le manteau drapé sur l'épaule, chargé de rubans des pieds à la tête, et coiffé du grand feutre empanaché de plumes couleur de feu!
Hélas! depuis tantôt vingt ans, et sauf le dimanche et aux fêles carillonnées, où il revêtait le frac bleu de roi à boutons d'or, il portait le même habit de chasse, de velours vert olive, blanchi aux coudes, usé sur les coutures. Des splendeurs d'antan, il ne restait que le souvenir.
Le baron Cyrille vivait maigrement du produit de quelques journaux de forêts, de quelques fosserées de champs et désignes, qu'il avait autour des ruines de son manoir, jadis forteresse féodale, détruite par
la rage des hommes plus que par la faux du temps, qu'elle aurait défié un siècle ou deux encore.
De l'amas confus des décombres, entassés là où avaient été les préaux, les casernes, les greniers, s'élevait une grosse tour carrée, accostée d'un tourillon, l'un et l'autre coupés au tiers de la hauteur.
En bas, c'était la vaste cuisine, où le baron mangeait, avec son granger et la famille de celui-ci, servi à part sur une table à pieds tors, posée devant une haute chaire de chêne sculpté, fruste et criblée de trous, vieux débris découvert dans un grenier. En haut, d'une salle immense, le pauvre seigneur avait fait son logis, encombré de meubles massifs et lourds, décoré de panoplies et d'armures. D'énormes bahuts renfermaient des liasses de chartes, scellées de grands sceaux protégés par des boites en fer-blanc, des collections d'in-folio vénérables, de livres à tranches rouges, solidement reliés d'un cuir épais, armoriés sur le plat aux armes de Montbernard : d'azur à la montagne d'argent, au chef d'or à l'aigle éployée de gueules.
Cet écu, aux émaux superbes, timbrait le hanap où il buvait, la salière et les plais, lourdement ciselés; il se répétait sur les courtines du lit, chef-d'œuvre
d'une Pénélope du seizième siècle, qui ne défaisait pas la nuit ce qu'elle avait brodé le jour, gaufrait le cuir cordouan dédoré qui garnissait les escabeaux, et brillait enfin sur la bannière, relique fanée, suspendue à la place d'honneur, sous un crucifix, entre le ilamard de Cyrille Guers, IXe du nom, tué à Monscn-Puelle, et l'estramaçon de Philippe Guers, tué à la bataille de Saint-Laurent, aux côtés de ce duc Tête- de-Fer qui avait pour devise ; Spoliaiis arma supersunt !
Et les armes de ses ancêtres étaient restées à Cyrille Guers, XIIIe et dernier du nom, qui gardait les traditions de sa race, l'honneur de sa maison, la dignité du malheur, mais que les révolutions avaient dépouillé de ses châteaux et de ses domaines.
Il eût été soldat, si Dieu n'avait mis le comble à son infortune en laissant à sa garde une mère paralytique, qui mit trente ans à mourir, et qu'il ne voulut jamais quitter.
Et lorsque sa mère, après cette longue agonie, rendit son âme au Créateur, il avait pris l'habitude de son isolement, de l'amère solitude et de l'invincible mélancolie des âmes blessées. Il demeura seul, trop pauvre et trop fier pour frayer avec ses
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pairs, trop haut d'intelligence et délicat de cœur pour n'être point inconnu des gens qui l'entouraient.
Le jour même où il vit, pour la première fois, l'abbé Félix, dont l'âme ardente rayonnait sur le doux visage au regard si pur, il se sentit entraîné vers lui par une irrésistible sympathie, à laquelle d'abord, défiant comme tous lus vieillards, il voulut résister, mais qu'il avoua enfin, lorsque Félix, ayant installé ses neveux au presbytère, vint à la tour de Montbernard, après avoir visité toutes les chaumières de sa paroisse.
Pour la première fois, le cœur du vieillard esseulé déborda, et ce fut avec une effusion juvénile qu'il en livra les secrets au prêtre.
Tout aussitôt ils se comprirent. La timidité de Félix ne tint pas devant l'abandon du gentilhomme, et dès lors il n'y eut plus, entre eux, de réserve, mais celte cordialité austère et grave, parfois souriante, qui convenait à l'âge de l'un, au caractère de l'autre.
Le curé de Montbernard eut donc un ami, qu'il n'eut point la peine d'étudier ou le regret de solliciter. Ils pensaient de la même façon, ils avaient les mêmes idées.
