LE PRESBYTÈRE DE MONTBERNARD
Alpes! forêts, glaciers ruisselants de lumière, Sources des grandes eaui où j'ai bu si souvent, Sommets! libres autels où, dans ma foi première, J'ai respiré, senti, touché le Dieu vivant!... De tons les grands espoirs vous m'avez fait largesse; Je vivais dans l'effroi, vous m'avez rassuré, J'avais soif de beauté, de bonté, de sagesse... Le Dieu que je cherchais, vous me l'avez montré.
A travers votre a2ur, dans l'insondable espace, Hissé sur vos sommets, j'entrevis son séjour; Je n'ai pu, moi chélif, lui parler face à face, Mais vous m'avez redit que son nom est amour.
Et je l'ai si bien cru, dans ma longue jeunesse, Qu'à lui, qu'à son ouvrage, à mes frères humains, Admirant, adorant, joyeux, épris sans cesse, J'ai prodigué partout mon cœur à pleines maius.
Victor df. Lapbade, Adieux aux Alpes.]
Vous avez bien souvent rêvé des vallons sauvages de la brumeuse Ecosse, de ces glens parsemés de bruyères, que domine quelque vieille tour démantelée, dont le highlander, tartan sur l'épaule et clay-
more au côté, vous conte les mélancoliques légendes.
Sur les traces de cet enchanteur, qui vendait si cher sa poésie, — Walter Scott, — vous avez combien de fois parcouru les sentiers abrupts, hérissés de sapins, les forêts de grands vieux chênes séculaires, les roches vêtues de mousses, riche manteau de velours, les gorges désolées et les marais verdoyants? Ces vertes vallées du royaume des Stuarts, où le boiteux d'Abbotsford promène ses héros, l'aventureux Halbert Glendinning, ou le valeureux Cosme Comyne de Bradwardine, vous les avez vues, dans vos rêves, riantes ou grandioses, coquettes sous leurs parures de feuillage, pittoresques avec leurs entassements de rocs, et d'une étrange poésie.
Nos Alpes, en quelques endroits, ressemblent aux montagnes d'Ecosse; elles en ont les grandes lignes, les vastes échancrures. la verdure sombre, les granits rouges, les cimes déchiquetées.
Le val de Montbernard se creuse entre deux énormes contreforts du massif alpestre.
A gauche, c'est un mont taillé à pic ; des forêts de mélèzes et d'arole on couvrent la pente, ça et là tailladée de balafres profondes, mettant à nu la roche
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noire, schisteuse, luisante, — et plus bas les couches de calcaire, jaunâtres, qui vont peu à peu se désagrégeant,
A droite, la pente est moins raide, Sur les premières croupes, étagées commeies assises d'une gigantesque pyramide, ce sont des vignes exposées au soleil, avec leurs provins fouillés dans la terre grise, leurs perchées régulières, leurs cabotes rustiques, huttes de planches peinturlurées, ou tonnelles de chèvrefeuille, bâties à l'ombre des amandiers,
Plus haut, des prairies, des pâturages, plantureux et gras, bordés de haies vives; des vergers pleins de pommiers ; plus haut encore, des broussailles brunes, — des arcosses, comme on dit là-bas, — et tout en haut la roche dépouillée, diaprée de couleurs bizarres, ici violette, là bleuâtre, là encore d'un roux tacheté des étincelles du mica. Et la crête se découpe en arêtes nettes, en pics aigus, sur le ciel limpide,
Au fond, s'élève la masse du Charvin, aux flancs ravinés, au sommet arrondi comme un dôme, presque toujours couvert de neige, et derrière encore d'autres sommets, des glaciers d'un blanc opaque, des aiguilles hardiment lancées dans l'espace.
Entre les deux montagnes, un torrent court, bouil-
Ionne, se précipite, à travers un dédale de blocs, se creusant un lit dans les détritus d'ardoise, jaillissant en cascade, et parfois s'engouffrant à grand bruit dans un tunnel d'où il sort blanc d'écume.
Au delà des vignes, au delà des prairies, ce clocher à flèche luisante, qui émerge d'un bois de tilleuls, de noyers, de hêtres, c'est Montbernard, une pauvre église, assurément !
La façade est « ornée » — que la langue française est pauvre! — ornée de trois fresques. La Vierge, dans une gloire de nuages, trône au fronton ; d'un côté de la porte, saint Georges monté sur un cheval plus gros qu'un éléphant ; de l'autre, le bienheureux saint François causant de bonne amitié avec le loup de Gubbio.
Le peintre a épuisé sa palette ; l'azur et le vermillon, il les a prodigués, s'inquiétant peu, au surplus, en véritable coloriste, des règles du dessin et des lois de la perspective. Naïf artiste dont la renommée n'a pas dépassé les frontières de la paroisse, — heureusement pour lui !
