‹ Scènes de la vie cruelleChapitre 10 sur 34 · RECHERCHES SUR CALINO · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR CALINO

Dans leur volume : Une voiture de masques les frères de Goncourt ont consacré un article à Calino, qu'ils écrivent Calinot. On doit croire qu'ils l'ont connu, puisqu'ils tracent de lui le portrait suivant :

« Un grand corps monté sur des jambes d'échassier ; là-dessus une tête blonde, chauve, inculte ; de la barbe, les yeux bonasses, la tête ballant en avant ; dans la pose, quelque chose comme le profil d'une canne à bec de corbin ; une voix pleine d'embarras, obstruée de bredouillements ; — c'est ainsi fait qu'il a traversé la vie, avec des vêtements trop larges sur son corps maigre, faisant rire tout le monde et laissant rire tout le monde. »

Bien pour la physionomie, mais l'obscurité reste la même sur les diverses phases de l'existence de Calino.

Les mêmes auteurs ont réuni quelques-

IGi SCÈNES DE LA VIE CRUELLE

unes de ses naïvetés les plus caractéristiques.

— Moi, disait Calino, j'aime mieux la lune que le soleil. Le soleil, à quoi sert-il? Il vient quand il fait jour, ce fainéant-là I Au lieu que la lune, ra sert à quelque chose : ça éclaire.

Une autre fois :

— Sont-ils bêles, ces gens qui donnent une lettre à un commissionnaire ! Ils se figurent qu'il la porte, il ne la porte presque jamais. Moi, quand je veux être sûr, je vais avec le commissionnaire.

Et encore :

— Je n'aime pas les liiclielés ; quand j'écris une lettre anonyme, je la signe toujours.

On venait de donner à Calino une canne ornée d'une très-belle pomme de Saxe. La

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canne était trop grande pour lui ; il coupe la pomme.

— Pourquoi n'.avez-vous pas rogné votre canne par en bas ? lui demande-t-on.

— C'était en haut qu'elle me gênait, répond-il.

Un de ses amis le prie de lui rapporter des allumettes qui aillent ; Calino remonte avec les allumettes.

— Gré matin î s'écrie l'ami après la cinquième ou sixième ; elles ne vont pas. ..

— C'est bien drôle, ça, murmure Calino, je les ai toutes essayées.

Arrêtons-nous.

Calino compte de nombreux ancêtres : d'abord Jocrisse, cette incarnation sereine de la bêtise ; puis Janot, l'inventeur d'un langage particulier, dont le spécimen le plus populaire est celui-ci : « C'est feu mon père qui

avait un beau couteau, devant Dieu soit son âme, pendu à sa ceinture, dans une gaîne, avec quoi il faisait la cuisine I »

Après Janot et Jocrisse, il faut, pour trouver un pendant à Calino, remonter jusqu'à un grand seigneur, jusqu'au jeune duc d'Épernon.

Celui-ci a laissé une mémoire exhilarante. Dans cette innocente tête se heurtaient les pensées les plus biscornues, accouplées aux images les plus baroques.

C'est le duc d'Épernon qui faisait remarquer que, si Adam s'était avisé d'acheter une charge de secrétaire du roi, tout le monde serait aujourd'imi gentilhomme.

C'est le duc d'Épernon qui, parlant d'une tempête en mer, racontait que le vaisseau avait pris le mors aux dents...

C'est le duc d'Épernon qui, s'extasiant sur

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