Ils aimaient Dieu, les déshérités, les foules ingrates; ils aimaient le ciel bleu, les arbres, les fleurs, la nature grandiose et charmante; ils aimaient les livres, la science, le passé, les traditions affaiblies, les croyances attaquées, les drapeaux renversés. Ils en parlaient avec l'enthousiasme de la foi et l'ardeur des poètes.
Désormais, Félix n'était plus seul. Il avait, au foyer, des enfants adoptifs, et tout auprès le cher compagnon des heures joyeuses, le partenaire assidu de ses récréations, causeur spirituel et bienveillant, sachant plutôt que savant, toujours aimable, gai, d'humeur égale.
Aussi jamais Symphorose ne se plaignit-elle des fréquentes visites du Baron, — toute la paroisse appelait ainsi le châtelain, comme s'il eût été l'unique baron chrétien! Dragon lui faisait fête, Ma Grosse, Menoune et Raboton accouraient lui souhaiter la
bienvenue, la queue en panache, et miaulant avec tendresse. Enfin, Zeph et Dodon eurent pour M. de Montbernard le respect affectueux et dévoué de l'écuyer pour le chevalier : il leur paraissait un preux des anciens âges, se reposant des fatigues de la guerre par les enchantements de l'étude.
Tel Sully écrivant les (Economies royales après avoir quitté le harnois du capitaine!
Un autre ami du curé fut un paysan de la montagne, un patriarche, qui régnait sur sa famille, comme un roi sur ses sujets; qui revivait dans sa cinquième génération ; un de ces hommes robustes de corps et d'âme, qui semblent coulés en bronze, immuables dans leur foi, puissants par leur espérance, absolus dans leur charité.
Cinquante années durant, Gaspard Balliol avait ceint l'écharpe de syndic, à lui léguée par son père, qui la tenait du sien. L'ingratitude, indépendance du cœur, est un vice de la multitude : l'heure vint où Ton ne pardonna pas au vieux syndic les services qu'il rendait. On le jugeait rebelle aux idées modernes, et de fait, il en avait la haine et le mépris, ayant vécu aux sombres années où l'on traquait les prêtres et les nobles, où l'on brûlait les églises, où
l'on rasait les châteaux, époque de sang et de larmes, dont il parlait avec terreur, avec colère, et qu'il maudissait.
L'union de ces trois hommes symbolisa donc l'union des trois grandes forces sociales, et plus d'une fois, les voyant cheminer de compagnie, le maître d'école, de sa voix criarde de pédagogue, osa dire :
— Prêtre, noble et paysan : le corbeau... l'épervier et la buse !
Ce maître d'école professait les doctrines libérales qui permettent d'injurier impunément ceux qui ne peuvent se défendre ou le dédaignent.
Le type est connu : un garçon parti de bas, instruit à la mesure du diplôme, gardant rancune à la société d'être né pauvre et de vivre pauvre; fâché de l'opinion qu'on a de son courage; éloigné de Dieu par un savoir médiocre, gâté par une outrageante suffisance; orgueilleux de son état qui le fait Monsieur, et qui est pour lui un métier, non une mission; éperdu de convoitises, qu'il ne satisfera jamais;
pétri d'envie, de vanité, de jalousie; exécré de sa troupe d'écoliers, qui l'enragent, qu'il méprise, dont il se venge comme il peut et quand il peut.
11 connaît Voltaire par ses Contes, Rousseau par ses Confessions, toute la séquelle par menues bribes. Il chante Béranger qu'il estime. Il déclame les vers patriotiques, éclos dans les mansardes de nos faubourgs. Sa politique est toute faite, dans les journaux, à un sou. La messe l'ennuie, le catéchisme l'agace. Il a la haine de la soutane et du rabat, rabat noir du prêtre, rabat blanc de l'ignorantin. Le curé de sa commune est son ennemi personnel. Une salue point les curés du voisinage, et fait la grimace à leur servante, — quand il n'est pas vu. C'est l'agent actif et violent de toutes les cabales, des coteries, des conciliabules de cabaret. Souvent, il est protégé, souvent aussi désavoué, s'il montre par trop de maladresse.
Généralement, il finit mal. On en cite qui ont fait du chemin, avec la férule en guise de béquille.