Mais le bon Dieu, qui donne le génie, aime ces temples modestes à l'égal des splendides basiliques, enrichies à profusion des chefs-d'œuvre des Michel-
Ange et des Raphaël, de toutes les merveilles de l'art. Cette pauvre église, avec ses peintures grossières, ses autels de bois et de plâtre, ses statuettes informes, ses murailles crevassées, son dallage raboteux, n'en est pas moins un sanctuaire.
Et quand la foule des fidèles l'emplit, quand on y voit prier ces vieillards et ces jeunes gens en habit blanc, brodé aux coutures de laine verte et noire, ces bonnes femmes au large escoffion de toile, à la robe de bure épaisse qui se tiendrait debout toute seule, comme une cloche de bronze, et ces fillettes blondes, si jolies sous leur calotte ronde à galons d'écarlate, tous venus par le froid âpre et la neige dure, ou par la grande chaleur du soleil d'été, des hameaux situés à plusieurs heures de marche, — on admire quand même cette laide bâtisse., qui est la maison de tous, et où tous les cœurs viennent battre à l'unisson pour honorer le Seigneur.
Autour de l'église, quelques chaumières se groupent, ombragées d'arbres fruitiers. Ce sont de pauvres bâtisses, faites de pierre brute et de mortier, avec des granges de planches de sapins que le temps a vermillonnées, et des toits de chaume, épais comme le tapis de neige qu'ils doivent supporter
l'hiver, mais tout brodés, en été, de pariétaires et de mousses.
Le paysan, qui ne veut point payer au gouvernement plus d'impôt que son logis ne vaut de capital, se condamne à l'obscurité : les murs sont percés de lucarnes étroites ; une fenêtre, deux au plus, pour donner l'air et la lumière. L'écurie a des soupiraux grillés ; le fenil, une large baie, et les greniers, des Irons protégés par des auvents de tôle.
Au-dessus de la porte, une croix, peinte en bleu, on, dans une niche étoilée, une. madone de plâtre, mains ouvertes pour laisser pleuvoir les bénédictions, annoncent que c'est ici la demeure d'un chrétien.
Le village est un amas do chauminos, disséminées rà et là, an hasard, le long d'un chemin semé de cailloux, entre des haies de fusains, de poiriers de Saint-Martin et d'églanliers chargés, au printemps, d'une moisson de roses, à l'automne, de grappes de corail.
La cure est tout près de l'église, jouxte le cimetière, peuplé de croix noires jaillissant parmi les herbes grasses. L)e son jardin, clos de treilles, le pasteur voit les tertres funéraires, embaumés de
folles fleurs poussées sur les corps de ceux qui furent, et les saules qui penchent, au bord du sentier, leurs branches flexibles, verdàtres, doucement balancées en longues franges par la brise de la montagne.
C'est dans cette oasis alpestre que l'abbé Félix goûta enfin le vrai bonheur.
Lorsqu'il y vint, avec l'archiprêtre et les curés voisins, pour y être installé, il ressenti! au cœur cette joie et cette paix de la certitude qui rendent la vie si facile et si heureuse. Il prit possession, comme si c'eût été pour toujours, du maître-autel, du confessionnal et de la chaire.
11 devenait le maître, et surtout le Père. Il jouissait par avance de tout le bien qu'il ferait. Il souriait a ses ouailles, a son troupeau, car il aimait cette parabole simple et touchante où le Mailre des maîtres se compare à l'humble pasteur allant à la recherche de la brebis égarée.
Mais il ne la trouvait pas égarée, lui, Félix, cette brebis, car toutes étaient réunies autour de lui. Toutes ! Les anciens : des vieux de quatre-vingts
ans, chenus, courbés, appuyés sur leurs bâtons de houx, ayant gardé l'habit de l'autre siècle et le bonnet rouge incliné sur l'oreille ; des jeunes, escortés de leur famille, une tribu, un clan, tout ainsi qu'en Ecosse. Des ménages de dix-huit ou vingt enfants, les filles, accortes autant que modestes, n'ayant au bas du jupon qu'un seul galon de laine bleue; les garçons, robustes, le visage ouvert et gai, hâlé, mais sans rides, et l'œil franc, le sourire amène, avec la blouse ou la veste de futaine, et le chapeau aux larges ailes, gris, garni de fleurs.
Et puis les petits. Écoliers à figure mutine ; fillettes aux joues pourprées, aux grands yeux bleus, se cachant à demi derrière le tablier des grand'mères; enfantelets mignons, aux lèvres roses, aux boucles blondes.
Tous étaient venus au-devant du curé, prince de la paroisse, et roi dans la montagne.