C'est un de ces mauvais maîtres d'école, — il y en a de meilleurs, et beaucoup, — que l'abbé Félix avait chez lui. Un philosophe, soumis au nilmirari, nourri de la pitance Renan, Michelet et Bert; ayant
quelque littérature, par le feuilleton-roman et la poésie apocalyptique du Parnasse dont M. Hugo est l'Apollon, respectueux des bas-bleus élégiaques et des chroniqueurs mordorés, mais surtout idolâtre de Y Aima parens, représentée par le redoutable pouvoir de M. l'inspecteur primaire.
Celui-là, du moins, ne fut pas hypocrite et rompit en visière dès le principe au curé, qu'il accusa incontinent d'être un noir clérical. Il avait pour second, dans la campagne entreprise, un médecin de la ville voisine, le docteur Fulvius.
Un sot, en trois lettres. Un cupide, qui n'accorde ses soins gratis à personne. C'est d'ailleurs son droit, si ce n'est point son devoir. 11 a tout vu, tout appris, tout fait, tout défait. Six pieds de haut, l'encolure de défunt Hercule; un large visage où s'épanouit son imperturbable outrecuidance. Matérialiste pour la commodité de sa conscience, positiviste pour pallier son ignorance, raisonnant à tort et à travers, imbu de préjugés qui le rendent comique, il a cette réputation d'esprit fort qui plaît aux médiocres. Il rend un culte passionné à la dive bouteille, et traite volontiers, après boire, de l'amélioration de la race humaine, et du socialisme prêché par le Christ,
qu'il consent à mettre en parallèle avec Moïse et Mahomet.
Tout à côté de ces ennemis du curé, constamment prêts à le diffamer, et pratiquant la calomnie avec cet art que le Basile de Beaumarchais dépeint si éloquemment, — car Basile est un libéral, comme Tartufe est un libre penseur! — il y avait, il y a encore, — l'ennemi est éternel ! — le cabaretier, le marchand de tabac, l'avocat de village.
Le cabaretier, Gautier Garguille, Tabarin et Roger Bontemps d'écurie, tarit ses fûts et fait payer aux ivrognes tout le vin qu'il boit. Il se dislingue par une profonde horreur des agents de la régie qu'il nomme, avec un majestueux mépris, rats-de-cave.
Il se repaît de feuilles publiques graisseuses, poissées et violàlres, où Paris accumule chronique rouge sur feuilleton noir : c'est là que maint bas-bleu distille sa haine contre les Sœurs de Charité qui relevaient naguère gratis pro Deo dans leur orphelinat ; c'est là que l'articlier tire du « carton aux curés », les vieilles histoires qu'il retape, démarque,
assaisonne, et sature de fiel, pour se venger d'avoir appris des curés, même le mauvais latin qu'il traduit en médiocre français; c'est là qu'un mince élève des Frères ignorantins démontre que l'ignorance est bénie, et que l'Église vise simplement à coiffer le globe terrestre d'un gigantesque éteignoir.
Le tavernier, tapi dans sa gluante auberge, lit et fait relire ces balivernes à la ribaudaille d'alentour, laquelle, à son exemple, déteste le curé, qui déteste les ivrognes, et fait honte volontiers de leur vergogneuse malpropreté à ceux qu'il rencontre en son chemin, prenant le parti des ménagères contre les maris qui vont perdre au Bouchon de Houx leur temps, leur santé, leur dignité et leur argent.
Le marchand de tabac maugrée : l'ancien curé faisait emplir deux fois la semaine sa tabatière en écorce de bouleau, vaste comme un coffre. L'abbé Félix ne prise, ni ne fume. On suppute la dépense qu'il ne fait pas. On lui en veut des pipes qu'il ne casse point, du foin gouvernemental qu'il laisse sécher au fond des pots de grès, et de ce qu'il se prive, on le critique. Langue de femme bat vite et longtemps !
Quant à l'avocat du village, c'est un saute-ruisseau
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chassé de chez quelque procureur, frotté de basoche, jargonnant les icelui, les paraphernaux et les synallagmatiques. Il prononce à bouche pleine des mots étranges et redoutables qui terrifient ses clients. Il prend l'argent dans toutes les poches, et vide les bourses de cuir les mieux fermées. Son bien est fait de lopins arrachés partout : que de plaideurs ont perdu les plus belles plumes de leurs ailes à l'écouter!
C'est un esprit fort : il ne va guère à la messe, le curé prêchant parfois sur le vol, la rapine et leurs dérivés ; il se garde d'aller à confesse : le seul mot de restitution le mettrait en fuite.
Gardien naturel des intérêts de ses ouailles, le curé lui paraît ce vigilant et terrible serviteur qui défendait les pommes d'or du jardin des Hespérides, et l'avocat le hait par la même raison que le braconnier hait le gendarme.
Tels étaient les ennemis de Félix, tels sont encore, un peu partout, les ennemis du curé : les orgueilleux, les menteurs, les rapaces, les ivrognes, tous ceux enfin qui prétendent vivre sans Dieu, et pour qui le prêtre est le redoutable mandataire de l'ordre social.
Autrefois, aux temps du paganisme où l'on ne prenait aux chrétiens que leur sang et leur vie, l'ennemi dirigeait contre eux la persécution des supplices, que le courage brave et que le martyre couronne. Aujourd'hui, c'est la persécution du mépris qu'il faut endurer, et le prêtre a moins à lutter, vaillamment, à face découverte, qu'il n'a à se défendre, bouclier au bras, non plus du javelot ou de la hache, mais de l'insulte ou de la calomnie.
L'ennemi, ce n'est plus César, pontife des faux dieux, ce n'est plus le Romain s'accrochant, éperdu, à ses lares, ce n'est plus le proconsul, ou le simple centurion, et ce ne sont plus les bourreaux armés d'étrillés, de pointes de fer, de scies, de fouets, de maillets, de poignards.
L'ennemi, c'est le maître d'école, tapi dans sa chaire, et le cabaretier enfoui dans son antre, et le compère malin et bavard, qui épie et vient conter ses espionnages.
L'ennemi, c'est le mensonge subtil, lame à double
tranchant; l'arme, c'est le journal qui la donne, honteusement dissimulée ou cynique impudemment.
Et ce qu'on veut arracher au prêtre, ce n'est plus sa vie mortelle qu'on sait qu'il dédaigne, mais son honneur sacerdotal et sa dignité paternelle : on fait comme Cham, on lui enlève son manteau et on découvre sa nudité.
C'est l'insulte au Christ expirant sur la croix, dépouillé comme les larrons, ses voisins, et raillé de ce que, se disant Dieu et Fils de Dieu, il ressemble quand même à un homme!
L'abbé Félix allait devant soi, tout droit, insoucieux du mépris et dédaignant l'outrage. Il accomplissait les devoirs de son ministère, et faisait, à l'occasion, acte de citoyen, ce qui me donne occasion de dire comment il entendait la politique.
Lorsque les Pharisiens voulurent, aux premières années du monde chrétien, embarrasser Jésus, dont la doctrine combattait résolument l'Olympe romain, ses dieux et ses divi, ils lui posèrent une question captieuse à laquelle le maître répondit sagement :
Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui
est à César.
Et cette parole du Christ devint la règle de son
Église vis-à-vis de l'autorité humaine, émanée de Dieu, de qui vient tout pouvoir.
L'Église ordonne donc de rendre à César ce qui est à César.
César, ce n'est ni le roi, ni l'empereur. César, c'est le Pouvoir, le mandataire de la chose publique, rei publier... Césaj* c'est l'État. Il commande, et tout citoyen doit obéissance, après avoir seulement consulté les droits imprescriptibles de sa conscience.
Félix pratiquait cette règle, et l'enseignait. Il avait le grand respect de la Loi, cette abstraction sublime qui est le catéchisme du citoyen. Il obéissait dignement aux lois de son pays, conformant sa conduite à leurs prescriptions. Mais l'obéissance aveugle est une marque d'esclavage, et tout homme ayant droit à la libre discussion, si dans les événements qui se déroulaient sous ses yeux Félix estimait telle chose passible de critique, il s'en exprimait librement, sans violence, et puisait dans le double sentiment de ses droits et de ses devoirs civiques le droit de parler à son gré.
Il ne transformait point, pour cela, en tribune, la chaire de vérité. Dans le temple, le prêtre est trop
au-dessus des misérables intérêts de ce monde, pour ne se point réfugier dans l'austère et majestueuse splendeur du sacerdoce qui le détache de la terre. Mais hors de l'Église, tout en conservant le caractère qui le sacre pour l'éternité, le prêtre est citoyen aussi, et les intérêts qu'il doit défendre sont, et les siens propres, et ceux de ses ouailles. 11 prenait donc, aux questions qui se traitaient alors, la part active qui lui convenait, donnait ouvertement son conseil à qui le lui demandait et ne craignait nullement de se mêler, sinon aux luttes, du moins à l'action conservatrice de l'ordre social.