Félix eut pour tous un doux sourire et une bonne parole; il répondit sans emphase à la harangue du syndic; il comprit, d'un regard, qu'il aurait maille a partir avec le maître d'école ; il fut digne et poli avec le châtelain, qui lui offrait un bouquet des plus belles fleurs de son jardin ; et quand enfin il s'avança, con-
duit par le vieil archiprêtre, qui hâtait la cérémonie, ce fut une acclamation générale de ces braves gens, fiers d'avoir pour pasteur un prêtre sur la poitrine duquel brillait la croix d'honneur.
Ses hôtes partis, lui augurant bonne chance et longue vie, l'abbé Félix revint à petits pas vers son logis, laissant errer son regard sur le paysage, allant du torrent noir moiré d'écume, aux cimes orgueilleuses, et des prés semés de fleurettes au village enfoui dans la verdure.
Il admirait les dentelures faites par les sapins sur les crêtes, l'échiquier tracé par les champs sur les pentes larges, la falaise de calcaire escarpée surplombant le ravin, les roches luisantes parmi les broussailles desséchées, les cabanes épa rses au bord du chemin, les petites chapelles blanches, étoilant le vaste plateau.
Et il songeait que sa vie, désormais, s'écoulerait dans cette solitude, où Dieu l'appelait pour faire un peu de bien.
Au détour du sentier, au delà d'une combe où
frissonnaient des trembles, des yeuses enguirlandés de lierre, bois vierge où des armées d'oiselets se livraient bataille, où des myriades d'insectes peuplaient les mousses soyeuses, les lichens et le gazon odorant, il vit le manoir du châtelain, hardiment campé sur un massif de granit, avec son donjon crénelé jadis, son pignon pointu, sa tourelle en poivrière.
Le baron qui vivait là n'avait plus de baronnie, et toute sa noblesse gisait dans quelques liasses de parchemins, conservés avec un pieux respect au fond d'un antique coffre de fer. Cependant l'aigle héraldique, ailes éployées, serres ouvertes, planait encore, taillée dans la pierre blanche, sur l'ogive du portail. Mais les ronces avaient envahi la douve, des madriers à peine équarris remplaçaient le pont-levis, et la herse ne glissait plus dans ses profondes rainures.
Toute la vie sociale tenait dans ces trois maisons : L'église, d'où l'on ne peut chasser Dieu; le château, qui s'émiette, en même temps que le blason s'efface et que le lignage diminue ; le presbytère, où le prêtre, plus noble que le seigneur, et pauvre comme le paysan, représente ce qui ne meurt pas.
Félix, ayant parcouru sa paroisse, voulut visiter son domaine. Pauvre logis que celui d'un curé de campagne, et surtout d'un jeune curé, qui le meuble avec ses économies, c'est-à-dire avec rien ; moins que le ménage de l'Auvergnat qui, du moins, possédait cinq sous bien à lui.
La cure est basse, crépie de chaux. Une treille en longe la façade : pampres verts enroulés sur des perches brunes. Le toit est papelonné d'ardoises à moitié effritées, et des poutrelles placées en travers servent à soutenir, en hiver, l'énorme poids de la neige accumulée en abondance.
La porte est ouverte en toute saison, car c'est ici la maison de tout le monde, et quiconque y veut entrer, entre librement, de l'aurore à la nuit.
En bas, le bûcher, où s'entassent les vieilles souches que dévorera le feu du prochain hiver : grobes de noyer, billots de chêne, rondins de hêtres, fascines qui ornaient le reposoir de la Fête-Dieu dernière, alors qu'un feuillage luisant et parfumé habillait leurs rameaux, aujourd'hui desséchés.
La cuisine, aux murailles enfumées, aux solives noircies. La crémaillère pend au-dessus de l'âtre, garni des landiers tordus que messire Jacques Vaubin fit forger, l'an 1416 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, et que vingt recteurs se sont légués d'âge en âge. Sur le manteau de la cheminée, des chandeliers de cuivre sont rangés en bataille, le moulin à café ressemble à un fortin, la poivrière, à un tourjon. A l'autre angle, le lanternin à vitres de corne que le petit clerc balance à bout de bras, quand M. le curé s'en va, au milieu de la nuit, porter le Viatique à un moribond, là-haut, tout là-haut, sur les sommets.
Le buffet est vide. Quelques assiettes d'étain, des écuelles de faïence, des fourchettes de fer et des cuillers de bois. On ne payerait pas, au prix de toute cette vaisselle, une soucoupe du sèvres de pacotille que l'honnête ville de Limoges fabrique pour l'exportation. Puis les marmites, les casseroles, juste ce qu'il en faut pour que la ménagère ne soit point humiliée.
Nulle bourgeoise qui ne ferait la moue, en voyant cette pénurie : il faut une bien autre batterie pour cuire l'œuf à la coque du bourgeois progressiste, libérâtre et content de son sort !
Le réfectoire : deux ou trois pauvres images enluminées sur le papier gris à rayures vertes. Un rideau de mousseline, d'une blancheur parfaite, drapé devant la fenêtre. Un grand christ de bois noir, entre deux vases de fleurs, à la place apparente. Une tal e carrée, solide, et des chaises de bon bois. Puis le fauteuil, monument vénérable, fait en paille tressée, mais orné de coussins dont le vieux drap vert moucheté de blanc ne tendit que douze années durant le billard du café de la Belle-Étoile!
M. le curé s'y délasse, en lisant son journal. Quand Monseigneur fait sa tournée pastorale, il trône sur ce siège, alors décoré d'une housse d'étoffe rouge.
C'est tout. En haut, la chambre du curé. Des rayons chargés de livres, de beaucoup de livres ; un bureau encombré de papiers, de beaucoup de papiers. Un prie-Dieu, sous un crucifix, entouré de reliquaires. Dans un coin le lit, à courte-pointe à ramages, avec l'oreiller bien blanc, et, au chevet, une Madeleine « peinte à l'huile » dans un cadre de bois dédoré.
Pas de tapis : une peau de chamois devant la couchette. Pas de rideaux aux fenêtres grillées. Le seul ornement, c'est un grand médaillon ovale, enfermant
sous un cristal bombé, tin ruban de soie blanche noué sur un morceau de velours violet où sont brodés ces mots : Tu es sacerdos in œternum, avec la date de l'ordination.
Puis, le long du corridor, les chambres réservées à l'hospitalité ; celle qu'on donne aux malades a un lit de fer; les autres ont des paillasses, posées sur des tréteaux. La paille de maïs est toujours fraîche, mais la propreté est le seul luxe de ces humbles cellules, où l'on dort si paisiblement.
Tel est le palais d'un curé dans la montagne. Un palais dont la propreté est le seul luxe, mais dont l'envie ne franchit jamais le seuil. On vit là, liés bien, avec neuf cents francs de rente.
Le jardin s'étend derrière la cure. Deux allées le coupent en quatre parts, laissant au centre une corbeille, où poussent, quand le vent et le soleil le permettent, quelques géraniums étiolés, des chrysanthèmes et des verveines.
Le reste est planté de légumes ; salades épanouies en roses d'un vert tendre ; choux en boules d'airain, artichauts en gerbes d'acanthe, pois enroulés autour d'échalas, planches de carottes, au feuillage en dentelle.
Des poiriers nains aux angles des carrés, des bordures de buis. Le long de la muraille, le persil, le cerfeuil, la pimprenelle. Au fond, deux ruches, et la cage aux lapins, et dans un angle, un fouillis de plantes grimpantes chargeant une tonnelle, où parfois le maître de céans vient lire son bréviaire, en respirant la senteur exquise du jasmin, en admirant les clochettes d'argent du liseron et les thyrses violets de la glycine.
Félix, quand il eut vu toutes ces choses, se réjouit d'être si riche. Le logis lui plaisait, et aussi le jardin, tout embaumé et tout fleuri. Il eut même peur d'être trop heureux dans ce paradis, mais il offrit sa joie au bon Dieu, et promit de se résigner si jamais il le fallait quitter.
DEMOISELLE SYIYIPHOROSE
Les catholiques doivent se garder de devenir des illuminés. L't ils se préserveront de ce fléau en accordant à la science la première place dans leur intelligence, la première après la foi...
•se Au milieu des montagnes, en de pauvres pays, j'ai vu des presbytères sans jardins et sans fleurs, et néanmoins tout riants a cause de la bonté de leurs hôtes nui suffirait vraiment à remplacer toutes les fluraisons... Oh! les charmantes conversations que nous avons prolongées sous des charmilles de vigne vierge et de lierre ! F.t comme nos âmes s'y (levaient sans peine aux sujets les plus élevés...
« Nous possédons la théologie, les sciences, la poésie, l'art et l'économie sociale; nous avons le devoir, oui, le strict devoir de nous mettre au courant de ce quintuple mouvement, et de nous demander tous les jours si, dans chacun de ces cinq domaines, l'éternelle Vérité catholique a fait de nouveaux progrès.
(Léon Gautier, Lettres d'un Catholique.)
Comme un bonheur ne vient jamais seul, Félix eut, par surcroît, celui de trouver une bonne servante.
Une vieille fille de quarante ans, au visage doux, mais d'une énergique laideur. Petite, mince, mièvre, pâle, les joues criblées de taches de rousseur, avec de rares cheveux jaunes, relevés sous son berretin de soie
brochée. Sa taille fluette disparaissait sous les plis abondants de sa cotte de drap, et le fichu brodé de fleurs en laine, cachait ses épaules pointues.