Le curé de Montbernard lisait son journal chaque jour, ou à peu près. Distraction trop souvent repro chée au curé de campagne qui, dans l'isolement où il vit, serait bien excusable de s'intéresser aux faits actuels, s'il n'avait pas le devoir, parfaitement tracé, de se tenir au courant du mouvement politique, de même qu'il suit avec sollicitude le mouvement intellectuel, double évolution de la société, que l'Église a toujours surveillée, qu'elle a longtemps dirigée, et qui, même à l'heure présente, subit sa légitime influence.
Et ce journal que lit le curé de campagne n'est pas
un luxe qu'il se donne. 0.) se met à six nom* avoir une feuille de deux ou trois louis par an, qui circule de paroisse en paroisse. On s'abonne à quelque Revue, à quelque Recueil littéraire, innocente récréation pour les longues veillées d'hiver. Dépense minime, et toujours profitable.
Le temps n'est jamais perdu qu'on donne à la lecture, et pourquoi n'avouerais-je pas que j'ai pour le papier imprimé un peu de cette vénération des musulmans qui ramassent avec soin tout fragment de livre, toute feuille volant a la brise ou souillée dans la boue, parce que, sur ce fragment ou sur cette feuille, il peut y avoir une des lettres qui composent le saint nom de Dieu!...
Et puisque nous causons de la vie intellectuelle du prêtre, pourquoi ne rappellerait-on pas, ici, tout ce que le prêtre fait pour la science et pour les lettres, lui qu'on accuse parfois d'obscurantisme, non par ignorance, mais bien par mauvaise foi !
La France, qui comptait autrefois tant de magnifiques et puissantes abbayes, Jumièges, Fonlevrault,
Tournus, Saint-Victor, Corbie, Saint-Maur, Marmoutier, si célèbres dans les fastes de la littérature et de la science, voyait récemment encore fleurir Solesmes, Ligugé, la Pierre-qui-Vire.
Aux anciens bénédictins savants sont dues ces œuvres monumentales, les Acta sanctorum, le Gallia Christ ia?ia, le Becueil des Historiens, le Trésor littéraire, les Amplissimœ collectiones; les bénédictins de ce siècle, après tant de révolutions, n'ont-ils pas conservé intactes les traditions de leur ordre, et ne serait-il pas facile de citer les noms des nombreux émules des Mabillon, des Félibien, des Marlène?
On serait effrayé au seul énoncé de la somme de travaux de théologie, de liturgie, de catéchisme, d'Écriture sainte, d'histoire, de philosophie, de littérature fournie annuellement par ce clergé de France qu'on représente si mensongèrement comme opposé à la diffusion des lumières. Plus de trente librairies sont alimentées par des auteurs ecclésiastiques qui obtiennent tous un succès relatif et dont les ouvrages ont une valeur réelle, quant au fond, quant au choix du sujet traité.
Il n'est pas une société savante qui ne compte un ou plusieurs prêtres parmi ses membres, et, chose
digne de remarque, ils sont souvent les plus zélés, les plus ardents à la besogne; chaque année, au congrès de la Sorbonne, une part notable des récompenses accordées aux archéologues, aux monographes, aux paléographes, est dévolue à d'humbles prêtres, modestes curés de campagne, ou professeurs de petits séminaires.
Presque tous les évêques français sont des écrivains distingués. Faut-il citer les noms de M°r Landriot, de Msr Pie, des évêques d'Orléans, d'Angers, d'Autun, de Ghâlons, de Taren taise, de Maurienne, de Grenoble, de Rodez, de Nîmes?
C'est aux missionnaires que la France est redevable des publications les plus importantes, en ce sens qu'elles préparent l'avenir à la civilisation dans les pays barbares, et qu'elles étendent le cercle des connaissances humaines en créant de nouvelles langues écrites, en mettant au jour des monuments encore inconnus de l'histoire du monde, en nous révélant enfin des civilisations disparues.
Ce serait un document précieux pour l'histoire
littéraire de notre siècle que la bibliographie critique et raisonnée des livres des missionnaires.
Et pourquoi ne parlerions-nous pas de quelquesuns?
Par exemple, de la grammaire de la langue chinoise orale et écrite, du R. P. Perny, qui faillit être une des victimes de la Commune, et surtout de son Dictionnaire français -latin -chinois de la langue mandarine parlée, dont le second volume renferme les notes historiques et géographiques les plus complètes sur l'Empire du Milieu; le livre dit des Cent familles, enfin la Synonymie la plus parfaite qui ait été donnée jusqu'à présent de l'histoire naturelle de la Chine.