Accorte avec cela, preste, gaie, sachant rire, laborieuse, économe. Un peu familière : toutes ces bonnes filles de là-bas sont ainsi. Importune pour être trop serviable, ayant grand souci du moindre rhume, et grondant son maître à tout propos : parce qu'il se couchait tard et qu'il se levait tôt, et qu'il mangeait trop vite, et qu'il ne ménageait pas sa peine, et qu'il donnait « tout ça sien », et qu'il abandonnait volontiers le maigre casuel, qui, régulièrement perçu, l'aurait enrichi d'au moins douze écus chaque année.
A part ces mercuriales, et quelque penchant à l'intempérance de langue, cette montagnarde était parfaite. Sobre, vivant de peu, sachant élaborer de merveilleux plats de farine de maïs appelée polenta, boulangeant elle-même le pain de la cure : pain passé, beaucoup de seigle et peu de froment. On parlait de son ratafia de merises dans sept paroisses d'alentour. Le sacristain l'avait en haute estime; les enfants de chœur craignaient sa main nerveuse, prompte aux taloches.
Pour achever, ce trésor répondait au nom de Symphorose.
Symphorose, au second jour de son installation, fit visite à plusieurs commères, et leur confia, sous le sceau du secret, qu'elle raffolait de cet animal souple, malicieux, rusé, fantasque, plein de caprice et de grâce aussi, haïssable pour tous ses défauts, et que chérit toute demoiselle majeure. Le lendemain, elle eut trois chats : Raboton, blanc et noir; Menoune, d'un gris superbe; Ma Grosse, fauve comme une lionne.
Félix ne prit pas ombrage de cette invasion féline. La promenade solitaire l'ennuyait. Il obtint de Symphorose la permission d'avoir un chien : un affreux chien de berger, tout noir, avec des yeux de feu, des poils ébouriffés, une mine féroce, qui fut appelé Dragon.
L'existence du curé de campagne n'a rien qui puisse faire envie aux aimables bourgeois qui se gaudissent de la fainéantise invétérée du prêtre, et qui, se pavanant dans leurs habitudes bourgeoises,
censurent gravement ce prêtre qu'ils ne connaissent point.
Vivre d'un bout à l'autre de l'année, dans la montagne, au milieu de paysans simples et pauvres, avec une servante parfois acariâtre et quinteuse, ignorante le plus souvent; des chats et un chien pour toute société ; n'avoir de récréation que l'étude, et de plaisir que la rare visite d'un confrère; se priver de tout superflu, souvent rogner le nécessaire; équilibrer par des prodiges de parcimonie un budget misérable, ce n'est pas, assurément, goûter les charmes de la vie.
Avec mille francs par an, il faut nourrir deux personnes, payer le salaire de la servante, se vêtir, exercer l'hospitalité, faire l'aumône, prévoir le médecin et la pharmacie, parer aux multiples dépenses du détail, — et ne se point endetter.
L'intelligence réclame sa part, quelques livres, un journal, les instruments de travail de l'homme studieux. La vie matérielle est pénible, la vie de l'esprit est bornée par cette pénurie d'argent qui cause d'insupportables souffrances aux délicats et auxsensitifs.
Les moines, du moins, n'ont aucune de ces inquiétudes misérables : le pain du corps est assuré, la bi-
bliothèque du monastère est inépuisable, et la causerie sous les arceaux du cloître rafraîchit 1 ame, lasse de solitude.
Mais le ministère pastoral impose d'autres privations. Quelques mots échangés avec le paysan qui laboure sa terre, ou l'enfant qui sort de l'école, ou la ménagère qui vient demander un conseil. Une fois par semaine, le dîner chez le curé voisin, où l'on retrouve la soupe et le bouilli de Symphorose; de temps à autre la conférence, qui ruine pour deux semaines l'hôte empressé et trop cordial. C'est tout.
Le curé se lève à l'aube. En été, il va sonner la messe lui-même, le sacristain est aux champs. 11 prépare l'autel; il célèbre le divin sacrifice. Puis il revient chez lui. C'est l'heure de ses audiences.
Chaque matin amène de nouvelles recrues. N'estil pas le juge de paix, l'avocat, le médecin, le conseiller de ses paroissiens? Il arrange des procès, il réconcilie des familles, il donne son avis sur telle affaire, il s'occupe d'un mariage, il distribue des remèdes, il morigène l'étourdi. Le maire, ou l'adjoint, le consulte sur les intérêts de la commune ; le géomètre lui emprunte des livres.
Il en a pour une heure ou deux a s'entretenir avec
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toutes ces gens; quelques-uns s'en vont satisfaits; d'autres maugréent, ordinairement ceux à qui Ton a rendu service.
On sonne le catéchisme. En hiver, c'est une couple d'heures à passer dans une église froide, où les quatre vents se donnent rendez-vous. Des marmots glacés, engourdis, rangés sur les bancs. La plupart ne savent pas.lire. Plusieurs n'ont pu obtenir de mère-grand les six sous que coûte le petit livre, et le curé, bon gré, mal gré, trouve les six sous dans sa poche. Il est quasi plus facile de faire un cours au Collège de France. Des mémoires incultes, des cerveaux obtus, l'indifférence du savoir, voilà les écoliers. Le maître doit se faire petit pour être compris.
Midi. L'Angélus. La marmaille prend sa volée : on joue au palet dans le cimetière; on joue a cuite à marmohie (ce qui veut dire à cache-cache) dans les sentiers bordés de troëne. Le curé a grand appétit. Ma Grosse, Raboton et Menoune rôdent autour de la table. Dragon, assis posément, l'œil fixe, l'oreille dressée, attend le premier os. La nappe bise, la faïence, le verre, égayent la salle sombre. Un rayon de soleil met une auréole autour du crucifix .
Le repas est frugal : Symphorose va et vient, em-
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pressée, d'un air important, glorieuse d'avoir tiré parti des restes de la veille: son farçon de pommes de terre est succulent : il y en aura encore pour le soir ; le rôti est un peu brûlé : c'est que la Modeste est venue quérir de l'huile de mille-pertuis pour son garçon qui s'est entaillé la jambe avec une serpe.
L'après-dîner est réglé, tout ainsi que la matinée. Le bréviaire, à lire en marchant, tandis qu'on va voir les malades, ou les vieux qui ne peuvent plus venir a l'église. L'étude: une controverse pour la conférence ; un cas de conscience a soumettre à l'évêque; la préparation du prône de dimanche; une question de théologie qu'on veut approfondir; le sermon qu'on prêchera aux vêpres de la fête prochaine.
Puis on lit quelque bon livre. L'histoire de l'Église a des attraits : elle est l'histoire du monde; elle explique le passé, elle prédit l'avenir. L'archiprètre a envoyé la livraison de la Revue. Il y a là un article savant, très soigné; mais l'auteur est-il bien suides citations qu'il emprunte a Origène , à Eusèbe de Césarée, aux anciens synaxaires ? Il convient de comparer, et, -- ma foi! — si l'érudit s'est trompé, on lui répondra.
Il s'agit d'une dissertation sur le petit nombre des
martyrs. Cent volumes à compulser, cent pages à écrire: c'est quatre mois de travail. Mais on a la joie du devoir accompli.
Un tour de jardin maintenant. Il y a lieu de manœuvrer le râteau, la bêche et la pioche. L'herbe envahit les allées; le buis veut être taillé; ce rosier nain doit être transplanté, et celte plate-bande, sarclée. Symphorose est d'une négligence fatale à l'endroit des pois rames, et voici deux plants de groseilliers qu'il s'agit d'arracher à l'instant.
Mais soudain messire Dragon aboie, Symphorose appelle, le clerc accourt tout effaré. On apporte un nouveau- né pour le baptême, et les cloches vont entrer en danse. Le parrain et la marraine, enrubannés, joyeux de faire un chrétien, ont grand'hâte, La nuit est proche.
Le curé accourt. Il baptise le petit. Il ira voir demain l'accouchée:
— Symphorose, un peu de sucre pour la Josephte, un verre de vin à son compère.
Et la servante d'obéir, non sans murmure, car la cueillette du vin n'a pas été fructueuse et le tonneau sonne creux. Le sucre est cher : est-ce pour le prodiguer aux autres, que Monsieur le curé
n'en met qu'un morceau dans sa tasse de café, le dimanche?
La nuit est venue. Le curé travaillle à la clarté de la lampe. A peine, tantôt, avait-il entamé sa besogne. Il l'interrompt encore pour manger la soupe. Une collation rapide : du fromage et des noix. Mais il aura une goutte de ratafia de Symphorose, qui récompense à sa façon le petit cadeau offert à l'accouchée.
L'office, la méditation, la prière. Tout le village dort, le curé a maintenant le droit de se reposer. 11 est fatigué.
Hier, il fit la chaîne tout le temps que la chaumière d'Hilaire mit à brûler, et la nuit d'avant on l'éveillait en toute hâte pour porter le Viatique à Bruno, l'octogénaire, au hameau de Placopet, tout près des glaciers.
Il semble que le ministère pastoral, tel qu'il est dépeint dans cette esquisse modeste, doit suffire à occuper tous les instants de la vie, et que si parfois quelque lassitude puisse accabler le pauvre curé de
la montagne, jamais du moins l'ennui, ce rongeur qui dévore les oisifs des villes, n'ait prise sur lui.
Eh bien, cette existence si remplie, Félix ne la trouvait pas assez laborieuse encore. Il en occupait chaque minute, mais il se reprochait parfois ses innocentes récréations, ses promenades solitaires qui le laissaient livré h ses pensées.