A côté de cette œuvre capitale viennent se ranger: le Vocabulaire indoustan-français de l'abbé Bertrand ; le Lexieon-latino-japonicum, du P. Petitjean ; la Grammaire et le Dictionnaire javanais-français, de l'abbé Favre; l'Étude sur les Manuscrits slaves de la Bibliothèque nationale, du P. Martinov ; la Grammaire de la langue pongouêe, parlée au Sénégal et au Gabon, du P. Le Berre; les Études sur la langue syriaque et sur les dialectes araméens, de l'abbé Martin ; le Popol VuM, livre sacré de l'antiquité
mexicaine, en langue quiche, et tout l'ensemble des travaux historiques sur le Mexique, l'empire d'Anahuac, le Yucatan et le Guatemala, de l'abbé Brasseur de Bourbourg ; la Mythologie japonaise, du P. Monnicou ; les Fragments de chrestomatie de la langue algonquine, de l'abbé Cuox ; les ouvrages sur les langues des Abyssins et des Gallas de l'évêque capucin Massaja ; les livres arabes du P. Cuche; les Monuments syriaques du P. Zingeler ; la Grammaire woloffe de l'abbé Boilot; les dix volumes, modèles du genre, du P. Hue, sur le Thibet, la Tartarie et la Chine.
En somme, il n'est pas de langue parlée sur la surface du globe qui n'ait fourni à nos missionnaires l'occasion de quelque travail utile. A Madagascar, ils ont créé une langue écrite, introduit l'imprimerie, fondé des journaux.
Voilà ce que font ceux que les ignorants accusent volontiers de marcher à l'encontre du progrès, de mettre la lumière sous le boisseau !
Or l'abbé Félix, qui avait pour l'Église l'amour
profond du fils pour sa mère, et qui se vouait tout
entier à la défense de cette mère, attaquée de toutes paris, voulait combattre avec les armes intellectuelles qui sont les moyens de victoire de l'apôtre : la Parole et le Livre.
Il voulait savoi», et sa belle intelligence toujours en éveil ne dédaignait aucune des connaissances humaines, que le prêtre a la mission de garder à travers les âges, et dont le progrès est confié à ses efforts laborieux et recueillis. Il étudiait sans relâche, comme il enseignait sans repos.
Le dimanche, après vêpres, pendant les chaudes journées de juin et de juillet, les paysans de Montbernard, avant de regagner les chalets de la montagne, venaient s'asseoir un moment sous le mur du cimetière.
Là, protégés contre le soleil par le feuillage noir des sapins, aux branches penchées, frangées d'aiguilles vertes, ils devisaient paisiblement, ayant devant leur machinal regard, s'allongeant sur la poussière dorée du chemin, l'ombre nettement découpée des croix plantées sur les tombes.
Les plus jeunes fumaient leur pipe, habitude rapportée du régiment, — qui en laisse beaucoup, de ces habitudes, aux gars qui viennent de la campagne,
naïfs encore, croyants, hardis des belles ignorances de la jeunesse, et d'un sang vif, — mais qui trop souvent s'en retournent, le cœur fatigué d'avoir trop appris et trop désappris, l'âme triste de ne plus croire, avec trop de souvenirs !
Les plus vieux, méprisant la pipe, causaient gravement, sans sourire, comme les pères conscrits, au temps des grands Consuls, délibérant sur les affaires de la patrie. Et parfois, l'un d'eux tirait de la poche béante de sa veste de ratine blanche, un coffre d'écorce de bouleau, vaste, énorme, qu'il ouvrait avec solennité, pour offrir à ses amis, compères et voisins, à la ronde, la prise de l'amitié.
Cependant les femmes, plus pétulantes et plus vives, péroraient à l'envi, se payant, en un seul coup, du silence de toute une semaine. On ne voyait plus que l'envergure large de leurs grands escoffions à dentelles empesées, planant sur des figures épanouies, rapprochées, joue contrejoue, et l'éclatant bariolage de leurs fichus à carreaux sur les corsages de bure, garnis de paillettes et de galons d'or faux.
Puis les enfants jouaient, dans les sentiers, sous les noisetiers, sur l'herbe sèche, au baculo que Gavroche appelle cochonnet, en argot naturaliste, — ou sim-
plement à ce jeu des barres, qu'on dit renouvelé des Grecs, k l'instar du vénérable jeu de l'Oie, démodé par nos modernes raffinements.