Il eût voulu soulager sa famille, si nombreuse, que parfois la gêne y jetait ses mélancolies noires, encore que le vieux grand-père travaillât toujours, et vît tous les braves ouvriers, ses fils, assidus a la tâche quotidienne, les uns maniant comme lui la varlope, et le rabot, les autres forgeant le fer sur l'enclume, leurs femmes tressant des corbeilles, ou filant le chanvre. Mais il y avait tant d'enfants dans la maisonnée!. ..
Parmi les neveux du curé Félix, qui venaient de temps à autre à Montbernard, un peu timidement, car Symphorose faisait froide mine quand on surprenait sa cuisine sans provisions, il y avait deux frères jumeaux, deux jolis enfants de douze ans, turbulents à rendre fou le plus patient pédagogue, mais sages et bons, au sourire malicieux, aux yeux bleus pleins de candeur.
On les nommait Dodon et Zeph, traduction un peu libre de Claude et de Joseph, prénoms que les hauts seigneurs du cru de là-bas, avocats ou notaires, abandonnent au vulgaire pour se parer des Edmond et des Casimir qui ont traîné dans tous les romans.
Zeph et Dodon ne se quittaient jamais. Nés le même jour, nourris au même sein, ils se ressemblaient au point que leur père même les confondait parfois l'un avec l'autre. On eût dit qu'ils n'avaient à eux deux qu'une seule àme, ayant les mêmes vertus, les mêmes qualités et les mêmes défauts. Ce n'étaient point des anges, mais c'étaient de bons petits cœurs, aimant Dieu et l'honorant.
— Le portrait de mon Félix ! disait l'aïeule avec orgueil.
Et quand le curé descendait à la ville et qu'il prenait les enfants sur les genoux, heureux un moment de sa quasi-paternité, la vieille Rosalie regardait ce visage austère, d'une beauté sereine, encadré entre ces deux ligures fraîches et roses, rayonnantes de cheveux d'or. Et alors elle soupirait.
Elle soupira si fort que Félix, l'ayant devinée, et comprenant qu'elle n'osait avouer la cause de ces gros
soupirs, reprit tout songeur le chemin de Montbernard, où il trouva Symphorose d'assez bonne humeur, certaine couvée de poules patiemment surveillée ayant réussi à merveille.
— Serait-il bien difficile, demanda le curé à la servante, d'arranger deux petits lits dans la chambre qui est auprès de la mienne?
— Oh! oh! fit Symphorose, d'un air qu'elle voulut faire revêche, monsieur le curé, vous méditez un coup.
Tout autre aurait battu en retraite. Félix se mit à à rire :
— Oui, dit-il, je prends mes neveux Zeph et Dodon à la cure, Symphorose.
— Miséricorde! s'écria-t-elle, et qu'en voulez-vous faire?
— S'il plaît à Dieu, des lévites pour la maison du Seigneur. Je les instruirai. Plus tard, ils seront des hommes, et qui sait, j'aurai deux bons soldats à donner au pays, ou deux prêtres à l'Église...
— J'entends ! fit la montagnarde. Mais de quoi les nourrirez-vous ? C'est à peine si vous mangez votre content, et les pauvres nous prennent le plus clair de notre bien. Il n'y a rien à la cave et pas grand'-
chose au grenier. Tout enchérit. Ne me fit-on pas, l'autre jour, payer quatorze sous la livre de beurre? Vous avez moins de linge dans votre armoire qu'un granger de la vallée, et si je n'envoyais les enfants de chœur ramasser du bois mort dans la forêt. ..
Félix interrompit net ces doléances.
— C'est bon, dit-il, Symphorose! Voyez a ce que les lits soient prêts demain soir. Nous mangerons un peu plus de soupe, et un peu moins de rôti. Le pain noir est plus savoureux que le pain blanc, et nous boirons de la piquette.
Symphorose essuya ses yeux, assurant que la poussière l'aveuglait, et le curé, ayant souri sans ajouter un mot, s'en alla chercher dans sa bibliothèque la grammaire latine, VEpilome et le dictionnaire qu'il avait autrefois si souvent maudits.
Le lendemain, Zeph et Dodon embrassaient bonne maman Rosalie, toute fière d'avoir été comprise sans avoir parlé; ils faisaient, après souper, la prière du soir avec leur oncle et Symphorose, et s'endormaient bientôt dans un rêve doré.
Désormais l'abbé Félix se leva une heure plus tôt, et se coucha une heure plus tard. L'après-midi appartenait aux leçons; la veillée, aux travaux de l'intelligence. Il voulait être savant, pour faire des savants. Il ne se contentait pas du peu de science qui éloigne de Dieu, il aspirait au beaucoup de science qui rapproche de Dieu.
Il cherchait à faire pénétrer dans ses élèves cet amour du savoir qui le possédait.
Le prêtre, pensait-il, est dans la société un conseiller, un guide, un maître et un apôtre. Ce qu'on respecte, aujourd'hui, c'est le savoir. 11 faut que le prêtre sache, qu'il ne soit point inférieur aux hommes qu'il a mission de diriger, qu'il se mette à la tête du mouvement intellectuel de l'époque et ne reste jamais en arrière, car l'Église n'a rien à redouter de la lumière, et toujours elle a gardé les grandes traditions de la science.
Obscurantiste, le prêtre ne l'est pas, et ne peut pas l'être : il s'écarterait alors de la voie qui lui est tracée. Encore que le ministère pénible qu'il exerce
absorbe la plus grande partie de son temps il doit travailler sans relâche, et beaucoup apprendre, afin d'enseigner beaucoup. S'il lui est interdit, par les labeurs de la vie pastorale, de se consacrer entièrement h l'étude, comme ces admirables Bénédictins, qui sont les savants de l'Église, de même que les Dominicains en sont les prédicateurs, les Chartreux les aumôniers, les Jésuites les professeurs, il a du moins assez de loisir pour suivre le progrès de l'esprit dans sa marche, en étudier les moyens et le but final, aider h son essor ou l'arrêter dans sa course, selon que la présomption humaine le fait trop rapide et trop irréfléchi, ou que son effort tend au contraire à rendre la société meilleure, plus sage, plus soumise aux lois d'en haut.
Et comme il nourrissait le secret espoir de voir un jour les deux frères entrer dans la sainte milice,— qui demande tant de recrues, parce que tant de soldats succombent à la peine, — il avait l'ardente ambition de faire de ces enfants des hommes d'élite qui pourraient un jour rendre à l'Église de grands services.
11 n'épargnait rien pour atteindre son but. Aucune fatigue ne le rebutait, aucune besogne ne le lassait. Il emmenait ses élèves avec lui partout ; a l'église où
ils se pénétraient des beautés de la liturgie et de ses symboles, où ils apprenaient à aimer la maison de Dieu, la prière et la méditation; chez les pauvres, où la charité leur apparaissait, avec ses sacrifices, avec ses grâces. L'exemple leur montrait là que donner est peu de chose, que savoir donner, être doux aux humbles, aimable aux souffrants, est l'essence même de la vertu.
Auprès des malades ils voyaient de quelle efficacité sont les consolations d'une religion qui a prévu toutes les infortunes.
S'ils allaient dans la montagne, ils admiraient l'œuvre de Dieu sous tous ses aspects, si multipliés et si divers. La nature s'ouvrait à leurs yeux comme un livre immense, dont ils tournaient les pages avec une avide curiosité. Les plantes, les pierres, le sol, les arbres, leur devenaient sujets d'entretiens charmants, que leur mémoire gardait comme autant de leçons.
Le soir, les étoiles traçaient au ciel ces efflorescences diamantées qui sont les broderies de l'azur, et Félix les entraînait avec lui, pour ainsi dire dans l'espace, leur dévoilant les merveilleux calculs des Ptolémée, des Copernic, des Galilée, des Kepler, de
tous ces hommes qui, à force de vivre dans le ciel, avaient presque oublié la terre.
Les vieilles ruines, les donjons écroulés dans leur linceul de lierre, les chapelles romanes ou gothiques étaient le texte de causeries familières où, de l'architecture des anciens âges, on passait aux délicates questions de l'art, aux souvenirs poétiques, aux légendes, et c'est ainsi qu'ils apprenaient l'histoire féodale, souvent unie à l'histoire des Saints.
Félix retrouvait avec ces enfants les émotions profondes et pures de sa jeunesse. Il goûtait un plaisir exquis à embellir ces intelligences vierges, à former ces cœurs innocents et purs, et la candeur de ces âmes reposait son âme des luttes intérieures, comme la vue d'une oasis embaumée repose et réjouit le voyageur qui a trop longtemps erré dans le désert.
Il ressentait des joies infinies à surprendre ces premières curiosités, à satisfaire ces premières aspirations vers un idéal que, sans doute, on n'approche jamais, auquel pourtant on rêve toujours?
Enfin! il avait ce que l'homme privé des bonheurs austères du foyer cherche avec tant d'avidité dans cette société où il est seul : des amis, des disciples. Des amis tendrement aimés, qui sont l'espérance
de l'avenir; des disciples dignes du maître, laborieux, enthousiastes, riches d'illusions généreuses, Il les chérissait pour tout le bien qu'il leur faisait, — et ne songeait point à l'ingratitude, cette indépendance du cœur, qui est le vice humain par excellence, et que les animaux ont, sur nous, l'avantage d'ignorer.