Alors villageois et villageoises, pâtres en rouges bonnets de Phrygïe, bergers coiffés du béret galonné, vieux laboureurs ornés de cadenettes, grangers étalant avec orgueil des boutons de cuivre contemporains du citoyen Robespierre, fraîches paysannes, et matrones vouées pour leur vie mortelle au deuil bleu des veuves, interrompaient leurs gais devis, se retournaient, se rangeaient en haie pour voir M. le curé, rentrant à la cure, et le saluaient avec un respect affectueux.
11 sortait de l'église le dernier, et rejoignait sur le parvis, au pied de la grande croix du cimetière, le baron de Montbernard et Gaspard Balliol, qui l'attendaient là, avec Zeph et Dodon, autour desquels errait Dragon, lié de bonne amitié avec toute la paroisse.
Et Symphorose, parée de sa guimpe raide et de sa cornette à rubans gorge de pigeon, apparaissait làbas, escortée de sa tribu féline, Ma Grosse, Menoune et Raboton, disposant les escabelles autour de la table d'ardoise, sous la treille, dont les pampres
verls, en guirlandes interminables, formaient un rideau de verdure frais et odorant.
Puis le curé passait entre ses deux amis : le baron, droit, fier et de grande mine, comme s'il accompagnait le roi: le paysan, calme, grave, appuyé sur sa canne de sarment; les jeunes gens, le sourire aux lèvres, bras dessus bras dessous; et toute la compagnie répondait par dessaluts gracieux au Dieu Gard1 des montagnardes.
C'était le beau moment du jour. Le soleil, enflammé, illuminait d'une radieuse lumière l'azur sans tache. Les oiseaux piaillaient dans les branches, et le torrent mugissait au fond de la combe, répondant par son grondement sourd aux chants, aux voix alertes, aux rires sonores, aux dernières vibrations de la cloche.
Le curé se donnait une heure ou deux d'oisiveté. Il offrait au baron, au père Gaspard, à Zeph et Dodon le goûter du dimanche : du fromage, des fruits et quelque pot de confitures élaborées par Symphorose, la pinte du petit vin blanc sec, et sentant la pierre à fusil, qui valait trois sous le litre, et qu'on ne donnerait pas à Paris pour du sauterne !
On causait joyeusement sous la treille chargée de vignes, à l'abri des regards indiscrets et des oreilles curieuses.
Le baron Cyrille traçait à grands traits des taûleaux de la vie d'autrefois : c'était la cour des anciens ducs, avec les chevaliers bardés de fer, les capitaines d'aventure, les châtelaines aux cottes armoriées et bordées d'hermine, les pages espiègles et mutins, les hérauts en tabarts de drap d'or, leshallebardiers aux costumes bigarrés, et les fous en titre d'office.
C'étaient aussi les gentilshommes guerriers du seizième siècle, lansquenets allemands, routiers français, condottieri d'Italie; les huguenots lancés à travers la France, ravagée par leurs bandes, envahie par l'étranger appelé au secours de l'hérésie.
C'étaient encore les splendeurs de Versailles sous le grand Roi; la pléiade des orateurs, des prosateurs, des poètes : Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Sévigné, Racine, Molière, tous les illustres qui font
à la couronne de Louis XIV une auréole d'éblouis sants rayons...
L'abbé Félix parlait plus volontiers des modernes et s'exprimait d'ailleurs sur leur compte avec une parfaite liberté de critique, étonnant ses neveux, qui avaient encore tous les enthousiasmes de la jeunesse. Il jugeait pourtant sans parti pris, très désintéressé de la grande querelle des romantiques et des classiques, estimant que le beau n'est d'aucune école, au grand émoi du baron, outré de cet éclectisme.
On relisait de compagnie les vers admirables des lyriques, les Harmonies, les Méditations, les Odes et Ballades, les rêveries suaves de Reboul, et les fictions enchanteresses de Vigny, que ce siècle ingrat oublie, les chants bretons de Brizeux, les mélodies suaves des félibres de Provence.
Le bon père Gaspard Balliol ne comprenait rien, — ou quasiment, assurait-il, — à tous ces cantiques rimes, et cependant les larmes venaient à ses paupières, quand il fallait pleurer ; et quand le poète décrivait les bois, la montagne, les fleurs, le ciel de Dieu, le paysan souriait d'aise.
La voix pénétrante et douce du curé sonnait à ses oreilles comme l'harmonie pure de l'orgue, et le bon-
homme prenait plaisir à écouler la cadence rythmée des vers. Les troubadours, les bardes et les ménestrels n'étaient-ils pas, autrefois, les poètes du peuple, qui les comprenait?
— C'est pourtant vrai que je n'entendions guère, en vérité, car mentir est péché, disait-il en branlant sa tête chenue. Mais ça me fait tout ainsi que si j'entendions la musique, le soir de la Fète-à-Dieu, quand les anges jettent des fleurs au Sacrement, et que notre cloche tinte, et que les tambours font rantanplan!... Point n'est-ce là, monsieur notre curé, la langue de chez nous, mais bien celle des Français de France ?
Ce qu'il fallait voir, c'était le brillant regard de Joseph et de Claude que l'ampleur des vers d'Hugo, la douceur de la Lamartine, l'harmonie mélancolique de Chateaubriand, berçaient dans les rêves heureux de leur âge, les emportant au delà des vulgarités de ce monde, dans les espaces où régnent les illusions captivantes, qu'on perd sitôt et dont le souvenir jaloux reste enseveli au fond du cœur de tout homme qui a su aimer et souffrir...
Parfois aussi le curé et ses hôtes redescendaient de ces régions sublimes de l'idéal où les avait -élevés
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l'aspiration vers l'idéal; ils discouraient gaiement, choquant leurs verres ; Zeph lançait quelque innocente raillerie à la discrète Symphorose ; Dodon reconstruisait, en style gothique flamboyant, la tour démantelée du baron ; et Gaspard Balliol, pour donner enfin libre cours à son envie de parler, longtemps contenue, établissait la généalogie de tous les Barnabe, Jacques, Pierre, Jovit et Martin, de toutes les Josephte, Bibiane, Péronne, Jacqueline, Scholastique et Mélanie, de la paroisse de Montbernard et des lieux circonvoisins, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.
Tandis que l'abbé Félix se reposait ainsi, parmi les siens, avec le gentilhomme et le montagnard, entouré de sa maisonnée, réjoui par celte cordiale causerie qui lui rappelait les veillées d'antan, au au foyer paternel, le pédagogue, le charlatan Fulvius et l'avocat du village, ces trois complices, les épiaient de loin, tous les trois vautrés sur les chaises de bois, au seuil du cabaret, dont le patron, gras, gros et
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repu, tout envenimé de la prose vénéneuse de ses feuilles publiques, narrait par le menu les faits divers nauséabonds qu'il venait de lire et de relire.
Ils déblatéraient, ces mirifiques savants, ces laborieux fainéants, contre l'ignorance et la paresse des prêtres. Ils criaient très haut, fâchés de ce qu'on ne les écoutât guère, et maugréant de ne pouvoir endoctriner à leur guise ces simples d'esprit que la routine du bon sens, de la droiture, et l'horreur du mensonge empêchent décidément de prendre le mal pour le bien et le bien pour le mal.
Le docteur Fulvius enchevêtrait en vain ses phrases filandreuses, jargonnant physiologie et psychologie; le maitred'école aiguisait inutilement ses épigrammes, et l'avocat avait beau arrondir ses périodes, ils en étaient, les trois drilles, pour leurs frais d'éloquence.
La première bonne femme venue les eût réduits au silence par dix mots de son patois, et les petits qui s'ébattaient, crossant de leurs sabots les cailloux du chemin, les eussent mis aux abois par un seul chapitre de catéchisme.
. Ils n'en allaient pas moins de l'avant. L'oiseleur se contente parfois de prendre une seule alouette à son miroir, et tout révolté est enragé de prosélytisme.
L'abbé Félix les voyait de loin, boursouflés, raides, hérissés, se démener, rire à gorge déployée, donner de la voix, frapper du poing sur la table, boire à longs traits le brandevin chaudronné. Il ne s'en inquiétait guère. Ses brebis se méfiaient de ces loups.
Et quand la nuit tombait, le curé saluait ses hôtes, heureux de cette heure accordée au délassement de l'esprit, tandis que, là-bas, sous la branche de houx desséchée, ses ennemis ridicules, ivres à demi, ricanaient, honteux d'être, au passage, flagellés d'un regard méprisant du vieux Gaspard, et du silencieux dédain du baron Cyrille Guers de Montbernard, XIIIe du nom !...